vendredi 12 septembre 2025

Égarés nous sommes 28

 





Il était assis sur le bord du trottoir

Son oeil fut attiré

Par le keffieh autour de mon cou

« C’est beau ça »

Tu es français

Moi je suis musulman

Mais d’où es-tu musulman

De Tunisie

La Goulette

Entre Tunis et Carthage


Il était assis au bord du trottoir

Une cannette à la main

Dans l’attente de pharmacie

Je l’ai attendu

L’ai reconduit chez lui

Avec sa jambe brisée

Et son coeur en lambeaux

« Je vis seul »

Seul au milieu de son désespoir


Il était assis au bord du trottoir

Je me souvenais de mon enfance

En son pays dont je ne garde

Que souvenir de beauté

Alors que la misère le rongeait

Il fouille un peu

Me tend un keffieh neuf

Rouge du sang des sacrifiés


Il était assis au bord du trottoir

Suis reparti avec deux symboles

Il ne reste que ça à quoi se raccrocher



Xavier Lainé

28 juillet 2025


jeudi 11 septembre 2025

Égarés nous sommes 27

 





Tenter de comprendre

Ne pas juger

Juste ouvrir les yeux et voir

Pas seulement regarder


Or voilà que j’avance

Les yeux ouverts 

Dans un monde qui recule

Qui lentement mais surement

Glisse vers la barbarie

Du chacun pour soi

Cultivant son dieu

Qui n’est plus pour tous


J’avance

Les yeux ouverts

Plus rien n’arrête le bras des assassins

Plus rien n’arrête la main des destructeurs

Tout s’affiche au grand jour

Mais encore il en est

Qui détournent le regard

Qui diront demain

Qu’ils ne savaient pas


Comment ne pas savoir

Devant les ventres gonflés

D’enfants affamés

Comment prétendre ne pas savoir

Devant les jambes et les bras d’enfants

Mutilés et devenus orphelins

Sous les décombres d’un pays

Ce qui se joue c’est le basculement du monde

Le choix entre culture et barbarie



Xavier Lainé

27 juillet 2025


mercredi 10 septembre 2025

Égarés nous sommes 26

 





Parfois les mots manquent

Ils s’absentent

Ils ne savent plus où se poser

Comment attirer l’attention

Non sur eux-mêmes

Mais sur ce qu’ils évoquent

Ce qu’ils décrivent

Ce qu’ils disent 

D’un monde qui les voudraient

Absents


Parfois les mots manquent

Pour dire la cruauté

Les famines et les guerres

De guerre lasse

Ils se taisent

Font minute de silence

À la mémoire des disparus

Qui n’auraient demandé

Qu’à vivre

En toute innocence


Parfois les mots manquent

Ils ne savent vraiment plus

Quoi dire

Devant le tragique spectacle

Des indifférences 

Pas les vôtres

Non

Celles qui semble dominer

Chez ceux à qui

Vous avez confié votre pouvoir



Xavier Lainé

26 juillet 2025


mardi 9 septembre 2025

Égarés nous sommes 25

 





Ce qui se joue

Là sous nos yeux

Sous les traits émaciés

D’une enfant affamée

Ce qui se joue

C’est la suite de notre histoire

Humains ou inhumains

Humanité ou barbarie


Ce qui se joue

Dans les décombres

Sous les ruines de Gaza

Où dorment milliers de corps

Dont nul ne peut plus

Faire deuil

C’est le basculement

D’une histoire tragique

Qui fait de l’Homme un humain

Ou le pire des prédateurs


Ce qui se joue

Sous nos yeux

Qu’ils veuillent ou non voir

C’est notre capacité encore

À nous dire civilisé

À moins d’admettre

Que ce mot n’ai plus de sens


Ce qui se joue

C’est que nous ne pourrons plus jamais

Dire que nous ne savions pas

Ce qui se joue

Nous fait perdre toute innocence



Xavier Lainé

25 juillet 2025


lundi 8 septembre 2025

Égarés nous sommes 24

 





Tu as beau monter des digues

Elles sont bien fragiles

Face à la tempête des colères

Rien ne peut endiguer 

Les flots de haines

Trop longtemps retenus


Tu regardes le champ de ruines

Ces êtres défaits 

Que tu cherchais à protéger

Parfois contre eux-mêmes

Et leurs sourdes animosités

Rien n’y fait


Tu regardes ce champ de ruines

Tu regardes la splendide indifférence

Qui s’installe tandis qu’un est parti

Dont tu avais juré 

Que jamais tu le laisserais dériver

Un et parti

Ton coeur saigne

Impuissant à recoller les morceaux


Tu contemples les conflits du monde

Tu contemples les conflits chez tes proches

Tu contemples les guerres intestines et larvées

Tu contemples les guerres réelles


Tu voudrais en finir 

Avec toutes ces armes qui dorment

Puis qui se réveillent

Frappant les parois de ton crâne

Te laissant épuisé sur le seuil du jour



Xavier Lainé

24 juillet 2025