mardi 4 février 2025

Chaque jour t’évader 28

 





Tu as laissé tes mots s’évanouir

La page demeurée blanche avait froid

Si froid qu’elle en avait l’apparence

D’une plaine infiniment gelée


Ce fut comme un temps suspendu

Un temps de latence 

Laissant la page en laitance

Les mots jouaient à cache-cache

Apparaissaient et s’enfuyaient aussitôt

Ne laissant que vague souvenir


Ils peuplaient des rêves éphémères

Qui s’évaporaient à l’aube

Après avoir agité les nuits

De leur chant désoeuvré


Les cris des suppliciés montaient 

Faisaient comme fusées de détresse

Dans le ciel sans sommeil

Laissant aphone les doigts

Immobiles sur le clavier


Certes on y allait de fausses réjouissances

On te demandait pourquoi les traits de ton visage 

Étaient un peu crispés tandis que les lumières clignotaient 

Aux branches des sapins


On voulait de l’alcool sans comprendre

Que ce n’était que fuite éperdue

Devant le sort sinistre réservé à bon nombre

Qui sur cette Terre avaient bien peu de raisons de se réjouir



Xavier Lainé

29 décembre 2024 (1)


lundi 3 février 2025

Chaque jour t’évader 27

 





Tu mesures le temps qui passe

À l’affaiblissement de tes enthousiasmes

Mais aussi


Mais aussi à l’oubli


Tu as vu ton père lentement se dissoudre

Puis disparaître

Tu l’as vu


Tu te souviens du pénible accompagnement

Mais il semble que depuis

Le temps soit suspendu 

Aux lèvres du souvenir


Chaque année un peu plus

Le temps marque son empreinte

Même si l’univers s’en fout

Qui ira bien plus loin 

Que nos pauvres vies humaines


C’est périlleux de vivre 

En équilibre sur le fil du temps


Tu vois le vide qui se crée tout autour

Par extinction progressive

De celles et ceux 

Qui accompagnèrent tes pas

De prime enfance en âge adulte

Dont tu ne sais si


Tu ne sais si un jour quelqu’un

Pourrait se dire adulte


*


Puis cette nostalgie qui t’envahit

Des Noëls d’antan

Des bras chaleureux d’une mère

Si prompts à te faire oublier

Les petits chagrins


Cette nostalgie qui t’envahit

Lorsque c’est ton tour

De prendre ta mère dans tes bras

Pour tenter de la rassurer 

De lui donner encore

Un peu de souffle de vie


Une larme vient au bord de ses paupières

Elle ne prend plus le soin d’en sécher le fleuve

Elle est si fragile flamme

Qui contemple le monde parcouru

Avec l’angoisse de le laisser fort peu hospitalier


Alors tu la prends dans tes bras

Elle est devenue si petite

Si légère mais si dure d’avoir tant vécu



Xavier Lainé

27 décembre 2024


dimanche 2 février 2025

Chaque jour t’évader 26

 





Le jour défile

Au pas cadencé des lendemains festifs

Tu tires sur la fatigue 

Comme sur la corde d’un arc

Ne sais vers où ira se perdre

La flèche de l’an passé


Quant à l’an avenir

Tu es déjà las d’en émettre voeux

Qui auront comme chaque année

L’art de se perdre sous les décombres



Xavier Lainé

26 décembre 2024


samedi 1 février 2025

Chaque jour t’évader 25

 





Bien sûr la joie d’offrir et de recevoir


Mais


Mais en faut-il tant 

En faut-il donc tant


Mais


Tu gâches tout avec tes


Mais


Ne peux-tu donc te réjouir comme tout le monde


Comme tout le monde

Justement non

Pas comme tout le monde


Toujours ces bémols

Qui ne cessent de s’accumuler

Sur la partition de tes réjouissances


Au point qu’en mode mineur

Tu conjugues toujours ton présent

Pour que tu puisses encore

Te regarder dans ton miroir

Sans perdre la face

Sans compromettre ton sens de l’éthique


Que vaudrait de tenir grands propos

S’ils n’étaient en résonance

Avec ta façon de vivre


Tant qu’un enfant 

Tant qu’une femme

Tant qu’un vieillard

Vivront sous le joug

D’une insupportable misère

Dans le fracas de bombardements aveugles

Tu ne saurais vivre serein

Et te réjouir


*


C’est malheureux tout de même

Que devoir attendre pour se rencontrer

D’être à l’abri d’un sapin illuminé



Xavier Lainé

25 décembre 2024


vendredi 31 janvier 2025

Chaque jour t’évader 24

 





Que faire dans l’excitation sinon se retirer

Chercher l’unique lieu de silence où goûter à l’hiver

Dans la douceur des pages trouvées et retournées

Loin du brouhaha du monde

Loin des tristes calculs dans l’ombre des pouvoirs


Que faire d’autre sinon penser à ceux qui sont exclus

De cette folie orgiaque sans âme et sans esprit

Goûter aux joies de la sobriété heureuse

Loin de la cacophonie des humains

Qui ont perdu le sens 


Que faire d’autre que de s’offrir retraite

Pour ne plus participer à cette folie

Quitter les autoroutes de la sainte consommation

Pour arpenter les chemins creux de la révolte

Sans attendre que trêve se termine


Car il n’est de trêve que pour ceux qui la décrètent

Non pour ceux qui subissent dans leur corps et leur âme

Les tragédies d’un siècle qui fut rêvé tellement différent

Ceux-là cherchent dans le noir une embryon de lumière

Trouvent encore moyen de vivre et d’aimer


Ceux-là sont la preuve qu’humanité est encore possible

À l’abri d’une toile de tente

Dans les décombres d’une ville

Ils chantent et espèrent

C’est pour eux que nous devrions nous révolter


C’est pour eux que nous devrions mettre aux ordures non recyclables

Les sinistres individus qui ce soir sabreront le champagne

Acheté avec le sang des miséreux



Xavier Lainé

24 décembre 2024