samedi 9 novembre 2024

Temps étranges 13

 





Tu divagues

Tu chemines

Parfois tu t’égares

Tu cherches un chemin

Parmi la forêt des mots

Juste avant que jour vienne

Brumeux et timide

T’inviter à sortir

Respirer tant qu’humains dorment


Tu divagues

Tu chemines

Les sentiers se font buissonniers

Tu ne les balises pas

Tu te laisses aller selon tes humeurs

Ici et là ce sont impasses

Ton regard alors cherche

Dans les anfractuosités

Où poser tes doigts et tes pieds

Gravir le mur 

Pour mieux voir plus loin


Ainsi est ton chemin de livres

Que rien ne vient prédéterminer

Sinon l’humeur ou l’humour du moment



Xavier Lainé

13 octobre 2024

vendredi 8 novembre 2024

Temps étranges 12

 





Tu écris

C’est comme conjurer le sort

Qui te condamne au silence

En pays déjà mort


Tu écris

Tu t’assourdis de mots

Pour tenter d’oublier

Le fracas d’un monde qui explose

Ne sachant plus compter ses victimes


Tu écris

Pour tenter d’endiguer ton inquiétude

Entre amour et désir

Tu ne sais rien de la vie

Alors l’amour se meurt

Faute de trouver les mots

Capables de l’entretenir


Tu écris pourtant

Tes mots sont de flamme

Tu allumes un feu pour réchauffer ton coeur

Que plus aucun autre ne vient bercer

Dans un infinie tendresse


Tu écris donc

Pour conjurer ce que certains nomment vieillesse

Qui n’est que chemin devenu trop étroit pour marcher du même pas

Que celle qui autrefois accompagnais les tiens

Quand elle savait encore marcher

Et te sourire au grand soleil des cimes


*


Arrivé à ce niveau d’abandon

Tu ne sais de quoi serait faite ta destinée

Tu ne trouves pas le temps de vieillir

Pas le temps d’imaginer 

Ce que les humains du commun

Nomment vieillesse


Juste tu entends leurs plaintes

Il semble que ce soit douloureux

Qu’être vieux relève de la pathologie

Tu ne sais pas

Tu en ignores les symptômes

Et puis tu rêves


Tu rêves de mains amoureuses

Qui viendraient alléger tes peines

Or à ce qu’il semble

Justement vieux ne rime pas avec tendresse

Pourtant


Pourtant tu as soif

Au crépuscule pluvieux

Tu restes avec celle-ci


Tu fermes les yeux

Des amours impossibles te rejoignent

Pour des sarabandes nocturnes

D’éternelle jeunesse



Xavier Lainé

12 octobre 2024


jeudi 7 novembre 2024

Temps étranges 11

 





Tu cherches un chemin 

Parmi les mots et les connaissances

Jetés au petit bonheur

Dans les marges d’un temps 

Qui ne sait plus 


Tu cherches ton chemin

Celui que tu pourrais partager

Avec celles et ceux dans ton entourage

Qui sauraient saisir la main de tes mots

Le défi de plonger au puits sans fond

Des connaissances infinies

Juste pour le plaisir

De grandir en humanité


Tu improvises chaque jour

Un art de vivre et de sauter

De pierre en pierre sur le gué

Saisissant au passage entre deux doigts

Trop souvent malhabile

Les perles de pluies et de rosée

Invisibles aux yeux de la souffrance


Tu ne sais comment demeurer debout

Lorsque le fracas de l’inhumanité

Se rapproche chaque instant un peu plus

Dans l’oeil anonyme d’intelligences

Devenues tellement artificielles

Qu’elles en oublient d’être intelligentes

Tu pleures



Xavier Lainé

11 octobre 2024


mercredi 6 novembre 2024

Temps étranges 10

 





On n’est pas rendu

Si à chaque pas en avant

Faut en faire trois en arrière

Si à chaque porte ouverte

Viennent nous claquer au nez

Les murs étanches à toute étrangeté


On n’est pas rendu

Si chacun attend 

Que l’autre bouge

Autre qui attend

Qu’un autre bouge

À l’infini des inactions


Au pays des humains troublés

Plus rien ne fonctionne

Plus rien ne va ni avance

Au contraire

Tout recule

Vers l’infini négatif


Mais chacun y va de sa colère rentrée

Car en pays conforme

La colère est mal vue

Mal venue

Alors on l’étouffe

Sous le polochon des affaires entendues



Xavier Lainé

10 octobre 2024


mardi 5 novembre 2024

Temps étranges 9

 





Il est dur 

Le bruit de l’absence

Le bruit des rendez-vous manqués

Des temps d’attente

À meubler comme tu peux


Il est dur

Le bruit du coeur qui bat

Qui doit trouver une issue

Aux frustrations qui prolifèrent


Tu vis ce temps là

Tu ravales toujours au fond

Le remue-méninge de tes actes manqués

Ces moments de vide

Qui suivent les fausses exaltations

Les rêves fous 

Qui parasitent tes heures


Puis tu regardes tout autour

Combien de vies dont la coque git

Éventrée sur les récifs de vains désirs

De fous coups de coeur

De pensées ébouriffées


Toujours aux bruits du coeur

Succède le silence feutré des convenances

Tu fais comme si 

Pour ne pas paraître 

Plus fou que tu n’es



Xavier Lainé

9 octobre 2024