dimanche 15 octobre 2023

Patience & langueur des temps 21

 



XL-La femme assise, Karl-Jean Longuet (1922)




J’ai mis dans chaque goutte de pluie

Quelque mot d’espérance

Histoire qu’en vous tombant de dessus

Elles participent à votre réveil


Ne me croyez pas

Ne croyez rien

Sinon à votre propre capacité

Cumulée à celle des autres

De créer le monde commun

À la hauteur de vos rêves


Les rêves prennent ton gris

Marchent soulagé

De la torpeur enfin close


Je quitte les pas de Spinoza

Me réfugie au bout de mes nuits

Qui serpentent au fil des mots

Sans jamais trouver repos


Il y aura des larmes

Sur les correspondances du jour

Bien difficile de lutter

À grand coup d’ouvrages

Contre les tempêtes attendues


Alors


J’ai mis quelques gouttes 

D’un élixir de mots

Dans chaque goutte de pluie

Pour que chacune participe

À votre lent réveil


*


Le calme se perd

Devient denrée rare

Réservé aux nantis 


Le calme se perd

Tandis qu’en haut lieu 

Vont les petits rois se gavant


Le calme se perd

Dans les méandres 

De l’ignoble labyrinthe


Au fond de sa tanière 

Le Minotaure algorithmique

Guette ses proies


Le calme se perd

Puisque la vie elle-même

N’a plus de prix

Aux yeux des sinistres


En leurs sinistères dorés

Ils promulguent les lois

Sans souci des victimes

Sans un mot pour les noyés

Sans un regard pour la misère

Pourtant déployée

Au regard de tous

Sur les trottoirs d’un pays souillé



Xavier Lainé

21 septembre 2023


samedi 14 octobre 2023

Patience & langueur des temps 20

 



XL-La femme assise, Karl-Jean Longuet (1922)




« Si les hommes pouvaient régler toutes leurs affaires suivant un dessein arrêté ou encore si la fortune leur était toujours favorable, ils ne seraient jamais prisonniers de la superstition. Mais souvent réduits à une extrémité telle qu'ils ne savent plus que résoudre, et condamnés, par leur désir sans mesure des biens incertains de fortune, à flotter presque sans répit entre l'espérance et la crainte, ils ont très naturellement l'âme encline à la plus extrême crédulité ; est-elle dans le doute, la plus légère impulsion la fait pencher dans un sens ou dans l'autre, et sa mobilité s'accroît encore quand elle est suspendue entre la crainte et l'espoir, tandis qu'à ses moments d'assurance elle se remplit de jactance et s'enfle d'orgueil. »

Spinoza, Traité théologico-politique


Ainsi allons-nous humains

Qu’à désirer fortune

Nous creusons la tombe

De notre humanité


Et ça ne fait que durer

Les siècles et les millénaires

N’y changent rien

L’appât de triste gain

Nous fait tourner la tête


À trop nous vouloir riches

De basses richesses

Enfermées dans des coffres

Spéculés en corbeilles

Nous ne faisons que nous enfoncer

Dans la lie de nos bassesses


Que nous ayons grande 

Ou petite fortune

Ne change pas grand chose à l’affaire

Nous voici dans la crainte

De perdre ce que nous avons

Croyant l’avoir mérité

Dans l’âpre lutte entreprise

Contre l’autre

Ce faux frères

Cet ennemi

Ce voleur


C’est toujours l’autre qui est coupable

Y compris celui qui fuit

Les misères engendrées

Par nos basses manoeuvres


Nous fermons nos maisons

Nous barricadons derrière

Les clôtures électriques

Sensées nous protéger

Quand elles ne font

Que nous enfermer d’avantage

Dans notre indigence


*


Si heureux d’apprendre que des collègues en écriture y arrivent

Que leurs livres sont publiés et vivent leur vie de livres

Même si parfois ils auraient été au bord d’en détruire


Ici je vais faire venir une benne

Et déverser dedans les tonnes de mots accumulés

Ou en faire un feu de joie


Peut-être



Xavier Lainé

20 septembre 2023


vendredi 13 octobre 2023

Patience & langueur des temps 19

 



XL-La femme assise, Karl-Jean Longuet (1922)



« Moins l'esprit connaît et plus il perçoit, plus il est capable de fiction ; et plus il a de connaissances claires, plus ce pouvoir diminue. »

Spinoza, Traité de la réforme de l’entendement


Revenir à Spinoza un peu chaque jour

Juste pour le plaisir de partager son actualité


Depuis si longtemps nous ne faisons que réécrire

Ce que d’autres ont énoncé bien plus clairement

Que ces mots dont je ne revendique du coup

Jamais la paternité


Tant imprégné de ce qui fut

Comment distinguer l’originalité d’un propos

Sinon que parfois mon ignorance

Me conduisait à dire et écrire

Ce que je n’avais pas encore lu


« Tourne sept fois ta langue dans ta bouche avant de parler »

Ainsi parlait mon arrière-grand-mère


Sans doute avait-elle raison

Il faut avoir tant lu

Pour prétendre écrire quelque chose

Qui puisse relever d’une nouveauté


À défaut on ne fait que répéter

Ce que d’autres ont pensé


Quoi dans le foisonnement prétendu démocratique

Qui ne soit éternelle redite

Ce qu’on prend pour nouveauté

N’est parfois que l’autre visage de la même pensée



Xavier Lainé

19 septembre 2023


jeudi 12 octobre 2023

Patience & langueur des temps 18

 



XL-La femme assise, Karl-Jean Longuet (1922)



« Des jouissances de la vie prendre tout juste ce qu'il faut pour le maintien de la santé. »

Spinoza, Traité de la réforme de l’entendement


Les jouissances sont portion congrue

Si peu à déguster avec modération

Pour ne pas en épuiser tout de suite

Le flux


Force est de regarder en face

Ce qui est de notre condition

Nul ne peut jouir à outrance

De ce que la vie lui offre


Tu fais avec ce qui est

Pour faire comme tu peux

Rien de plus

Rien de moins


Chaque jour tu te réveilles

D’un oeil amusé tu te regardes

Au miroir des années

T’étonnes toujours d’être

Sans trop savoir qui 

Ni comment


Je reviens à Spinoza 

N’en fais pas un dogme à suivre

Juste une parole de sagesse

À écouter et confronter

À un réel mêlé d’incertitudes


Je reviens à Spinoza un peu chaque jour



Xavier Lainé

18 septembre 2023