dimanche 30 mars 2025

Ivresse et solitude 15

 





Il me faut du silence

Du silence et du temps pour vous écrire

De ce lieu hors

Où un ciel printanier s’invite

Dès l’aurore


Il me faut du silence

Pour tirer le fil des mots

Prendre un peu de hauteur

Dans le marasme d’un monde

Qui toujours se heurte aux récifs

D’une humanité sans boussole


Il me faut du silence

Du silence et des mots

Mots lus lentement assimilés

Car toujours la page s’alimente

Au fleuve ininterrompu des écritures


Il me faut du silence

Du silence pour chercher apaisement

Entre deux moments où mes mains douloureuses

Ouvrent porte et espérance

Aux souffrances sans cesse répétées


Il me faut du silence

Pour vous écrire

Pour penser à vous qui êtes repartis

Sur les chemins de vos existences

Parfois soulagés parfois non

Mais toujours laissant trace

Entre mes mains fatiguées



Xavier Lainé

15 février 2025


samedi 29 mars 2025

Premiers retours, comme en écho

 





L'écriture est comme un magma qui couve dans les soubassements de l'être, parfois cherche longtemps une faille pour surgir au grand jour.

Ça ne fait pas forcément livre. il faut un certain temps de gestation, pour que le volcan montre son nez, à la surface de l'océan des littératures.

Lorsque le livre paraît, la question se pose de s'en réjouir. Comment faire avec cette naissance pour qu'elle soit partagée, se répande et suive son cours, sans paraître prétentieux ?

Mais voici que des yeux s'ouvrent sur l'objet livre et en tirent d'autres mots pour en dire les subtilités.

Merci à Florence Bellon, de l'Agence de développement du département des Alpes de Haute Provence, pour ses mots : Auteurs en Haute Provence

Il reste à l'auteur de se révéler à la hauteur (juste une question de lettre) de son livre !


Xavier Lainé

Manosque, 29 mars 2025

Ivresse et solitude 14

 





On ne cessera pas de parler d’amour

Avec un petit « a »

Celui qui se répand aux vitrines

S’enflamme un jour

Pour mieux s’éteindre toujours


Y aurait-il véritable amour durable

Sinon celui qui finit par s’exprimer

Dans la tolérance et l’attente


Y aurait-il amour qui sache durer

Solide comme un roc 

Sous les mauvais coups

Que la vie lui inflige


On n’en dira rien

Des conditions faites

À l’existence de l’amour

On va se contenter 

De celui rutilant

Qui dégouline des vitrines

Dans la ruine des porte-feuilles

Déjà exsangues 


On ne cessera pour un jour d’en parler

On ne dira rien de ce qui le rétrécit

Le dessèche et l’affame

Jusqu’à rendre son existence plus délicate

Dans l’âpreté de vivre en monde guerrier


On ne cessera d’en parler

Mais c’est pour mieux n’en rien dire

Du moins rien de cette flamme qui te brûle



Xavier Lainé

14 février 2025


vendredi 28 mars 2025

Ivresse et solitude 13

 





Si beau dans les Sun-lights

Te voilà grillant ta vie dans l’alcool 

Ivre dans la nuit

Ta démarche ébrieuse

Tu dis encore tenir

Mais ton doigt tremble

À la recherche de l’interrupteur


Si beau dans les Sun-lights

Tu te voyais en haut de l’affiche

Comptant tes dollars 

Comme les influenceurs de pacotilles

T’en dressaient le mirage

Mais à quatre heure du matin

Te voilà tenant à peine debout

Et ce n’est pas vertige de grandeur

C’est misère et souffrance


Si beau dans les Sun-lights

Tu insultes qui te porte secours

Qui t’héberge et t’encourage

Car c’est de désespoir qu’est tissée ta vie

Dans un monde de merde 

Comme tu sais si bien le dire

Monde immonde qui ne sait rien

Rien de tes peines à briller

En pays qui n’est que trou béant

Sous les pas de ses visiteurs


Si beau dans les Sun-lights

Mais si mal dans ta peau

Qu’à grands coups de mensonges

Tu en travestis la dérive



Xavier Lainé

13 février 2025


jeudi 27 mars 2025

Ivresse et solitude 12

 





Est-ce que, de ce magma informe, pourrait jaillir littérature ?

Il faudrait encore avoir la conviction d’en être capable.

Est-ce que, jeter ses mots comme lave sur la page blanche, serait littérature ?

