mercredi 9 avril 2025

Ivresse et solitude 24

 





Il faut fil d’Ariane

Pour ne pas se perdre

Au labyrinthe contemporain


Le Minotaure s’est cloné

Il jaillit un peu partout

En personnages sombres et destructeurs


Il faut bon fil d’Ariane

Pour ne pas se perdre

Entre les méandres de ce fleuve

Dont les rapides sont dangereux


J’avais cru un instant 

Que viatique serait trouvé

Pour éviter les indignes résurgences

C’était encore me bercer d’illusion

On ne se refait pas

On évolue


Ou du moins on tente 

De ramer à contre-courant

Pour ne pas perdre le fil d’Ariane

De notre humanité toujours remise en question


Je voudrais encore y croire

Me dire qu’il y aurait encore espoir

Bien contraint de regarder venir

L’empire du pire qui frappe à la porte

Tandis qu’entre gens encore un peu sensés

Nous ne trouvons que lamentations

À émettre devant le mur dressé

Par l’indigence des pensées rances



Xavier Lainé

24 février 2025


mardi 8 avril 2025

Ville sans lumière ?

 

Une librairie qui ferme, la deuxième en si peu de temps, ça n'est pas un bon signe, n'en déplaise aux ignorants au pouvoir.


 




À PJ


On peut vivre longtemps sans 

Mais pas sans lumière

Pas sans un ou deux lieux qui

Dans la vie d’une ville rayonnent

Où la parole se fait échange


Où la parole qui se donne 

Se donne et ne se reprend pas

Où les mots pèsent leur poids

Dans la balance des souffrances


On peut vivre longtemps sans

Mais pas sans lumière


Pas sans quelques êtres qui nous montrent

Ce qu’humain pourrait être si

Si nous ne vivions pas sans

Sans leur lumière dans la noirceur du temps


Que ces lieux ferment leur porte

Que les êtres qui en sont la lumière 

Pour ne pas se perdre décident de l’éteindre

Et la ville devient terne et vide


Terne et vide ma ville comme sous l’éclipse

Qui fait de la lumière du soleil une ombre froide


On peut marcher longtemps

Dans le désert de la pensée

Mais quand une oasis se présente

On croit toujours en sa réalité

Pas en son mirage qui pourtant nous supporte



Xavier Lainé

4 avril 2025


lundi 7 avril 2025

Ivresse et solitude 23

 





Un étrange printemps s’invite plus tôt que prévu

Pas eu le temps de goûter à l’hiver que nous y voilà

Il semble que ça n’inquiète personne


Certains vont faire la fête

Noient dans l’alcool et les rires contraints

Leur folie enfoncée dans le déni


D’autres vont

De monastères en retraites

Chercher l’illusoire nirvana

Sans pour autant trouver apaisement


Un étrange printemps s’invite

Pas eu le temps de voir l’hiver

Il semble qu’il convient de regarder ailleurs


Étranges primates que les humains qui ne sentent plus rien

Qui ne voient rien de ce qui les guette

Tandis que certains d’entre eux ont déjà fait sécession

Ont quitté les rives communes

Où vont trainant leurs masques de misère

Les humains fatigués d’exister

Dans la tension excessive d’un monde à l’agonie


Encore 

Oui

Encore


On peut toujours édulcorer le temps

Le broder de jolis mots bien ciselés

Que nul ne saurait entendre

Pas plus que les autres d’ailleurs



Xavier Lainé

23 février 2025


dimanche 6 avril 2025

Ivresse et solitude 22

 





Je trainais les pieds dans la boue

Car les rues ici n’avaient plus forme de rues avenantes

Elles n’étaient plus que chemins infâmes

Qu’on rencontre d’habitude aux flancs des collines


Les visages semblaient aussi défaits que les rues

Les places n’étaient plus que failles béantes

Que même les prières en l’église murée de barrières

Ne suffisaient plus à combler dans l’air gris


Jamais vu si peu de monde aux samedis allègres

Où vont gens de peu dans petite ville lointaine

Causant ici et là des bruits que font les courants d’air

Lorsqu’ils demeurent cloitrés derrière façades en travaux


Je trainais des pieds dans la boue

Mes yeux n’en pouvaient plus de contempler

La triste cohorte des citoyens fourbus et soumis

Qui n’osent dire en quel labyrinthe ils errent


Ils ont le regard éteint des gens prisonniers 

Pliés sous le joug des tristes conventions

Qui interdisent aux bourgeois colère et révolte

Quand il faudrait pourtant un soulèvement 


Ici monsieur on vit soumis car c’est petit pays

Si petit pays que dans les brumes la pensée s’envole

Qu’il n’en reste que vagues empreintes dans la boue

Où mes pieds traînent vague souvenirs de bonheurs


J’allais par les rues boueuses

Traînant le spleen d’un temps déboussolé

D’un temps d’effroyables effondrements



Xavier Lainé

22 février 2025


samedi 5 avril 2025

Ivresse et solitude 21

 





Que tu croies en Dieu Bouddha ou Vishnu

Que tu espères en Allah ou Yahveh

Ils ne viendront ni les uns ni les autres

Au secours de ta souffrance


Mais


Ce n’est pas non plus dans ta solitude

Que quelque chose pourrait se mettre en mouvement

Humains nous sommes solitaires

Mais aussi solidaires

C’est notre marque de fabrique

Celle qu’au nom de sombres profits

Certains cherchent à gommer

Effacer de nos mémoires et de nos comportements


Nous faire croire qu’il serait un sauveur suprême

Est l’ultime supercherie

Celle qui nous enfonce dans le déni

Celle qui nous embarque dans des soumissions sans fin


Et pourtant


Et pourtant il semble que nous ayons désappris

À nous soutenir dans l’adversité

À rire des difficultés et misères de l’autre


Combien de fois ai-je entendu

Que si je ne m’en sortais pas c’était faute de savoir y faire


Certes


Mais le meilleur savoir faire et d’ouvrir les bras



Xavier Lainé

21 février 2025