jeudi 5 octobre 2023

Patience & langueur des temps 11

 



XL-La femme assise, Karl-Jean Longuet (1922)




Le 11 septembre 1973

J’avoue

J’ai pleuré

Y aurait-il une raison d’arrêter 

Le flot des larmes


Le cancer néo-libéral

A entamé sa gangrène

Accentuant celle de sa philosophie

Le capitalisme pur et dur

Celui des guerres et des dominations


Il n’est aucun traitement 

À l’extension cinquantenaire

Des métastases 

Les esprits en sont colonisés

« CONSOMMER »

« Chacun pour soi »

Mépris de toute humanité

Soumission volontaire ou pas

Aux dogmes répétés

Sur tous les tons

Dans tous les médias


Le 11 septembre 1973

J’avoue

J’ai pleuré

Pas seulement pour le Chili

Peut-être par égoïsme

Pour nous aussi

Nous qui avons cru possible

De faire bouger les bases de ce monde

Sans avoir recours aux tristes expériences

Des dictatures dogmatiques

Dressant un monde contre un autre


Le 11 septembre 1973

J’avoue que j’ai pleuré

Que je ne cesse de pleurer

Et d’enrager depuis

Devant les tristes soumissions

Devant les tristes défections

Qui ne favorisent que les pires


Cinquante ans après

La logique du néo-libéralisme

C’est la prise du pouvoir

Par les droites extrêmes

Les extrêmes droites

Par mutisme des peuples


Toujours ce spectre d’un XXème siècle

Apothéose des horreurs

D’une humanité divisée comme jamais

Incapable de se débarrasser

De l’esprit de domination

Dont le système fait ses choux gras


Combien de 11 septembre faudra-t-il

Pour qu’enfin le réveil se produise

Remisant aux poubelles de l’histoire

La logique des stupides enrichissements

Sur le dos des plus faibles

COMBIEN de larmes encore



Xavier Lainé

11 septembre 2023


mercredi 4 octobre 2023

Patience & langueur des temps 10

 



XL-La femme assise, Karl-Jean Longuet (1922)



C’est fou ce qu’un Président ça cause

On peut lui hurler dessus

On peut le siffler

On peut vociférer

Le Président parle

Il parle de tout 

Fait comme s’il connaissait quelque chose

À ce qu’il dit

De qui il parle

Mais il ne sait rien

Il parle

Il n’écoute que lui-même

Dans une logorrhée infinie


*


Et la vie dans tout ça

Comment va la vie

Sinon de plus en plus mal


Enseignants introuvables

Soignants saturés

Psychologues parcimonieux


Comment va la vie 

Comme elle peut

Mais plutôt mal que bien


On fait comme on peut


*


De ce côté-ci

Celui qui a appris à prendre soin

Est bien obligé de voir

Les traces d’une violence inouïe

Laissées dans les corps usés

La lassitude de vivre

Dans les esprits égarés


Ça se voit

Ça se sent

Il suffit de marcher dans la rue

De regarder qui on croise

D’ouvrir sa porte à qui souffre

Pour lire le rapport accablant


Le Président parle

Il ne fait que ça 

Parler


Et semer derrière lui

La misère et l’opprobre


*


C’est pas rien de vivre en monde si inégal

Qu’on peut crever de faim

Dans un pays riche

Sans que ça émeuve plus que ça


C’est pas rien de vivre en monde si inégal

Qu’à naître du mauvais côté

Ton sort est lié

Ficelé


C’est pas rien

Tu sais

De tenter de survivre

En ce monde là


Ça laisse des séquelles

Indélébiles cicatrices


Parfois ça explique

Le basculement de l’esprit et du corps

Dans les profondeurs abyssales

D’un dérèglement de l’être


Ça commence par quelques trous dans ta mémoire

Ça continue avec de soudaines colères violentes

Aussi passagères qu’un orage 


Un jour tu te réveilles

Ou tu ne te réveilles pas

Mais qui s’en soucierait

Puisqu’ici il n’est bon que de parler

Sans savoir de quoi

Ni de qui

Et surtout pour ne rien dire



Xavier Lainé

10 septembre 2023


mardi 3 octobre 2023

Patience & langueur des temps 9

 




XL-La femme assise, Karl-Jean Longuet (1922)



Comme une gangrène se répand

Le flot boueux des égoïsmes

Ne pas penser à l’autre

Ne rien voir des vaines attentes

Faire comme si de rien n’était

Mais au fond de soi

Haïr


Un petit baiser cependant

Histoire de faire comme si

Histoire de faire semblant

Pour la façade


Comme une gangrène se répand

Le poison des individualismes

Chacun pour soi contre tous

L’autre vu comme ennemi

Empiétant sur la propriété privée

Mais privée de quoi

Je ne cesse de me le demander



Xavier Lainé

9 septembre 2023