Bien prétentieux celui qui saurait répondre.


Il y a ceux qui se lèvent matin avec projet.

Ceux qui jettent les mots par la fenêtre des brumes, sans trop savoir leur destinée.

Et puis ceux qui sont ouvriers du silence, qui font ce qu’ils doivent faire, sans quoi le jour leur devient insupportable.

Je suis de cette espèce qui vit sans projet, qui écrit sans savoir à quoi prétendre sinon à cet étrange silence qui pèse sur les pages.


Quoi faire de tant de pages vouées au silence ?

Sinon en contempler parfois l’océan incandescent en me demandant qui  écrit derrière mes doigts.

Et puis refermer la page, ramer vers un jour qui s’étire entre aube et crépuscule, offrant mains qui se voudraient secourables quand elles ne sont que malhabiles.

Mains qui ont tant oeuvrer qu’elles jouent le réveil matin et trouvent difficile le chemin de leur ouverture.

Un jour, doigts devenus de marbre, la page restera peut-être blanche.

Si les doigts le permettent, la lecture sera encore possible.

Il restera le grand rêve d’avoir voulu sans pouvoir.

Incapable de m’insérer dans un monde qui réseaute à défaut de raisonner ou plutôt de résonner, je m’en vais sous la pluie battante d’un hiver glacé, vers des jours d’infinie quiétude.


J’écris sans projet ni avenir.

Je jette mes mots comme ils viennent

Je les pose là et puis m’en vais à pas feutrés vers un ailleurs tissé de vos histoires.



Xavier Lainé

12 février 2025


mercredi 26 mars 2025

Ivresse et solitude 11

 





Je pose ça là

Comme ça

Juste pour voir

Nous serons bien d’accord

Hein

Car qui pourrait être en désaccord

Sinon fous à lier déterminés à liquider planète et vivants


Je pose ça là

Comme ça

Juste pour voir

Qui saurait vivre ainsi

Sans rien céder aux sirènes du divorce

Entre soi et soi

Ce grand écart classique

Mais sans tutu

Qui fait qu’on peut toujours causer

On peut toujours écrire

Mais vivre

Ha

Vivre

C’est autre chose

Il y a toujours quelque chose

Pour me détourner 

Pour me retourner

Pour me ranger dans les cases

D’un monde où je ne suis plus que numéro

Traité par des algorithmes

Objet dont on fixe la trajectoire sans faille

Et si faille se présente

Qu’on range au grenier de l’histoire

Pour mieux oublier

Alors j’écris pour toutes celles et ceux qu’on oublie



Xavier Lainé

11 février 2025


mardi 25 mars 2025

Ivresse et solitude 10

 





Tu crois t’en sortir comme ça ?

Tu crois pouvoir vivre hors ou plutôt non, dans ?

Tu crois pouvoir tourner le dos à l’individualisme ambiant ?

T’en sortir seul contre tous ?

Tu crois ?

Tu crois vraiment ?

Alors te voilà apte au délire néo-libéral.

Celui qui mettra un terme à une partie non négligeable de notre humanité commune.

Justement en ne lui reconnaissant plus rien de commun, mais.

Mais un juxtaposition de trajectoires de vie, toujours en luttes les unes contre les autres.

La guerre de tous contre tous, quoi !


Tu n’y crois pas ?

Alors bienvenue dans le monde d’un commun possible.

D’un commun désirable qui nous donne chaleur humaine à partager.

Il ne s’agit pas de biens ou d’argent.

Il s’agit de bras ouverts et de coeurs à l’unisson.

Il ne s’agit pas d’être tous d’accord, mais de savoir nous enrichir de nos divergences.


Il s’agit d’opposer au monde toujours en guerre sous la bannière des profits et pertes, à un monde où créer et construire est l’oeuvre de tous et de chacun.

Un autre monde rendu possible non par le simple refus d’obtempérer à celui-ci, mais par la soif de vivre avec l’intensité du créateur.

Un monde façonné de nos mains et de nos pensées.

Un monde en accord avec les vivants qui partagent ce sort incroyable de vivre sur un caillou perdu dans l’espace, planète Terre ou Mer ou Vivante.

Tu ne sais pas : suis-moi, je te montre comme on va bien lorsqu’on ne cherche nulle gloire ni célébrité, juste être à sa juste place sans rien revendiquer d’autre que vivre.



Xavier Lainé

10 février 2025