mardi 30 juillet 2024

Chroniques d’un désastre annoncé 5

 





« Je n'ai pas dormi de la nuit. J'aurais dû me méfier des Bruns dès qu'ils nous ont imposé leur première loi sur les animaux. Après tout, il était à moi mon chat, comme son chien pour Charlie, on aurait du dire non. Résister davantage, mais comment ? Ça va si vite, il y a le boulot, les soucis de tous les jours. Les autres aussi baissent les bras pour être un peu tranquilles, non ?


On frappe à la porte. Si tôt le matin, ça n'arrive jamais. J'ai peur. Le jour n'est pas levé, il fait encore brun dehors. Mais arrêtez de taper si fort, j'arrive. »

Franck Pavloff, Matin brun


Nous y sommes

Nous savions qu’il ne fallait pas

Que la nausée nous envahirait

Que nous serions poursuivis jusque dans notre sommeil

Par cette migraine qui ne nous lâche plus

Migraine et gangrène se donnent la main

Pour nous rendre la vie intolérable

C’est peut-être l’objectif


Tu t’interroges

Qui de l’homme ou du climat

Mettra un terme à ce désastre

Tu aimerais savoir


*


Alors tu démarres chaque jour

Avec cette amertume

Tu rêves encore 

Tu les regardes

Ceux qui semblent de ton côté

Se bouffer le foie

Au risque de tout te faire perdre


Tu t’interroges

Comme d’habitude

Que faire de ce désastre

Comment retourner les choses

Pour retrouver la sérénité des temps d’autrefois

Où tu avançais jeune et radieux

Convaincu d’aller de l’avant

Que ce qui était acquis ne serait jamais remis en question


C’est désormais notre humanité même qui est posée sur le billot



Xavier Lainé

5 juillet 2024



lundi 29 juillet 2024

Chroniques d’un désastre annoncé 4

 





Et le pire c’est que ça ne change rien

Que vous semblez pouvoir vivre

En perspective raciste

Sans que ça ne trouble votre été


Mais peut-être est-ce déjà le signe

Que le néo-fascisme soft 

Est déjà bien installé dans les esprits

Au point de vous rendre indifférents


Au moins en apparence

Vous avez tellement appris

À ne rien montrer pour ne pas

Pour ne pas vous compromettre


Vous avez tellement pris le pli

De ne rien montrer

De ne pas vous révolter

Pour ne pas vous compromettre


Sans doute est-ce un des premiers symptômes

De ce désastre lentement élaboré

Au fil des ans et de tous bords

Vous laissant aux vents mauvais


*


Pendant qu’ici le désastre s’étend

Nul ne regarde plus du côté de Gaza

Nul ne regarde plus le « nettoyage ethnique »

Nul ne parle plus du génocide entrepris


Nous vivons ce temps là

Où un désastre en couvre un autre

Pauvre humanité en déroute

Prête à confier son sort aux rapaces

Quand il faudrait qu’elle apprenne

À le prendre en main


*


Tant et tant qui s’en plaignent

De ces relations faussées

De ces discours lénifiants

Qui ne se traduisent par rien

Rien dans la vie


Tant et tant qui se sentent si seuls

Que parfois il me prend d’ouvrir grand les bras

Pour les accueillir tou(te)s


C’est dans ce processus que vient le désastre

Lorsque chacun se sent ou se croit seul

Et que ça se vérifie


Désastre d’une humanité

Où chacun ne sauverait

Que son « développement personnel »

Sans un regard pour celles et ceux qui ne savent pas

Pas faire

N’ont pas les réseaux

Ou simplement le culot

De se mettre au sommet de l’affiche

Histoire de briller un jour

Mais pas toujours


Car parfois à trop briller

On crame toute son énergie

Et lorsque la lumière s’éteint

Impossible de la rallumer

Les batteries sont à plat

Les jaloux passent sans un regard

On se croyait en haut de l’affiche

On se retrouve seul

Plus seul d’y avoir cru


Le désastre est dans ce vide

Laissé dans le sillage de ceux qui croient briller



Xavier Lainé

4 juillet 2024


dimanche 28 juillet 2024

Chroniques d’un désastre annoncé 3

 





C’est là que commence le désastre

Quand quelqu’un commence à dire

Je suis quelqu’un

Et à ce titre j’ai droit à

Au risque de léser le voisin

De marcher sur l’ami

De cracher sur sa femme

Ou sur son homme

Mais ce je suis quelqu’un

Et j’ai le droit de revendiquer

D’être premier sinistre

Parce que mon ego me le dit


C’est là que commence le désastre

Dans cette juxtaposition des ego

La vie commune n’étant plus que l’ombre

Des désirs individuels élaborés en lois définitives


Alors qu’à l’échelle de l’univers

Je ne suis qu’un électron perdu

Si je revendique d’être un soleil

Je risque d’être déçu

Et de rancoeur je jetterai l’opprobre

Sur mon voisin de palier

Sur l’autre qui n’a pas la même couleur de peau

Ni la même religion que moi

Ce sera de sa faute si

Et j’écouterai avec gourmandise

L’ego en chef d’un parti raciste

Qui va m’encourager dans cette épineuse jalousie


C’est là que commence le désastre

Dans cette vie dépossédée d’elle-même

Dans ce vertige de se croire monde

Quand nous ne sommes que des humains

Nés de cette tourbe avant d’y retourner

Pas grand chose au fond

Sinon à développer une prétention sans limite

À revendiquer une place exorbitante

Quand nous ne sommes que si peu


C’est là que commence le désastre

Dès cet instant fatidique 

Où je crois pouvoir me sauver seul

Au risque d’écraser les autres

Dans cette éthique sans morale

Qui dit qu’être quelqu’un

Se mesure à la boursouflure d’un porte-feuille


C’est là que commence le désastre

Et quand il a fait son entrée sur scène

Bien difficile d’en baisser le rideau


Regardez bien les masques qui tombent

Ils montrent le vrai visage des imbéciles

Qui se croient au-dessus du lot commun

Tandis que notre humanité se noie



Xavier Lainé

3 juillet 2024