samedi 15 juin 2024

Pas dire 22

 




C’est grand bal chez les hypocrites

Qu’un fanatique se prenne les hélices dans le voile

Les voici tous envoyant leurs condoléances


C’est grand bal chez les hypocrites

Qu’un peuple autochtone se soulève

Ils se précipitent à son chevet

Après avoir jeté de l’huile sur le feu


À quoi reconnaitre les salauds

C’est qu’ils osent tout

Qu’ils jouent avec notre courte mémoire

Avec nos ignorances supposées

Hélas parfois bien réelles


Ils surfent sur la vague de nos peurs

Qu’ils alimentent à grand renfort d’images

Montrant la conséquence de leurs actes


Ils ne parlent que des conséquences

Ne disent rien des causes

Tendent micro à leurs semblables 

Blancs 


Regardez bien le jeu des hypocrites

Les dragons d’un temps glauque

Regardez la fumée qui leur sort du mufle

Pour vous tromper toujours


Mais il ne faut pas le dire

Encore moins l’écrire


*


Ce qu’ils ne savent pas

Ce qu’ils font semblant d’ignorer

C’est cette pulsion qui vient

Lorsque tout simplement

L’humain s’exprime


Qu’est-ce donc que l’humain

Sinon deux bras qui s’ouvrent

Où toutes les détresses peuvent se déposer


Qu’est-ce donc que l’humain

Sinon une tête qui se pose sur une épaule

Sans rien savoir de qui ni comment


Qu’est-ce donc que l’humain

Sinon ces moments en apesanteur

Où rien n’est calculé

Tout est ressenti


Mais


Pas dire cette houle généreuse

Pas dire cette soif insatiable

Pas dire le mouvement des corps qui s’embrassent

Pas dire ce jaillissement des profondeurs


Pas dire


Ce qu’ils aimeraient

C’est qu’on ne dise pas

Qu’on ne dise rien de ce qui est 

Hors de leur monde condamné

Hors de leur damné monde

Dont ils ferment les portes

Barricadent les fenêtres

Jusqu’à étouffement de l’humain

Celui qui trouve toujours une fissure

Pour échapper à la pire des prisons



Xavier Lainé

22 mai 2024


vendredi 14 juin 2024

Pas dire 21

 





Il serait dit que les printemps ne se ressembleraient pas

Qu’un vent de révolte ne serait toujours que passager

Tombé le nez dans le ruisseau sous les bottes de maréchaussée


Il serait dit que ne serait plus audible la moindre protestation

Tout en proclamant la main sur le coeur

Qu’aucune censure ne serait prononcée


Non


Tout serait beaucoup plus simple

Il n’y aurait plus jamais de tribunaux 

Pour sanctionner les paroles contraires


C’était devenu inutile

Puisque la pratique en viendrait à l’auto-censure

Ne pas dire un mot qui risque de fâcher

Ne pas prononcer les mots exclus de la nov’langue


On passerait de la pensée unique à la pensée inique

Mais nul ne s’en rendrait plus compte

Puisque rien ne filtrerait dans la sphère médiatique


Il serait dit que les printemps révoltés du passé

Seraient étouffés avant même d’exister

Qu’il serait de bon ton de ne donner la parole

Qu’aux individus blancs

Si possible riches

Par nécessité masculins


La normalité dans toute sa splendeur

L’anormalité érigée en principe

Tandis que la majorité rentrerait au bercail des soumissions

Car pour survivre en ce monde là

Monsieur

Il faudrait savoir jouer des coudes

Savoir écraser quiconque aurait le malheur

De se mettre en travers du chemin de la gloire

Réservée à une ultra minorité pour qui toute culture

Serait limitée à la fortune étalée comme médailles

Sur le champ de bataille d’un monde à feu et à sang


C’est de cette normalité là

Anormale en diable

Qu’il faudrait se nourrir

Pour survivre encore un peu

Avant que la terre elle-même

Ne règle enfin ses comptes


Le dessus du panier s’imaginerait pouvoir s’en sortir

Par la grâce des porte-feuilles bien garnis

Tandis que les « riens » boiraient la tasse

Poussés vers le fond sans aucun état d’âme


C’est dans ce monde là 

Monsieur

(J’écris « Monsieur » parce que les femmes dans ce monde là n’y sont reconnue qu’à la seule condition de faire tapisserie)

Que nous devrions vivre

Ou vomir jusqu’à l’agonie


Dans ce monde là

Où le seule poésie admise devrait rester dans la tonalité policée

D’une jolie soumission de genre de sexe comme de pensée



Xavier Lainé

21 mai 2024


jeudi 13 juin 2024

Pas dire 20

 





Il en pose des questions l’enfant

Mais

Il ne faudrait pas lui dire

Toute la difficulté qu’il y a à vivre

Il faudrait le maintenir en dehors

« C’est un enfant quand même »


Il en pose des questions l’enfant

Mais

Il ne faudrait surtout pas lui dire

Que rien n’est donné

Que si tout s’achète et se vend

Ça n’est pas sans limites


Il en pose des questions l’enfant

Mais

Si tu lui réponds avec franchise

Que tu lui expose tes difficultés

Tu vois le regard courroucé

Qu’on te jette comme un reproche


Il en pose des question l’enfant

Mais

Faudrait pas lui dire

Faudrait lui laisser croire

Au mythe d’un consumérisme sans limites

Tout en prétendant le « protéger »


Il en pose des questions l’enfant

Mais il ne faut pas lui dire ce qui est


*


Qu’est-ce qu’on dit

Qu’est-ce qu’on fait

Faisons-nous ce que nous disons

Disons-nous ce que nous faisons


Ou


Histoire de rester dans nos pénates

Chaussés de nos pantoufles

Sirotant une bière devant BFMTV ou Cnews

Regardons-nous le train de l’histoire

Accélérer sous la poigne de fer

Des fanatiques embourgeoisés au pouvoir


Ou


Ne pouvant vivre sans Netflix

Sans réseaux prétendus sociaux

Passons-nous les uns à côté des autres

Pas seulement dans les rues désertées

Mais au sein même des familles

Au coeur même de nos couples


Ou


Désespérés devant l’inhumanité pandémique

Partons-nous à la dérive du « bien-être »

Seuls parmi d’autres en pratiques échappatoires

Attendant qu’en nous-mêmes viennent les transformations

Qui nous rétabliraient en humanité commune

À défaut de



Xavier Lainé

20 mai 2024