vendredi 21 mars 2025

Ivresse et solitude 6

 





Me calmer

Ne pas envenimer la colère sourde

Qui monte comme moutarde au nez

Devant le pitoyable spectacle 

Des défaitismes en cours


Les uns se gobergent des dissensions des autres

Les autres enfoncent le coin entre eux

Ouvrant les vannes aux insultes et invectives

Sous le regard ébahi des liquidateurs

Qui n’en demandent pas tant


Me calmer

Ne pas envenimer la colère sourde

Qui monte comme moutarde au nez

Devant le triste spectacle

De nos rêves enterrés toujours plus profond


Pas faute d’avoir lutté

Mais les armes sont désormais trop inégales

Les uns l’oeil prostré sur leurs écrans

Le cerveau aussi plat que l’objet qu’ils contemplent

Les autres aux manettes oeuvrant 

Au nettoyage total de tout risque d’insoumission


Me calmer

Ne pas envenimer la colère sourde

Qui monte comme moutarde au nez

Devant les murs dressés

À toute espérance d’avenir


Les fossoyeurs sont à l’oeuvre

Il faudra donc apprendre à nous passer d’eux



Xavier Lainé

6 février 2025


jeudi 20 mars 2025

Ivresse et solitude 5

 





Ils font du passé table rase

Non pour construire avenir radieux

Mais pour faire « propre »

Leur monde est aseptisé

Indemne de toute créativité

Ils démolissent et reconstruisent

Mais sans prendre l’avis de personne

Ils pensent avoir la raison absolue

Avoir raison contre tous


Ils font du passé table rase

Mais sans tirer aucune leçon

Que mur se dresse au-devant de leur course

Ils en nient l’existence et le risque

De s’y briser le nez alors ils feintent

Ils font en sorte de n’être pas les premiers

Mais d’y précipiter ceux qui n’ont rien demandé


Ils font du passé table rase

Ils avancent au milieu des places désertées

En costume trois pièces cravates et chaussures pointues

Très fiers d’eux-mêmes et de leurs basses oeuvres

Dont quelques-uns de leurs affidés

Tirent marrons du feu

Tandis que l’immense majorité

Tire diable par la queue


Ils font du passé table rase

Reconfigurent leur ville à la mesure 

De leur misérable imaginaire de propreté

Ils oublient que la vie n’est pas ainsi

Qui parfois souille pour mieux rejaillir

Où nul ne l’attend



Xavier Lainé

5 février 2025


mercredi 19 mars 2025

Ivresse et solitude 4

 





J’habitais dans un trou

Un no man’s land

Un lieu inconnu et invisible


J’habitais en zone interdite

Un non lieu


Par la grâce d’édiles en soif de travaux

Mon trou ne cessait de s’approfondir

Chaque pas me menait au précipice


Un grand vide s’ouvrait devant mes pensées

Elles se mettaient à errer en zones marécageuses

S’enfonçaient dans les sables mouvants de l’absence


Lentement mais surement on y allait

Certes parfois on râlait

Mais c’était de pure forme

On se contentait de déplorer

La boue et l’instabilité du sol


J’habitais un non lieu

Un trou noir dans la géographie locale

Des ombres passaient dans les rues apocalyptiques

Ne pouvant que regarder leurs pieds

Elles avançaient tête baissée

Droit dans le mur des indifférences


J’habitais en lieu hébété

Un lieu dont l’esprit était aspiré

Dans le trou noir des apparences

Certes ce serait beau un jour

Mais vide

Si vide que même les corbeaux

Finiraient par s’en détourner


*


Alors que j’me suis dit

Avant qu’ils ne s’envolent

Faudrait que je crée des passerelles

Pour passer d’un côté à l’autre

Du vide ouvert sous nos pieds

Par d’insondables inconsciences


Alors que j’me suis dit

Je vais jeter mes mots 

Comme poussières dans les yeux

Des démolisseurs en règle

Ils sauront bien mes mots

Être grains de sable dans les rouages

Des machines qui creusent


Des machines qui creusent nos âmes

Qui vident nos poches

Font de ma ville un trou noir

Qui aspire toute création


Alors que j’me suis dit

Je vais faire de mes mots digue ou barrage

Pour que tous les oiseaux musiciens

Les migrateurs de la danse 

Les peintres de l’avenir soient pris dans leur filet

Pour élire domicile au bord de ces gouffres

Ouverts sous nos pieds


Alors que j’me suis dit

J’irai de nuit boucher toutes les tranchées

De cette guerre menée à nos mémoires

Avec les mots d’espoir et de désespoir



Xavier Lainé

4 février 2025


mardi 18 mars 2025

Ivresse et solitude 3

 





Je sais ce que c’est

Devant toutes formes de violence

Qui réactivent les schémas enfouis

Les mauvais souvenirs

Les plaies ouvertes


Je sais ce que c’est

Lorsque tu étouffes

Proche de la noyade

Prêt à entraîner dans ton sillage

Toutes formes d’aide


Je sais ce que c’est

Ce sentiment de n’avoir pas su

Être attentif au point de déborder

Comme lave en fusion

Dans le délire de la colère


Je sais ce que c’est

De te murer sous le poids de la honte

Sous la carapace d’un corps 

Soumis par nécessité

Pour éviter ses débordements


Je sais ce que c’est

De t’enfermer dans le silence 

D’une chambre d’enfant

Par peur d’exister au grand jour

Et de faillir aux yeux d’un père


Je sais ce que c’est

Ces cloisons intérieures qu’on dresse

Pour ne pas être au grand jour



Xavier Lainé

3 février 2025