lundi 14 juillet 2025

Un trou béant en plein coeur 29

 





Te dirai le repos impossible

La courbure sous la charge

La fatigue intarissable

Le sentiment ancré

De ne plus très bien savoir

Ce que oisiveté voudrait dire


Te dirai les objectifs

Jamais atteints

Toujours remis au lendemain

Dans une course essoufflée

Après la vie qui s’éteint


Te dirai quoi encore

Que tu ne saches 

Le vivant aussi dans ta chair

L’amour qui s’étiole

Épuisé par les récifs

Que la vie jette 

Sur son chemin trop lourd


Te dirai

Te dirai quoi encore 

Que les mots seront trop pauvres

À exprimer ce que phase terminale

De vie  interminable 

Rend chaque instant plus oppressante


Te dirai

Ne dirai plus rien

Pour laisser le silence gagner

Comme fumées sur les ruines

D’un monde en lente agonie



Xavier Lainé

29 mai 2025


dimanche 13 juillet 2025

Un trou béant en plein coeur 28

 





À quoi les apocalypses présentes nous invitent à penser

Quel regard devons-nous porter sur leurs acteurs

C’est à dire ceux qui par leurs pouvoirs

Prennent les décisions de satisfaire d’abord eux-mêmes

Sans souci des conséquences pour les autres

Autres qui n’ont rien demandé sinon vivre en paix


Quelle est la face cachée de ces tragédies qui se succèdent

De générations en générations presque à l’identique

Où des êtres vivants sont niés dans leur intimité

Devenus des objets quantifiables dans un bilan 

Variables d’ajustement dans une économie financière

Niés dans leur droit même à exister



Xavier Lainé

28 mai 2025


samedi 12 juillet 2025

Un trou béant en plein coeur 27

 





Vous alliez 

Madame

Vous cramponnant aux murs

Par les rues toujours plus défoncées


Je vous ai proposé mon aide

À juste raison n’en avez point voulu


Ce n’était rien

Me venait à l’esprit

D’autres rues et quartiers 

Rayés de la carte du monde

Avec corps ensevelis

Parfois encore vivants

Sous les gravats


Ce n’était pas grand chose

Que cette ville voulant se faire belle

Vide mais belle

Tandis que pas si loin

Une autre ville se voyait noyée

Sous les bombes assassines


Ce n’est pas grand chose

Tu me demandes comment je vais

Je ne sais plus quoi répondre


Comment pourrais-je aller bien

Quand juste là on s’échoue

On se noie 

On meurt sur les trottoirs de l’hiver

Toujours plus nombreuses victimes

D’un temps sans mémoire



Xavier Lainé

27 mai 2025


vendredi 11 juillet 2025

Un trou béant en plein coeur 26

 





Alors j’ai regardé ma mère pleurer

En son grand âge

Sur la misère et la violence de ce monde


Elle me dit sa lassitude d’exister

Ses souvenirs des bombes sur sa ville

De ces enfants disparus 

Qui n’étaient plus sur le banc de son école


Alors j’ai regardé ma mère pleurer

Ses yeux épouvantés 

Devant le sinistre spectacle

Des compromissions et des arrangements

Qui laissent les mains libres aux génocidaires


Je l’ai regardé pleurer

Ne sachant plus quelle attitude adopter

Me reprochant à moi-même d’avoir crié

Comme tant d’autres Plus jamais ça

Sans résultat


Je n’avais pas les mots 

Qui sachent la rassurer

En cet âge presque centenaire

Devant l’éternel recommencement

Des tragédies inhumaines

J’avais écrit Humaines

Me suis senti en devoir de corriger

C’est peut-être pitoyable refuge

J’ose encore croire en l’humain

Cette ordure capable du pire

Mais parfois aussi du meilleur

Lorsqu’il apprend de l’expérience de ses crimes



Xavier Lainé

26 mai 2025


jeudi 10 juillet 2025

Un trou béant en plein coeur 25

 





Il me faudrait d’un mot soulever les montagnes

Écrire sur le ciel bleu en larmes de sang

Que l’humain vaut bien mieux que coffres et corbeilles


Il me faudrait m’envoler vers ces rives

Où enfants sont massacrés et les accueillir sous mon toit

Leur offrir havre de paix où décombres sont leur linceul


Il me faudrait

Voeux pieux émis chaque jour en guirlande 

De mots qui s’envolent sans jamais retomber nulle part


Il me faudrait trouver moyen

De déboucher les oreilles complices

Qui ne veulent rien entendre des cris


De ma fenêtre ouverte monte grande symphonie

D’oiseaux qui s’égosillent tandis que là-bas

Pas si loin ne restent plus que ruines tombées


J’écris 

Voudrais crier suffisamment fort

Rendre la vie invivable aux complices 


Leur silence et leurs fumées jetées

Aux yeux de qui accepte soumission 

Ne sont que masques sur leurs visages rougis de sang


Que crime puisse aujourd’hui être commis impunément

C’est tombe creusée pour notre défunte humanité

Même pas tombe

Ils enfouissent vivants et morts sans aucun état d’âme

Nous restent cris de douleurs



Xavier Lainé

25 mai 2025


mercredi 9 juillet 2025

Un trou béant en plein coeur 24

 





C’est comme si tu tirais

Tout le poids de notre humanité

Qu’un rouleau te passais sur le corps

Sans tenir compte de ton cri


Peut-être portes-tu

Sur tes épaules fourbues

Tout le poids des guerres

Celui des misères 


Pourtant ici et là enfin

Des consciences s’ouvrent

Des humains se dressent

Contre toutes les oppressions


Il serait temps

Il serait temps 

De changer de point de vue

De tourner le dos

Aux sinistres gloires individuelles

Pour mieux recevoir 

Tout ce qu’humains dans leur diversité

Nous invitent à apprendre


Il serait temps

Largement temps

De joindre les forces qui nous restent

Pour reconstruire avec ardeur

Ce que les abreuvés de profits

Ont mis hargne à détruire


Il serait temps

En aurions-nous encore la force ?



Xavier Lainé

24 mai 2025