mardi 22 avril 2025

Mâles ruines 7

 





J’ai rêvé de changer le nom de mon pays, d’inviter nos voisins à nous rejoindre dans un archipel de contrées qui porteraient un drôle de nom.

J’ai rêvé de quitter l’Absurdistan et ses injonctions paradoxales et contradictoires générées par mâles en soif de pouvoir et de domination.

Les mêmes qui voudraient qu’une intelligence artificielle remplace la mienne pour mieux m’asservir.

Les mêmes qui ne savent que brandir menaces et répression contre tout ce qui ne leur convient pas.

Les mêmes qui dirigent sociétés m’envoyant mail stupide : « venez en pyjama et gagnez 25€ ».

Ce jour-là, je brûlais d’envie d’aller voir combien allaient leur obéir.

Les mêmes qui ne cessent de créer des besoins fictifs pour assouvir leur soif de profit.

Mais que feront-ils d’autant d’argent une fois leur dépouille disparue ?

J’ouvre les yeux et ma pensée s’accélère : jusqu’où seront-ils capables d’entraîner les foules dépourvues d’esprit critique ?

Les voici qui jouent avec les esprits asservis, demain les feront marcher au pas cadencé d’une histoire qu’eux-mêmes ensanglantent.

Combien, iront en pyjama et la fleur au fusil, gagner 25€ sur le front guerrier du déshonneur.

Les guerriers se frottent les mains : demain ils auront tout ce qu’ils veulent pour trucider une large part de notre humanité commune.

Nous voici assis sur une poudrière, attendant bien sagement que les mâles dominants allument la mèche de notre destruction.

Nous n’aurons alors que larmes à verser, si larmes il y aurait encore.

Leur fortune partie en cendres sous les ordres de leur imbécilité barbare, ils resteront assis dans leurs bunkers, usant leurs dernières ressources en attendant de disparaître à leur tour, incapables qu’ils sont de cultiver le moindre poireau.

Et comme ils auront détruit celles et ceux qui savent encore cultiver la terre nourricière, notre espèce par la grâce maléfique de la mâle assurance, aura tout simplement disparu, comme les dinosaures avant elle, mais cette fois-ci sans que nul ne puisse en retracer l’histoire.



Xavier Lainé

7 mars 2025


lundi 21 avril 2025

Mâles ruines 6

 





Savez-vous pourquoi les dominants ont plus ou moins gagné la partie ?

Pourquoi ils peuvent réduire à la misère des populations entières, fomenter guerres et migrations, réduire en esclavage larvé de plus en plus de nos semblables ?

De quel genre sont-ils et quelle considération ont-ils de l’autre moitié de l’humanité dont ils usent et abusent, de mariages brillants en divorces dans l’ombre, une fois fortune faite sur le dos de leur moitié (qui n’est ainsi qu’à la condition que ça leur rapporte)?


La réponse est là, sous mes yeux qui voient et mon cerveau qui analyse.

Je vous vois aller d’un pas pressé, votre sésame autour du cou sans lequel vous ne pourriez accéder à la zone de votre exploitation.

Je vous vois du même pas courir vers votre journée, téléphone portable au cou pour être disponibles à tous moments.

Ou marcher en parlant seul à un interlocuteur invisible caché dans votre poche sans doute mais qui vous cause à l’oreille.

Ou traverser la ville, seul ou parfois à plusieurs mais l’oeil rivé sur l’écran mobile qui vous dit quoi faire de votre vie par le biais de vos « influenceurs » préférés.

Je vous vois poster jour et nuit le détail de votre menu, le résultat décevant de votre dernier acte sexuel.

Je vous vois.

Je n’ai même plus besoin de lire la moindre dystopie : elle se déroule là, sous mes yeux, dans cette ville moyenne d’un midi devenu rance à force de se vendre au plus offrant qui lui ne marche jamais parmi vous, dans les rues défoncées d’un monarque local tournant comme derviche autour de lui-même et de sa pure raison.

Au secours Kant, revient, ils sont tous devenus fous.


Alors j’ouvre ma porte sur ce pays devenu absurde qui demain va se préparer à faire la guerre, sans mesurer que ce sera cette fois-ci guerre contre l’espèce humaine même.



