dimanche 26 mai 2024

Pas dire 2

 





C’est chose étrange que cette faiblesse

Cette faille et ce glissement


C’est chose étrange

Que les idées généreuses

Soient toujours travesties

Raillées et éliminées


Que parfois même 

Elles se mettent elles-mêmes

En situation de faiblesse

Sous les regards ironiques

Des rois de la domination

Et du profit sans partage


Alors on s’en va manifester

Mais toujours dans la dispersion

Chacun tirant couverture

Sur ses pieds qui ne réfléchissent

Pas plus loin que ses dogmes


Chacun y va de son idée

Chacun avance sa vérité

Tandis que les plus pauvres

Les plus concernés

S’en vont consternés


Chacun entonne son refrain

Sans rien écouter des paroles

Qui divergent parfois


*


Et tandis qu’ici on se chamaille

On se déchire et on s’étripe

Chacun convaincu d’avoir raison

Contre toutes autres convictions

À peine plus loin en toute logique

Un nettoyage ethnique évolue

Vers un génocide en bonne et due forme

Mais 

Chut

Il ne faut pas le dire

Sans être aussitôt suspecté


Il ne faut pas le dire

Ni l’écrire

Ni manifester son soutien

À celles et ceux de tous bords

Qui souffrent sous les mauvais coups

Des post-humains aveuglés

Par pouvoirs religions et profits


Il ne faut pas écrire

Ce qui se déroule sous nos yeux

Puisqu’il est admis en territoire gangrené

Qu’un humain n’en égale pas un autre

Que certains méritent attention

Tandis que d’autres seraient 

Quantités négligeables

Voire même regardés comme parias

Dont l’existence n’aurait aucune valeur

(Je n’invente rien ça a été dit et écrit)

Le mois des luttes commence sous l’influence de la nausée



Xavier Lainé

2 mai 2024


samedi 25 mai 2024

Pas dire 1

 





C’est bien clair

Il ne se passe rien

Il vaut mieux ne causer

Que moustiques

Infimes détails sans intérêts

Plutôt que dire

La répression en marche


C’est bien clair

Ne pas dire

Obéir pour ne rien troubler

Des discours assénés

Comme ultimes vérités


Qu’on meure à Gaza n’a pas d’importance

Qu’ici le jeunesse s’embrase

Pour ne pas cautionner les génocides en cours

Vous n’en saurez rien


Ne rien dire

Faire silence 

Ne pas causer

C’est bien clair


La censure d’hier a pris nouveau visage

Sous le joug de la pensée unique

De la pensée inique

Qui proclame ce qu’il faut dire

Pour être existant en monde bien policé

En monde bien policier


*


Bien pluvieux

Bien plus vieux

Mais toujours là

Les anciens combattants

Les acharnés de la lutte

Mais bien plus vieux


Maigre foule 

Devant bourse du travail

Dont tant ignorent l’histoire

Ou ne font qu’égrener les noms

Des militants patients

Y défendant des droits

Toujours taillés en pièce


Demain les lieux seront vidés 

L’histoire sera bien vite oublié

De ce que certains nomment encore « place rouge »

En souvenir de temps où lutter

Pouvait encore changer quelque chose

Au quotidien bien ordinaire

Des ouvriers du fond des mines


Bien pluvieux

Bien plus vieux

On y vend du muguet

Oubliant l’églantine rouge

Brillant au panthéon

D’une histoire ouvrière tue


Nous vivons ce temps de confusion



Xavier Lainé

1er mai 2024


vendredi 24 mai 2024

Pas savoir 30

 





On ne se découvre pas d’un fil

Pour ne pas prendre froid et succomber

Sous le poids de la charge absurde


Je vis dans ce pays

Qui refuse de nommer ce qui est

Ce qui se voit

Qui ne pose même plus un masque

Sur le visage hideux des désinformations


Toute contestation est désormais muselée

Corsetée et réprimée

Jamais jeunes gouvernants n’ont été si vieux

Usant et abusant de leur pouvoir

Pour abreuver de leurs insultes 

De leurs suspicions nauséabondes

Tout ce qui bouge et s’émeut encore


On ne se découvre pas d’un fil

Pour rester dans l’entre-soi

De ceux qui ne veulent pas savoir

Qui font comme si ce qui nous arrive

Tombait de nulle part

Sur nos têtes innocentes


Ce qui compte ce n’est pas le jour

Où le fascisme s’assoit sur le trône

C’est le lent processus qui y conduit

Ces comportements et attitudes

Discours de suffisance gonflés

Qui lui ouvrent grand la porte


Il semble que nous y sommes

Qu’il faudrait renforcer les digues

Remettre de l’humain 

Où jeunes gouvernants si vieux

Ne cessent de le mettre à mal


Le plus étrange est ce silence

Ce mutisme du plus grand nombre

Devant la lente et progressive dérive

Certes pas inéluctable

Puisqu’il serait encore temps

De descendre dans les rues

En si grand nombre

Que toute répression serait impossible


*


Rendre la répression impossible

Redorer le blason de l’espoir

Dans une folle étreinte

Ouvrir les portes à la vie

Celle qui ne se calcule pas

Qui ne se comptabilise pas

Celle qui vibre à l’unisson des coeurs

Qui nous emporte dans une folle danse

Qui ne laisse prise à aucun faux discours


Qu’il pleuve ou qu’il vente

Nous nous tiendrons par la main

Dans une farandole de bonheur

Pour conjurer les crimes

Faire taire les canons



Xavier Lainé

30 avril 2024