mercredi 13 août 2025

Que sont poètes devenus 28

 





Il est terrible le bruit du silence

Surtout venant de ceux qui ont la charge des mots

La tâche de leur donner toute puissance à dire

À clamer et proclamer la dignité des humains


Il est terrible ce silence des poètes

Qui se penchent sur leurs oeuvres

En font fades rumeurs pour plaire 

Pour ne pas froisser les détenteurs de pouvoir


C’est un drame que ce silence

À l’heure des morts qui ne se comptent plus

Des enfants suppliciés

Petits corps brûlés par la famine


C’est un drame que si peu élèvent leur voix

Pour dire poétiquement ce que ce monde refuse d’entendre

Il n’y a aucune justification au crime qui se commet

Sous nos yeux invités à regarder ailleurs


Les complices qui vendent les armes

Sont les mêmes qui détiennent pouvoir de publier

Ou de passer sous silence le chant des poètes

Pour les inciter à se taire


Complices malgré eux peut-être

Voici que se perd cette parole de colère

Qui devrait ensemencer la terre

Jusqu’à obtenir réparation pour les victimes


Bien évidemment que ce qu’ils attendent du poème

Ceux qui ont pouvoir d’en diffuser la parole libre

Ne correspond pas à leur complicité



Xavier Lainé

28 juin 2025


mardi 12 août 2025

Que sont poètes devenus 27

 





C’est aveu d’impuissance

Alors on se tait

On forge la carapace

Où enfermer la douleur

Pour ne pas flancher

Ne pas s’écrouler

Sous les poids des inhumanités


On le dit

Je préfère rester chez moi

Ne plus rien voir

Lorsque l’atroce se répand

À longueur d’écrans

En résonance avec ma vie

Déjà pas mal ébréchée


Aveu d’impuissance 

Répandu comme litanie

Du haut en bas de l’échelle

Du haut en bas des pouvoirs

Ceux-là qui pourraient agir

Mais ne le font pas

Pour ne pas rompre leurs amitiés fétides


On vit

Ou plutôt on survit malgré tout

On tente de noyer les angoisses

Dans le vin et la fête jusqu’à l’ivresse

On laisse derrière soi la trace des oublis

En monceaux de papiers et plastiques

Par principe ne plus penser

Voilà qui semble sage

Mais ne l’est pas en vérité



Xavier Lainé

27 juin 2025


lundi 11 août 2025

Que sont poètes devenus 26

 





377 000

Trois cent soixante dix sept mille

Disparus

Ils étaient deux millions

377 000

Ont disparu

Comment nommer ça

Comment dormir serein avec ça

Comment concevoir même

Qu’un humain digne de ce nom

Puisse tirer sur un autre

Affamé qui tend la main

Pour ne pas mourir

Mais qui meurt quand même

Un peu plus vite que de faim

Comment dormir

Préparer ses vacances

Vaquer à ses petits plaisirs

Sans un soupçon de remord

Sans se sentir coupable

Ou souillé devant le crime

Infiniment répété

377 000

Trois cent soixante dix sept mille

Disparus

Ce soir les terrasses étaient pleines

De rires et d’insouciance

Je ne sais si je dois

Vous admirer ou vous haïr

De pouvoir ainsi faire comme si

377 000 disparus

Ça n’était que broutille

Qui ne vous coupe pas l’appétit



Xavier Lainé

26 juin 2025


dimanche 10 août 2025

À propos de Gaza, Lettre ouverte à Monsieur le maire de Manosque et Mesdames & Messieurs le Conseillers municipaux



Gaza dévastée, photo prise d'un avion jordanien, récupérée sur internet




Manosque, 5 août 2025

 

Monsieur le Maire,

Mesdames et messieurs les conseillers municipaux,

 

À Gaza on ne meurt plus seulement sous les bombes, on y meurt aussi de faim.

À Gaza il ne fait pas bon être journaliste et en quelques mois le nombre de ceux-ci sciemment visés et tués est supérieur au nombre de journalistes morts pendant la seconde de guerre mondiale. De nombreuses sources convergent en ce sens : entre 1939-1945, 67 journalistes ont été tués dont un mort post-guerre en raison des séquelles du conflit selon le Watson Institute for International & Public Affairs[1]. Cette même source en compte entre 147 et 232 depuis octobre 2023 à Gaza. D’autres sources convergent en ce sens : selon le Committee to Protect Journalists (CPJ) ils seraient 186[2] ; selon Reporters Sans Frontières RSF ils seraient plus de 200[3].

À Gaza les hôpitaux ne représentent plus un havre de sécurité qui permette de soigner les blessés, toutes les infrastructures ont été méthodiquement démolies.

À Gaza, les enfants meurent sous les bombes, les décombres ou de faim. Même les bébés ne sont pas épargnés que les mères ne peuvent plus nourrir faute d’être elles-mêmes alimentées, et faute de lait infantile bloqué systématiquement aux frontières de l’enclave.

 

Israël à Gaza commet le pire, insultant la mémoire des croyants juifs rescapés de la Shoah.

Ceux-ci de plus en plus nombreux s’élèvent contre les crimes de guerre proches du génocide si nous ne faisons rien.

