mardi 26 mars 2024

Folies 2

 



Image : Graphèmes enfantins- Xavier Lainé (avec l'accord de l'enfant)




J’irai semant mes cailloux de mots

Sur les chemins provisoires

D’amours sous les bombes


J’irai

Ma main semant sur les décombres

Mots fleurs

Mots fruits

Mots fleuves

Jusqu’à réveiller

Les morts ensevelis


J’irai

De ma fronde innocente

Ne lançant que mots doux

Semer le rouge au front

Du dieu Mars

Aveuglé de colère


Tandis que les fous 

Seront à danser sur les ruines

Mes mots s’épanouiront en mille bouquets

Posés à la mémoire des humains

Qui furent innocents immolés

Sous un flot de bombes


Quoi jamais ne saurons dire

Qu’il est temps de nous ressaisir

D’ouvrir les portes de l’espoir

Pour lever les check-points

Où s’en vont courbés

Les laissés pour solde de tous comptes

D’un monde enfermé dans ses superstitions


Mes mots se feront galets

Sous les pieds de fuyards

Mes pages se feront mains

Ardentes à fouiller les ruines

Mars pourra bien ricaner

Dans sa barbe sanglante

Je saurai bien de mes mots

Lui transpercer le coeur

Pour que son âme damnée

Soit vouée aux gémonies

Tandis qu’en grand cortège

Se lèveront ses victimes

Pour un printemps debout

Le front ceint de douces fleurs


*


Je saute de mots en mots

J’entreprends une danse lexicale

Qui serait capable d’arrêter les massacres


Mars

Si tu m’entends

Saurais-tu calmer ton courroux

Inviter les hommes à deux sous de sagesse

Il semble que non

Tu n’entends pas

Nos suppliques

Car je ne suis pas seul

Mars à demander enfin l’accalmie



Xavier Lainé

2 mars 2024


lundi 25 mars 2024

Folies 1

 


Image : Graphèmes enfantins- Xavier Lainé (avec l'accord de l'enfant)


« Le monde vit dans la nuit noire

L’aveugle s’attarde au péché ;

Pleine de fous rues et venelles

Ne sachant faire que folies

Mais on en refuse le nom. »

Sébastien Brant, La nef des fous


Ainsi commence le mois des fous

Suivant d’autres mois

Dont les fous sont les rois

Mais celui-ci a un privilège

D’être sous la haute autorité

De Mars dieu de la guerre


En est-il besoin d’un

Lorsque tous se succèdent

Sous les mêmes tragédies


Le mois des fous commence

On pourrait rêver que

Comme les saisons il s’affole

On pourrait rêver qu’il aille

À l’inverse de sa réputation

Calmant le jeu des fous


Caramentran brûlé 

On aurait pu croire

La sérénité possible


Que nenni

C’était compter sans les fous



Xavier Lainé

1er mars 2024


dimanche 24 mars 2024

Debout au milieu du gué 29

 






C’est un jour qui ne reviendra que dans quatre ans

C’est un jour bien ordinaire sur Terre

Un jour de deuil comme chaque jour

Depuis si longtemps


C’est un jour qui ne reviendra que dans quatre années

C’est long et c’est court quatre années

Mais dans cet espace temps

Combien ne verront plus le jour

Noyés sous les bombes des fous furieux

Qui décident de faire périr les innocents


C’est un jour qui ne reviendra pas

Une occasion manquée d’imprimer 

Sur la terre qui nous supporte

Une empreinte d’humanité


C’est un jour de trop

Qui ne sait que porter le deuil

Des innocents sacrifiés

Pour d’étroits nationalismes


C’est un jour de deuil

Un immense jour de chagrin 

Un jour que ne verront jamais revenir

Les ensevelis sous les décombres

D’un siècle d’obscures politiques

Décidées à faire disparaître

Tout ce que notre humanité 

Pourrait encore faire briller



Xavier Lainé

29 février 2024


samedi 23 mars 2024

Debout au milieu du gué 28

 




Ne pas s ‘arrêter

Surtout pas

Ne pas s’arrêter à l’apparence

On sait tellement bien

On sait tellement bien faire semblant

On sauve les apparences

Pour ne rien troubler à l’ordinaire

Pour ne rien remettre en cause

Rester dans l’ordre établi

Faire semblant

Pour sauver le vernis

Même si les murs se lézardent

On pose des épaisseurs à la surface

Toujours à la surface

Pour ne rien montrer

Faire croire que

Que au moins les apparences

Sont sauves

Qu’importe le monde et ses fissures

Ses failles et ses béances

On avance

Surtout ne pas s’arrêter

De plier 

Se plier jusqu’à toucher terre

Ramper

Supplier

Lorsque le crépis tombe

Montrant le vide

De vies étriquées

Soumises et sans relief



Xavier Lainé

28 février 2024


vendredi 22 mars 2024

Debout au milieu du gué 27

 




Il y aurait quand même de quoi s’inquiéter

Pourtant la vie là

Tout autour

Semble couler 

Comme si de rien n’était


Il y aurait quand même de quoi s’inquiéter

Devant le triste spectacle

D’un monde voué 

Aux violences et guerres

Famines et misères

Pourtant la vie là

Tout autour

Semble couler

Comme si de rien n’était


Comme si tout devenait banal

Comme si la mort et la détresse

Ne touchait plus personne

On va où on doit aller

L’oeil rivé sur un horizon

Dont les brumes cachent mal

L’abîme qui nous y attend


Il y aurait quand même de quoi s’inquiéter

Devant la montée irrésistible des pires

Chassés hier par la porte

Qui entrent désormais par toutes les failles

Ouvertes de mains de maîtres

Qui ne voient dans le fascisme renaissant

Qu’une nouvelle occasion d’accroître leurs gains


*


Mais


Dormez bien braves gens

Bouchez-vous les oreilles

Et puis le nez

Cousez vos lèvres

Pour être bien certains

De n’avoir rien à dire

Sur la tournure du monde


Mais


Critiquez bien braves gens

Une poésie qui ne se dit pas

Qui ne se proclame pas 

Poésie 

Tant elle est cri de révolte

Contre ce silence de soumission

Qui plane sur nos jours

Pourtant comptés


Mais


Ne dites rien braves gens

Ou si vous parlez

Parlez donc dans la langue convenue

Imposée par ceux qui vous soumettent

À la dictature de leur profit

Ne dites surtout rien

Qui soit de parole contraire



Xavier Lainé

27 février 2024