Xavier Lainé

6 mars 2025

dimanche 20 avril 2025

Mâles ruines 5

 





Car c’est au fond de moi-même que je dois creuser pour évacuer toute tentation de pouvoir.

Éradiquer l’esprit de domination en l’homme est un travail de chaque instant.

J’écrivais quelque part qu’à trop vouloir gagner sa vie on finissait par la perdre.

Je vois en ce temps où le seul critère qui trouve grâce, critère dominant, est celui de la fortune.

Peu importe quelle soit bonne ou mauvaise, ou plutôt qu’elle soit fondée sur bonnes ou mauvaises pratiques.

Le tout c’est de s’en tirer tout seul, de dominer de sa fortune un monde en ruine.

On cherche désespérément reconnaissance, on se perd dans le labyrinthe où le Minotaure glorieux mais assoiffé de sang nous attend.

Au prix de la gloire, de la fortune et de la sainte domination, on sème guerres et misères.

Puis on se donne bonne conscience en cotisant au denier du culte dans l’église de la sainte consommation.

On y ruine âmes et intelligences tandis que la terre exsangue lentement mais sûrement se transforme selon la folie  d’un progrès sans limites en profit d’une frange de plus en plus étroite de dominants.



Xavier Lainé

5 mars 2025


samedi 19 avril 2025

Mâles ruines 4

 





Combattre la transmission de l’esprit de domination.

La combattre au coeur de moi-même, tant l’imprégnation est puissante qui traverse les siècles et les millénaires.

Je cherche.


Depuis quand l’homme en tant que genre s’est mis dans la tête qu’il devait être le plus fort.

Parfois au dépends de son intelligence, de sa sensibilité, avec destructions massives à la clef.

Depuis quand, c’est une question qui reste posée dont je ne saurais démêler les fils qui nous emprisonnent.


Je fais mienne la question de David Graeber et David Wengrow : c’est quand qu’on a « merdé » ?

En quel siècle, en quel millénaire nous nous sommes crus arrivés sur le devant de la scène de l’évolution ?

Toujours plus forts et croyant pouvoir dominer genres, êtres et nature de notre superbe « sapiens », la bombe à retardement que cet esprit étroit génère, ne peut que se retourner contre ses auteurs.


Le boomerang du mâle esprit exacerbé en l’ère des conquêtes, générant nettoyages ethniques et génocides comme marque de fabrique de son « capital », nous revient à grands coups de « #MeToo » et de révoltes post-coloniales.

On ne se défait pas comme ça d’une telle imprégnation.

Alors certains se raidissent devant ce qui met en cause leurs attitudes séculaires.

Comme un corps blessé, je le sens bien, ce raidissement qui ne cherche qu’à retarder l’échéance.

Qui ne fait que retarder la mise en oeuvre de l’intelligence pour changer de paradigme.

Pas les uns contre les autres, mais ensembles pour inventer l’intelligence collective.



Xavier Lainé

4 mars 2025


vendredi 18 avril 2025

Mâles ruines 3

 





On parle de tout, on ne parle de rien.

On dit des choses mais c’est pour mieux cacher autre chose.


On parle de tout, on ne parle de rien.

Ne pas dire ce qui sous-tend le système, ce qui en est à la fondation.

Ne pas dire pour ne pas inviter à penser que peut-être, il pourrait en être autrement.


Quand on parle, on dit que la guerre et la violence sont à la racine de l’humain.

On dit ça sans preuves.

Ou plutôt les preuves s’accumulent pour pouvoir affirmer le contraire.

L’humain n’a pas toujours vécu sous le fléau de la domination.

Il s’est écoulé de nombreux millénaires avant que certains, du genre masculin en particulier, se prennent pour des dieux ou pour leurs prêtres et vouent leurs semblables à l’esclavage.


On parle de tout, ce ne sont que fumées aux yeux de qui veut bien croire aux sornettes.

Car tant de preuves s’accumulent pour dire que les femmes n’ont pas toujours été au service de ces messieurs.

Qu’elles surent se faire guerrière en multiples occasions.

