vendredi 2 février 2024

Les années passent ! 9

 




Demeuré muet sur le seuil du jour

Un temps gris et froid

Prémisses de neige

Mais trop bas pour qu’elle en soit


Demeuré muet sur le seuil du jour

Serais bien resté au chaud des pages

Laissant errer rêves et pensées

Au fil continu des mots


Parfois c’est ainsi

Pas envie

Pas envie de

Juste demeurer là

Muet sur le chemin du jour


*


C’est si joyeux

Quand croyant réprimer

Vous indiquez le chemin

À suivre pour vous fausser compagnie


Depuis longtemps j’en rêvais

C’est quelque chose que vous me suggérez

En croyant me poser des interdits

De fait vous m’ouvrez la porte de sortie



Xavier Lainé

9 janvier 2024


jeudi 1 février 2024

Les années passent ! 8

 




Dès lors on s’organise comme on peut

« L’offre » étant défaillante


On trouve refuge

Loin des foules et du business

On s’isole en des tours d’ivoire

Qui sont plus de papier que du noble matériau


Mais c’est miracle que de demeurer

À distance d’un monde

Soutenu par immondes


*


Bien sur qu’il en existe des choses

Des actions et des associations

Mais


Mais il faudrait trouver le temps

En journées interminables

De s’y consacrer


Or lorsque la vie n’est plus que survie

Le temps se fait rare

Sacrifié sur l’autel des nécessités



Xavier Lainé

8 janvier 2023


mercredi 31 janvier 2024

Les années passent ! 7

 




C’est un régal que la discussion mêlée d’ironie

Celle qui ne se prend pas au sérieux

Mais dont l’humour ne fait que refléter

Le sérieux d’une pensée évanescente


C’est un régal de se dire a-politique

Non comme une indifférence à la chose commune

Au contraire c’est de ne trouver en l’état

Aucune maison où déposer mots et rêves


C’est un régal de laisser planer le doute

Dans les esprits dérangés par celui du siècle

Qui ne cesse de corrompre vies et idées

Pour en faire bouillie infâme sans avenir


C’est un régal de le dire

« Je crois en l’homme cette ordure »

À la suite de l’ami Lucien

Affirmant n’être que de ce parti là


C’est un régal de proclamer

Vouloir entrer en cette opinion

Qui place le bonheur humain

Au centre des préoccupations


C’est un régal de dire et maintenir

Qu’adhérer n’est pas tout admettre

N’est pas entrer en la religion des verbes creux

Psalmodiés en chaque occasion


Si je suis d’un parti

C’est celui des humains en devenir

Or celui-là n’existant pas

Serions-nous assez nombreux

Pour en inventer le futur

Ce serait dans un grand éclat de rire


*


Comment dire les choses sans froisser


La vie en ville moyenne

De région sinistrée

C’est un enterrement de première catégorie


On se demande chaque jour

Ce qu’on pourrait trouver 

Pour s’entretenir l’esprit à vif

Nouer conversations

Qui ne soient pas insipides


On aimerait autre chose

Que ces rues mortes du soir

Celles vides du dimanche

Ces salles de cinéma 

Vides quand il s’agit 

D’autre chose que cinéma commercial


On aimerait théâtre ou concerts

Qui ne soient pas du dernier choix des boulevards parisiens

On aimerait pouvoir enrichir nos connaissances

Vieillir moins bêtes 

Se sentir vivre quoi

Vivre vous savez



Xavier Lainé

7 janvier 2024


mardi 30 janvier 2024

Les années passent ! 6

 




Chaque jour je me lève

Chaque jour me demande

Quand vont tomber les sanctions


C’est commode de travailler ainsi

Sous la menace

Justement

De ne plus pouvoir travailler

C’est commode


On se lève

C’est comme si le corps était rompu

Une lassitude poisseuse

Vous suit partout

Vous ne pouvez détourner l’attention

De cette mort sociale

Programmée par d’obscurs administratifs

Qui ne connaissent rien de l’humain

Et particulièrement

De l’humain en souffrance


Leurs menaces vous collent à la peau

Les mains ne savent plus vers où se diriger

Elles savent que peut-être demain

Tout pourrait s’arrêter

Sous le couperet de sanctions inhumaines


Mais qu’ont à faire de l’humanité

Les chiffres institutionnels

Rien


Car aux yeux des « gestionnaires »

Nous ne sommes rien

Vous n’êtes rien

Rien d’autre que des chiffres

Dans une comptabilité dérisoire


*


Ce qu’il me faudrait de chaleur humaine

Pour simplement éprouver petite parcelle de bonheur

Mais voilà que nous sommes sur les récifs

Que notre rafiot tangue dans la tempête

Qu’il est bien délicat de demeurer serein

Lorsque les lourdes nuées s’amoncellent


Je me lève

Une brume épaisse et froide s’étend

Saurais-je retrouver le chemin des rêves

Depuis si longtemps perdu

Sur le fil tendu du temps


Je me lève

Je n’ai plus que vague souvenir

De ce qui faisait de la vie

Un havre de paix et de douceur


Je me lève et j’écris

Je me lève et je crie


Bien évidemment inadapté

À un monde qui ne sait

Qu’envoyer colonnes blindées de chiffres

À la gueule des plus démunis


Je me lève contre

Cette ignominie

Je me cramponne à mon radeau d’humanité

Parfois je bois la tasse



Xavier Lainé

5-6 janvier 2024