samedi 28 juin 2025

Un trou béant en plein coeur 13

 





Tandis que chacun vaque à ses occupations

Dans mon grenier de mots

Je tente de ramasser mes pensées

Qui ne cessent de butiner entre les pages

En quête d’autre chose

Qu’infâme brouet

Servi de médias de maîtres


Me voilà réduit à ceci

Écrire dans le secret de mon antre

Des mots quotidiens

Qui lorsqu’ils trouvent refuge 

Entre deux couvertures

Pour former livre

Semblent plonger dans l’oubli

Et le silence sous le couvercle


Je ne sais pas briller

Le soleil est bien plus fort que moi

Mes mots sont d’une banalité affligeante

Mes pensées forment un magma

Qui bouillonne entre mes deux seules oreilles

En grande difficulté de rencontrer âmes

Avec qui partager l’horreur ressentie

À la vision de ces visages masqués

Défilant au pas cadencé du passé

Sous les oriflammes rances

Avec bénédiction d’un pouvoir

Qui ose se dire encore démocratique

Mais en vide chaque jour un peu plus 

Toute velléité d’humanité


Peu importe le sort des mots c’est l’âme humaine qui doit être sauvée



Xavier Lainé

13 mai 2025


vendredi 27 juin 2025

Un trou béant en plein coeur 12

 





C’est stupéfiant

Ce fol amusement

Comme une drogue

Tandis que monde vacille

J’écris

Il m’arrive de rêver

Que tout ceci n’existe pas

Que le cauchemar du siècle

N’a pas d’autre existence

Qu’en image

Mais ne peux pas


Alors j’écris

Pour ne pas passer mes journées à pleurer

Pour ne pas jouer les indifférents

Devant les cris qui montent

Les douleurs sans cesse ouvertes

Les plaies béantes pour longtemps

Qui justifieront actes de vengeance

Dans le cercle infernal

Des guerres pires que les guerres

Car la modernité permet cela

La guerre pire que la guerre

Oeil pour oeil

Dent pour dent

Et le crime qui se répand

Aveugle et sourd

Comme émonctoire 

À toutes les souffrances engrangées


J’écris des mots

Qui sont autant de larmes

Pardonnez-moi ma tristesse



Xavier Lainé

12 mai 2025


jeudi 26 juin 2025

Un trou béant en plein coeur 11

 





Écrire c’est porter témoignage

Chaque livre est une parcelle d’histoire

Libre d’interprétation 

Librement interprétée

Un fragment de réel

Conservé entre les pages


Écrire c’est témoigner de ce temps

Tel qu’il se présente devant nos yeux 

Dire les tragédies et les comédies

Rire parfois ou pleurer souvent

Car tout ne prête pas à sourire

Il faut tenir


Pour tenir il faut écrire

Non pour se vanter de le faire

Mais pour exister dans l’avenir

Celui qui fera sans doute

Des pages sanctuaire posthume

Une fois les doigts engourdis

Les chairs disparues


Tant pis si ce que j’écris ne vous plaît pas

Tant pis

J’écris faute de savoir faire autrement

Peut-être que des images vous conviendraient mieux

Mais elles seraient aujourd’hui 

Aussi sombre que mes mots


Car je le dis

Aujourd’hui ceux qui meurent un peu partout

Sous les bombes et sous le poids des misères

Ne demandaient rien d’autre que de vivre comme vous



Xavier Lainé

11 mai 2024


mercredi 25 juin 2025

Un trou béant en plein coeur 10

 





Que s’imaginent-ils obtenir

Les chiens de garde qui vomissent

À longueur d’antennes et de réseaux

Contre tout ce qui bouge et se dresse

Revendiquant la possibilité d’un autre monde


Car voici où nous en sommes

Et je me souviens d’un autre dix mai


Car voici où nous en sommes

Une fois les rêves envolés


Regardez-les

Les chiens de garde

Qui avancent sans retenue

Et la bave de haine aux museaux


Ils couvrent de silence la parole contraire

Et lorsqu’elle déborde

Ils la salissent de leur fiel


Il est dur le silence

Qui fait que dite ou écrite

Elle demeure dans les souterrains

N’accède que très peu à la lumière

S’efface devant le mièvre et le futile


Il n’y a pas de place pour le poème embarqué

Celui qui ne conte pas fleurette

À l’ombre des cerisiers en fleurs

Le mot de travers irrite la vue des Tartuffes

Qui ne sauraient voir ce que leur monde couvre

De honte et de soumission


*


Il ne faut pas

Il ne faut pas écrire

Le cri silencieux des corps sous les décombres

Poussés par les bulldozers de l’effroi


Il ne faut pas dire

Pas écrire

L’horreur répétée du génocide

Dont seuls les inhumains ont le triste privilège

Ne pas


Pourtant je ne peux pas

Ne peux pas ne pas écrire ni dire

Mon sang glacé devant le crime

Infiniment répété

D’autant plus tragique 

Qu’il tombe dans le silence glacé

Des complicités occultes


Pas si occultes 

Pas sans noms

On les connaît ceux qui de tous temps

Rampent devant les pouvoirs

Pour mieux paraître 

Sur le devant de la scène


On les connaît

Ceux qui un jour insultent 

Celui qui écrit sur le génocide en cours

Pour le lendemain 

Parce que le sang brille au soleil de la honte

Retourner leur veste tandis que les pitres

S’extasient devant ce honteux courage

On connaît



Xavier Lainé

10 mai 2025