Que si l’homme s’est approprié l’agriculture, elles en furent les initiatrices discrètes.

Les preuves s’accumulent de cette brutalité masculine qui assombrit toute l’histoire.

Qui en fait une tragédie sans cesse répétée, semant dans son sillage l’horreur et l’effroi.


On se réveille avec le goût amer des guerres entre genres, des guerres entre religions, entre peuples, toujours fomentées par plus vils.

On se réveille, on se dresse les uns contre les autres, les pires du genre humain s’en frottent les mains.



Xavier Lainé

3 mars 2025


jeudi 17 avril 2025

Mâles ruines 2

 





Que sais-je de ta condition de femme.

Que sais-je de ma condition d’homme, sinon ce mot d’où vient le conditionnement.

« Tu seras un homme mon fils ».

Toujours j’y reviens mais…

Mais il y a là tout ce qui se trame derrière nos conditions, nos esprits de domination, de gloire ou de conquête.


Je ne sais rien sinon cette honte qui me gagne, à chaque acte de violence perpétré par mon genre.

Pas seulement vis-à-vis des femmes.

Car chaque acte guerrier est le triomphe de cet esprit de domination si fréquent parmi les hommes.


Je m’interroge sur son origine, sur sa perpétuation, sur la raison d’être de cette perversité.

Le monde est le résultat de ce triomphe.

Il n’est que pitoyable victoire des esprits les plus vils.

Victoire des imbéciles avinés.


Je m’interroge et ne sais que dire encore quand au plus haut sommet pérorent ces individus sans vergogne.

Je m’interroge et je rêve que quelque chose change.

Mais…

Mais me voici parvenu au terme de mon voyage.

Je n’ai cessé contre vents et marées de m’indigner.

Bien obligé de constater que mes voeux et mes discours n’auront pas servi à grand chose.


Alors peut-être, à l’heure où les uns se dressent contre les autres, au nom de leur genre, de leur religion, de leurs croyances plus ou moins fondées, en cette heure où tant de crimes sont commis, il me faut écrire ce que j’ai vu et vécu.



Xavier Lainé

2 mars 2025


mercredi 16 avril 2025

Mâles ruines 1

 






Désolé mais je n’arrive plus à suivre.

C’est quoi cet art de vivre comme si le genre masculin triomphant devait sans cesse affirmer sa puissance et sa triste gloire ?

Je n’arrive plus à suivre.

Ce qui justifie que parvenu à cette heure de notre humanité, nous en soyons encore à étouffer la moitié de l’humanité au nom d’un genre qui n’a jusqu’ici jamais apporté la preuve qu’à bomber le torse il ferait preuve d’intelligence.

Je n’arrive plus à suivre.

J’ai dû rater quelque chose, un épisode, une marche.

À moins que ce ne soit raidissement d’agonisants, mais mon genre qui frappe, viole et tue, je n’arrive plus à suivre.

Je n’y arrive plus alors parfois je m’isole pour ne pas vaciller et m’écrouler de douleur.

J’ai trop souvent la honte, non d’être humain mais de faire partie de ce genre qui marche au pas cadencé, croyant pouvoir soumettre en esclavage mes semblables en humanité.

Que croient-ils, ces imbéciles, apporter au monde sinon sa ruine potentielle ?

Incultes et sombres abrutis s’en donnent à coeur joie.

Les médias qu’ils possèdent sont à l’affût de tous leurs gestes guerriers pour faire croire que leur violence pathologique serait inscrites aux gènes de notre humaine condition.

Je l’entends répéter comme un mantra.

À croire ces discours de la honte, il n’y aurait plus rien à sauver.

Je n’arrive pas à suivre.

Ni la haine des étrangers, ni celle des plus faibles d’entre nous.

On me dit alors être de ce bord honnis qui revendique encore à petite voix faible de donner un avenir à cette terre qui nous donna naissance.

On me dit, on me reproche d’être du mauvais côté, de celui qui n’accepte pas la violence individuelle ni celle d’Etat.

Mauvais côté aux yeux des rangés sur le banc des suicidaires, des tortionnaires, des militaires toujours prêts à en découdre.



Xavier Lainé

1er mars 2025