vendredi 8 mars 2024

Debout au milieu du gué 13

 




Rien ne va droit en pays bancal

Regardez et observez

Ces murs de vieilles pierres

À l’allure branlante

Mais qui tiennent depuis des siècles


Rien ne va droit en pays vivant

Car rien n’est rectiligne 

Si justement vivants sont


La vie va ainsi de son pas boiteux

Semer le trouble aux esprits étriqués


*


Même ma maison vue de face

A drôle d’allure

Avec ses fenêtres non alignées

(Comme les pays du même nom)

Et son crépi décrépi


C’est comme si elle signalait aux passants

Qu’ici vit un esprit aussi bancal que son allure

Incapable de marcher au pas cadencé

D’une époque où l’homme est entré en guerre

Contre lui-même


Lorsque le vent souffle

Sa toiture donne l’impression

De vouloir mettre les voiles


*


Le droit n’est pas droit

Il louvoie entre les intérêts contradictoires

Il n’est rien d’autre que l’expression d’un monde

Qui le façonne à sa mesure

Ou à sa démesure


Le droit n’est pas un droit

Il est au service que qui légifère

Ou du moins de qui de sa superbe domine

Ceux qui font les lois 

Au service de ceux qui tirent bénéfice

De l’iniquité des lois


Que peuple se soulève

On voit alors d’un coup le rideau se lever

Sur les malversations d’un pouvoir aux ordres

De qui possède la puissance de l’argent


Que peuple le décide

Le voilà qui pourrait faire ses lois

Rétablissant l’égalité devant elles

Contraignant les tricheurs et les escrocs

À rendre ce qui revient de droit

À peuple légitimement organisé


Je ne dis rien d’autre ici 

Que ce que d’autres bien avant moi

Ont bien mieux dit

Revenez

Revenez donc par exemple

Aux pensées d’un John Locke



Xavier Lainé

13 février 2024


jeudi 7 mars 2024

Debout au milieu du gué 12

 





On ergote

On fait des discours

On dit

Mais quoi qu’on dise

Ça dure

C’est dur

De voir ce qui vient

Derrière les beaux discours

Les masques posés

Insuffisante à cacher

L’horreur qui entre

À pas feutrés


On ergote

On fait des discours

On dit

Mais quoi qu’on dise

Ça dure

C’est dur

Cette chute continue

D’un espoir qui s’évapore

Lorsque l’humain disparaît

Derrière les colonnes blindées

De chiffres et d’armes


On ergote

On fait des discours

On dit

Mais quoi qu’on dise

Ça dure

C’est dur

On salue la mémoire

Des justes humains

Qui laissent dans leur sillage

Une onde d’espoir

Et après

On rentre à la maison

Observer les statistiques abjectes

Qui disent le contraire

De ce qu’on honore


Qui sommes-nous en ce monde

À demeurer dans nos nids douillets

Tandis qu’à nos portes on meurt

De faim

De désespoir

Par noyade 

Sous les bombes

Qui sommes-nous

Dites-moi

Qui sommes-nous



Xavier Lainé

12 février 2024


mercredi 6 mars 2024

Debout au milieu du gué 11

 





Il faut reconnaître aux hommes le droit à l’égarement

Ce qui n’est pas absolution de leurs crimes

Mais droit à réparation


Il faut nous reconnaître ce droit d’égarement

Qui parfois nous trompe et nous pousse à trahir

Ce que hier nous défendions au nom des droits humains


Sinon à quoi bon abolir la peine capitale

Si nul droit à rédemption ne serait reconnu


Nous irions ainsi

Commettant crimes et délits

Avec pour seule certitude la punition la plus sévère


Je dis ceci après avoir lu chez Joseph Kessel

La possibilité de l’aveuglement


Car une fois close l’abomination des camps

Une fois vécue la résistance

Les atrocités de la seconde guerre mondiale

Le voici reparti en Palestine

Aux côtés des soldats d’un Etat balbutiant

Qui engageait sa guerre de colonisation

Sans un regard pour ceux qui étaient là

Que les juifs côtoyaient jusque là


Cette nouvelle abomination hésitait

Le XXème siècle en aura jeté les bases


On peut toujours comprendre

Mais pas excuser

Car les camps d’extermination n’excusent pas

D’en reproduire l’esprit 

Quelque soit l’ostracisme il est ferment d’inhumanité


On peut comprendre

Reconnaître le droit à l’égarement

Celui à l’erreur conduisant au crime

Celui d’une rédemption toujours possible

De l’homme criminel reconnaissant ses crimes

Et travaillant sur lui-même

La force de s’en guérir


Ce qui n’excuse rien

Juste permet de grandir dans notre humanité


Ce qui ne cautérise pas les plaies ouvertes par le crime

Juste d’y déposer un baume d’humanité

Juste pour éloigner le spectre des vengeances infinies

Qui ne font que semer deuil et larmes

Au coeur des humains perdus


*


Car au fond c’est ce qui anime la grandeur humaine

Cette capacité à comprendre et à inviter à ne pas rendre

Coup pour coup

Oeil pour oeil 

Dent pour dent

Encore moins à répondre par crime plus atroce

Au crime abject


C’est tout le sens de l’abolition de la peine de mort



Xavier Lainé

11 février 2024