Ils ne sont pas les seuls, de partout monte la condamnation des crimes commis.

L’Organisation des Nations Unies (ONU) elle-même ainsi que la Cour Pénale Internationale (CPI) condamnent les faits largement établis (Ces informations sont présentées dans le communiqué de presse de la CPI du 21 novembre 2024 que vous pourrez consulter ici : https://www.icc-cpi.int/fr/news/situation-dans-letat-de-palestine-la-chambre-preliminaire-i-de-la-cpi-rejette-les-exceptions)

 

Nul ne peut dire qu’il ne savait pas.

Si la Shoah fut possible à l’insu de l’immense majorité, aujourd’hui ce qui se produit à Gaza et en Cisjordanie est là, sous nos yeux et nos écrans, relayé par des organisations non-gouvernementales reconnues par leur sérieux : Amnesty International, RSF, Médecin Sans Frontière etc. ; Ainsi que par de grandes institutions internationales : CPI, ONU. 

Les déclarations de certains responsables du gouvernement israélien sont sans ambiguïté : ils visent à éradiquer toute présence palestinienne sur le territoire qu’ils estiment leur revenir.

Nous voici revenu aux tristes temps d’un esprit colonial qui juge l’autre, l’étranger, celui qui a une culture différente, inopportun.

Voici que se reproduisent sous nos yeux les génocides qu’on aurait voulu voir disparaître à tout jamais.

 

Ce qui se passe là, n’est pas seulement un évènement hors-sol, un spectacle affligeant.

Ce qui se joue, c’est la dignité de notre humanité.

Nous n’avons que deux options : nous taire et cautionner par notre silence la barbarie (mais prenons conscience que celle-ci ne se limitera pas à la Palestine), ou à minima montrer notre solidarité avec les femmes, les enfants les vieillards et les innocents qui meurent chaque jour sous nos yeux.

 

Il faut un temps où votre conseil municipal s’était engagé aux côtés des ukrainiens envahis par la Russie.

Je ne tiens pas ici à comparer les crimes, ni à en estimer la hauteur d’injure à notre humanité commune.

Je dis qu’un humain innocent qui meurt sous les bombes, en Ukraine, à Gaza, ou en d’autres points de ce monde, est une plaie de plus au cœur de notre humanité.

 

Si je vous écris aujourd’hui, c’est pour vous inviter, en votre âme et conscience, Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les Conseillers, à faire acte de solidarité avec les innocents sacrifiés.

Au nom de notre humanité, je trouverais noble de votre part d’accepter d’apposer le drapeau palestinien sur la façade de notre Hôtel de Ville. Ce serait l’acte minimal qui nous rétablirait un peu dans notre humanité déstabilisée et blessée.

Ce serait aussi un message fort envoyé au monde, signant le choix qui serait le vôtre de défendre l’humanité contre la barbarie qui nous guette.

 

Bien entendu, je rends ma lettre publique sur mon blog et les réseaux sociaux.

Il en sera de même bien entendu de votre réponse s’il devait y en avoir une. À défaut, je réitèrerais ma requête autant que nécessaire.

Il en va de notre capacité à grandir en humanité. Je ne doute pas que vous irez dans ce sens.

 

« À toi, humanité actuelle des lois maléfiques et de l'injustice sans borne, 

Et à toi, Humanité qui dois être le géant d'or maître de l'avenir de la fraternité, 

À vous deux, moi, poète rebelle et idéaliste des orients et des soleils, 

Je dois vous apporter la flamme de la colère de mon peuple torturé et la protestation furieuse de son œuvre détruite… » écrivait Siamanto, poète arménien victime du génocide.

En tant que citoyen, écrivain dit poète par ceux qui me lisent, je ne peux que souhaiter que vous comprendrez ma démarche et voudrez bien la soutenir.

 

En vous priant, Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les Conseillers municipaux, de bien vouloir m’excuser de cette incursion dans les affaires de notre commune et vous souhaitant un éveil aux choses de la vie qui nous évite un cruel et douloureux réveil.

 

Xavier Lainé

Citoyen Manosquin

Que sont poètes devenus 25

 





Peut-être au lieu d’écrire

Partir

Partir où les besoins sont criants

Sauver les vies qui peuvent l’être

Rompre la chaine du silence

Rompre aussi celle de l’oppression

Et de la famine


Qu’en un seul lieu de cette terre

Génocide soit accompli

Voilà la souillure

Voilà la honte accablante


Tandis que certains ici

Se préparent à des vacances

Au bord du cimetière marin

Me prend l’envie d’aller avec mes mots

Vers ceux qui se noient

Qui meurent sous les bombes


Cesser de clamer l’impuissance

Les criminels doivent être jugés

Avec eux ceux qui se font complices

Ce n’est que question de justice

Question aussi de dignité


Chaque jour dans la glace

Mon visage vieilli trahit les rides

Les signes de fatigue devant pitoyable spectacle

Que ce monde livre sans même un mot

Pour les victimes

Si les mots doivent avoir un sens

C’est celui de la révolte



Xavier Lainé

25 juin 2025