vendredi 7 juin 2024

Pas dire 14

 




Me voilà en panne

L’esprit en berne d’avoir trop peu dormi

Tant et tant de choses qui tournent

En vie qui s’étiole

En pays qui s’effondre

En monde où tant agonisent


Me voilà en panne

Tant à dire en pays qui n’aime pas

Que choses soient dites

Appelées par leur nom

Tandis qu’en lieux de pouvoirs

On aime brandir les écrans de fumée


Me voilà en panne



Xavier Lainé

14 mai 2024


jeudi 6 juin 2024

Pas dire 13

 





On continue ?

Vous ne saurez jamais 

Les étudiants tabassés

Par forces du désordre

Au sein même de leur faculté


Pas dire

Alors silence


On continue ?

Vous ne saurez jamais

Les manifestations interdites

Si elles protestent contre un génocide

Tandis que d’autres

Parfaitement fascistes

Se déroulent sous l’oeil complaisant

Des forces du désordre


Pas dire

Alors silence


On continue ?

Un docte cause dans le poste

Nous dit que tout va bien

Donne crédit au petit caporal

Isolé dans son bunker présidentiel

Tandis que vous cherchez désespérément

Comment boucler un mois

Dont la fin se rapproche toujours du début


Pas dire

Alors silence


*


On ne te dit pas

Où quand on dit c’est toujours 

Avec petit sourire ironique

Déplorant ces pauvres innocents

Qui croient encore pouvoir changer le monde

Retourner les facteurs de misère

Redorer le blason de notre humanité commune


Car il est clair qu’il n’est point de censure

Il ne règne que silence autour

Pour ne dire que ce qui chante

Aux voyous qui s’engraissent

Sur la misère de tous


On ne te dit pas

Mais on n’empêche pas de dire

Sauf que quand tu dis

Un silence assourdissant se fait

Et ta parole tombe dans le vide


Mais tout le monde trouve ça normal

Normal puisque rien ne doit venir troubler

L’ordre établi qui n’est que désordre du sens

Puisqu’on vous le dit

Qu’il y a un bon sens

Et un sens interdit

Mais c’est juste pour fluidifier la circulation

Et éviter les troubles à l’ordre public

L’ordre des uns fait le désordre des autres



Xavier Lainé

13 mai 2024


mercredi 5 juin 2024

Pas dire 12

 





Liesse populaire

Ville sécurisée

Police partout

Tout semble normal


Car on vit ce temps qu’il ne faut pas nommer

Où le normal rejoint le pathologique

Suspicions et soupçons à tous les étages


Que sur le trajet du sport

Une banderole s’exhibe

Dénonçant un nettoyage ethnique 

Voilà qui fait mauvais genre

Sur les photographies idylliques

Où édile doit briller


Surtout ne pas dire

Ce que cette surveillance abusive dit

De l’état de nos libertés taillées en pièce

En toutes occasions


Surtout ne pas dire

Ce que l’interdit de toute parole contraire

Cache sur l’avenir sordide

Que l’édile concocte 

En sa marmite enflammée


Ce qui choque le plus

C’est que tout le monde trouve normal

Cette chasse à tout ce qui s’oppose



Xavier Lainé

12 mai 2024


mardi 4 juin 2024

Pas dire 11

 






Ne rien dire tu sais

Sinon la peine et le chagrin

Pardonnez-moi


Pardonnez-moi mais

Je ne sais pas vivre serein

En univers guerrier

Je ne sais pas


Alors ne rien dire

Sinon peine et chagrin

Pardonnez-moi


J’ai si souvent rêvé

D’un monde de tendresse et d’amour

Mais voici

Je n’entends que bruits de bottes

Je ne vois que personnages tyranniques

Sillonnant le monde au nom de leurs dogmes

Abreuvant ceux qui s’opposent

À leur déluge de feu et de sang


Ne peux rester là

Ne disant rien

Pardonnez-moi


Me voici seul devant ma page

Aucune main ne vient se poser

Sur mon front fiévreux

De devoir subir encore

Ce tragique temps 

Où demeurer vivant relève d’un défit


Pardonnez-moi

Je sais que vous attendez autre chose 

Que mes mots qui ne cessent de dénoncer

La tragédie d’un siècle

Qui ne sait pas tirer les leçons

Qui ne sait pas

Qui ne dit pas

Qui dit qu’il ne faut pas dire

Qui a défaut me montre du doigt

Comme une faille dans le silence

D’une censure innomée

Innommable


Pardonnez-moi

Je ne peux vivre paisible

Quand pas si loin

Des enfants pleurent sous les décombres

Sans que ça émeuve les « élites »

J’entends

On me parle de catastrophes et de chaos

D’humains qui fuient la ruine

On m’en parle comme si de rien n’était

Mon estomac se révulse


Pardonnez-moi

Je vais vomir 

Dans une de vos méga-bassines



Xavier Lainé

11 mai 2024