lundi 17 mars 2025

Ivresse et solitude 2

 





J’irai par les rues embrumées

Cueillir les fleurs de givre

Sur les paupières du temps

Je les déposerai en silence

Sur les tombes des pauvres morts pour rien

Ceux qui auraient aimé vivre


Ce sera mon obole d’hiver

À la mémoire des oubliés de l’histoire

Ceux dont jamais nul ne parle

Ceux-là sont mes compagnons de route

Pour eux sont mes mots jaillis de nulle part

Mots qui ont tant de mal à se faire une place


J’irai par les rues embrumées

Des poèmes plein les lèvres

Chuchotés à l’oreille des saisons

En mille fleurs froides ils se répandront

Comme neige pour fondre aussitôt

Sous la chaude caresse d’un soleil éblouissant


J’ai perdu le décompte des ans

Me voici sur le seuil d’un autre temps

Où le chemin parcouru est plus long que celui à venir

Ô aimés du temps passé

Disparu dans le silence glacé de nos hiver 

De quel coeur battez-vous encore le pavé


J’en soulève un puis un autre

Pour dresser ma barricade poétique

L’absurde nous envahi et nous glace



Xavier Lainé

2 février 2025



dimanche 16 mars 2025

Ivresse et solitude 1

 





Le ciel pleure

Les nuées sont en rage

Que fais-tu lorsque la terre gronde


Le ciel pleure

Les nuées sont en rage

Le sommeil t’échappe

Tu entends dans le vent

La sourde plainte 

Celle des hommes et de la terre

Tu rêves encore

D’un petit pas de côté

Qui t’ouvrirait d’autres voies

Des chemins inédits


Le ciel pleure

Les nuées sont en rage

Tu te lèves et t’étires

Tu contemples les dégâts

La désolation répandue

Tandis qu’on cause

Toujours on cause

Mais on ne dit rien ou pas grand chose

On cause mais on ne fait rien

On attend

Mais quoi


Le ciel pleure

Les nuées sont en rage

Tes doigts deviennent lourd

Sur le clavier du jour

Un mois succède à l’autre

Toujours le ciel pleure



Xavier Lainé

1er février 2025


mercredi 12 mars 2025

Sortir des brumes 31

 





1933

Ça te dit quelque chose

Ou comme beaucoup

L’entreprise de lavage de cerveau

Fait que tu restes sans rien dire

Ne te souvenant de rien

Prêt à jeter dans les urnes 

Les bulletins de la tragédie


1933

Comment rassurer ma vieille mère

Qui a traversé une guerre 

Et son lot de camps de la mort

Qui a vu sa ville bombardée 

Sans distinction entre occupants et occupés


1933

De quelle mémoire pourrions nous faire état

Quand la rhétorique d’alors se répand

Comme marée noire à la surface de ce temps

Dans un semblant d’indifférence notoire


1933-2025

Nous n’aurons pas attendu un siècle

Avant que la bête immonde ne surgisse à nouveau

Soutenue par les même nantis

Dans les temples de l’argent roi


1933-2025

Une année qui commence sous les sombres auspices

Une année d’entrée en berne dans la faillite et la stupeur

Une année d’amis qui pleurent

De corps en souffrance d’être maltraités



Xavier Lainé

31 janvier 2025


mardi 11 mars 2025

Sortir des brumes 30

 





Chaque jour je m’aventure 

En ces territoires étranges

Où chacun peut tout dire et son contraire


Un jour qui navigue

Sur l’océan des faux-semblants

Avec toujours 

Lorsque j’aligne mes mots

Ce sentiment de décalage


Contrairement à beaucoup

Je ne me reconnaît aucune autorité

À dire le vrai au beau milieu du fatras


Chaque jour je m’aventure et j’écoute

J’ouvre grand mes yeux 

Me demandant à quel moment 

Le grand écart finira par rompre

Les articulations distendues

D’un monde aux abois


Les analyses se multiplient

Qui disent ce que les pouvoirs

Portent en eux de corruptions

Chaque jour des voix divergentes

Tentent d’inviter à ouvrir les yeux

Sur l’art du déséquilibre propre 

À ce monde qui avance sur un fil

Tandis qu’en dessous les crocodiles 

Ouvrent leurs gueules béantes

Pour dévorer chaque faux-pas


Chaque jour je m’interroge



Xavier Lainé

30 janvier 2025


lundi 10 mars 2025

Sortir des brumes 29

 





C’est un temps d’équilibristes étranges

Ceux qui hier disaient préférer Hitler au Front Populaire

Sont à nouveau prêts à pactiser avec le diable

Pour préserver la fortune des copains et des coquins


C’est un temps d’équilibristes étranges

Qui un jour proclament l’antisémitisme des uns

Pour le lendemain se gausser du salut nazi

D’un obscur oligarque dont la pensée

Se mesure à la grosseur du porte-feuille


C’est un temps d’équilibristes étranges

Tandis qu’on tolère les génocides en cours

On célèbre avec émotion le libération des camps


C’est un temps d’équilibristes étranges

Capables d’un grand écart inattendu

Pour justifier le capital avec des accents démocrates

Oublieux d’un passé où l’ouvrier n’avait qu’un droit

Celui de se taire et de ramper devant son bon maître


C’est un temps d’équilibristes étranges

Un temps de silence et de dénis

Un temps de mémoire courte

Qui rend la vie intolérable

À la vieille mère née en 1933

Qui redoute de n’avoir vécu

Que pour voir l’infamie au pouvoir


C’est un temps d’équilibristes étranges

Un temps de mots masqués et dévoyés

Où plus rien n’a de sens à part le culte de l’individu roi

Le triomphe du veau d’or et de la sainte désinformation



Xavier Lainé

29 janvier 2025