mercredi 16 juillet 2025

Un trou béant en plein coeur 31

 





Il me faudra mesurer le trou béant

En plein coeur de notre humanité

Ce qui vient sous nos yeux

Ressemble à s’y méprendre

À ce que nous avions cru

Universellement condamné


Car sciemment un homme et son gouvernement

Soutenu « inconditionnellement » par tous les autres

S’est engagé sur ce terrain dont les nazis se croyaient seuls détenteurs

Voici que le crime odieux se reproduit

Que les cris des victimes innocentes

Demeure étouffé par des médias vendus

Au mufle hideux des racistes 


Il y aura pour toujours cette voix dans la nuit

Me disant que mes ultimes mots s’éteindront

Avec le dernier souffle vivant sous les décombres

D’un monde versé dans l’immonde 

Nous aurons bien du mal à nous relever


On me dira que ce que j’écris ne relève pas de poésie

Si je vous disais que ça n’a pas beaucoup d’importance

J’écris avec cette voix 

La même peut-être qui disait

Qu’il serait impossible d’écrire après Auschwitz


J’ai cette voix qui me hante montée de sous les décombres

J’ai ces mains tendues dans la nuit

Que les miennes n’arrient point à saisir

À sortir de ces ruines

J’ai vos visages meurtris par la faim et la peur

J’ai mes mains impuissantes à vous venir en aide



Xavier Lainé

31 mai 2025


mardi 15 juillet 2025

Un trou béant en plein coeur 30

 





Je passais la nuit parmi les décombres

Ici un cri étouffé attirait mon attention

Mes mains soulevaient les débris en vain


Je passais la nuit parmi les décombres

Chacun de mes pas était menacé de mort

Par des drones aveugles frappant au hasard


Je passais la nuit parmi les décombres

Les cris succédaient aux cris sans réaction

Sinon silence pesant sur mes épaules fourbues


Je passais la nuit parmi les décombres

Parfois en émergeait un visage aux yeux clos

Une main tendue vers le ciel implorant pardon


Je passais la nuit parmi les décombres

C’est long une nuit solitaire à vouloir porter secours

C’est long mais à part les bombes rien ne bougeait


Je passais la nuit parmi les décombres

Mes mains étaient trop faibles pour recueillir 

L’ultime souffle des enfants ensevelis


Je passais la nuit parmi les décombres

À trois heure du matin exactement je m’éveillais

Une voix me parlait jaillie de nulle part


Je passais la nuit parmi les décombres

Elle disait dans un souffle d’agonie

Ton dernier mot s’éteindra

Avec le dernier souffle du dernier gazaoui



Xavier Lainé

30 mai 2025


lundi 14 juillet 2025

Un trou béant en plein coeur 29

 





Te dirai le repos impossible

La courbure sous la charge

La fatigue intarissable

Le sentiment ancré

De ne plus très bien savoir

Ce que oisiveté voudrait dire


Te dirai les objectifs

Jamais atteints

Toujours remis au lendemain

Dans une course essoufflée

Après la vie qui s’éteint


Te dirai quoi encore

Que tu ne saches 

Le vivant aussi dans ta chair

L’amour qui s’étiole

Épuisé par les récifs

Que la vie jette 

Sur son chemin trop lourd


Te dirai

Te dirai quoi encore 

Que les mots seront trop pauvres

À exprimer ce que phase terminale

De vie  interminable 

Rend chaque instant plus oppressante


Te dirai

Ne dirai plus rien

Pour laisser le silence gagner

Comme fumées sur les ruines

D’un monde en lente agonie



Xavier Lainé

29 mai 2025


dimanche 13 juillet 2025

Un trou béant en plein coeur 28

 





À quoi les apocalypses présentes nous invitent à penser

Quel regard devons-nous porter sur leurs acteurs

C’est à dire ceux qui par leurs pouvoirs

Prennent les décisions de satisfaire d’abord eux-mêmes

Sans souci des conséquences pour les autres

Autres qui n’ont rien demandé sinon vivre en paix


Quelle est la face cachée de ces tragédies qui se succèdent

De générations en générations presque à l’identique

Où des êtres vivants sont niés dans leur intimité

Devenus des objets quantifiables dans un bilan 

Variables d’ajustement dans une économie financière

Niés dans leur droit même à exister



Xavier Lainé

28 mai 2025


samedi 12 juillet 2025

Un trou béant en plein coeur 27

 





Vous alliez 

Madame

Vous cramponnant aux murs

Par les rues toujours plus défoncées


Je vous ai proposé mon aide

À juste raison n’en avez point voulu


Ce n’était rien

Me venait à l’esprit

D’autres rues et quartiers 

Rayés de la carte du monde

Avec corps ensevelis

Parfois encore vivants

Sous les gravats


Ce n’était pas grand chose

Que cette ville voulant se faire belle

Vide mais belle

Tandis que pas si loin

Une autre ville se voyait noyée

Sous les bombes assassines


Ce n’est pas grand chose

Tu me demandes comment je vais

Je ne sais plus quoi répondre


Comment pourrais-je aller bien

Quand juste là on s’échoue

On se noie 

On meurt sur les trottoirs de l’hiver

Toujours plus nombreuses victimes

D’un temps sans mémoire



Xavier Lainé

27 mai 2025


vendredi 11 juillet 2025

Un trou béant en plein coeur 26

 





Alors j’ai regardé ma mère pleurer

En son grand âge

Sur la misère et la violence de ce monde


Elle me dit sa lassitude d’exister

Ses souvenirs des bombes sur sa ville

De ces enfants disparus 

Qui n’étaient plus sur le banc de son école


Alors j’ai regardé ma mère pleurer

Ses yeux épouvantés 

Devant le sinistre spectacle

Des compromissions et des arrangements

Qui laissent les mains libres aux génocidaires


Je l’ai regardé pleurer

Ne sachant plus quelle attitude adopter

Me reprochant à moi-même d’avoir crié

Comme tant d’autres Plus jamais ça

Sans résultat


Je n’avais pas les mots 

Qui sachent la rassurer

En cet âge presque centenaire

Devant l’éternel recommencement

Des tragédies inhumaines

J’avais écrit Humaines

Me suis senti en devoir de corriger

C’est peut-être pitoyable refuge

J’ose encore croire en l’humain

Cette ordure capable du pire

Mais parfois aussi du meilleur

Lorsqu’il apprend de l’expérience de ses crimes



Xavier Lainé

26 mai 2025