dimanche 24 septembre 2023

Un été sur la Terre 31

 



XL-Un été sur la Terre



J’ai fait un pas vers l’automne

J’avais traversé les vallons arides

Où l’été déployait ses ardeurs

On y mourrait de soif

En des déserts d’avidité


J’ai fait un pas vers l’automne

Me croiriez-vous

Si je vous disais

Que tant et tant marchant

Traversent saisons et déserts

En l’aridité d’un temps sans


J’ai fait un pas vers l’automne

J’ai franchi la barrière des nuits

Où l’âme se repaît de cauchemars

Où les rêves se peuplent de tragédies


J’ai fait un pas vers l’automne

Laissé derrière moi le lourd baluchon

Des maltraitances si répandues

Qu’elles finissent par être

La norme de vie

Où se débat la foule des délaissés


J’ai fait un pas vers l’automne

Les feuilles mortes ne se ramassent plus

Elles sont soufflées à grand bruit

On coupe même les branches

Avant qu’elles ne souillent

Les avenues de béton et bitume

Où vont des mâles en costume

Fiers d’un pouvoir usurpé


J’ai fait un pas vers l’automne

J’ai bu avec ivresse l’eau des sources

Enfin revenues avec les dernières pluies

Là-haut

Tout en haut

Les sommets se firent étincelants


Ils m’appelaient

Comme toujours

À faire un pas vers l’automne

Pour avancer encore 

Tournant le dos à l’immonde

Bâtissant des mondes

Tout au bout de mes mots



Xavier Lainé

31 août 2023



samedi 23 septembre 2023

Un été sur la Terre 30

 



XL-Un été sur la Terre



Que l’on soit surpris de cet été qui se termine en forme presque hivernale sans passer par la case automne

Que l’on soit surpris m’étonne

Que lisez-vous donc qui vous laisse si ignorants des faits


L’été écoulé, je ne rêve que de rester là, un livre à la main, nourrissant mon esprit de ces mots abondants

De ces pensées foisonnantes

De ces connaissances ouvertes à qui veut bien s’en nourrir


Prendre le temps

Le voler même pour ne pas être happé par cet étourdissant manège

Toujours plus vite

Toujours plus fort

Toujours plus loin

L’humain perdant son âme dans ce vertige

Vertige qui l’éloigne toujours plus d’une perception fine de sa nature

De la nature dont nous sommes


Car qui saurait disjoindre ce qui est si intimement élaboré

Nous sommes ce que la nature nous a fait

Non ce que nous croyons faire de nous

Ces êtres industrieux et soumis à l’esclavage de faux désirs

Ces êtres qui vont se heurtant aux lumières dressées sur la plage par les naufrageurs 

Nous nous perdons dans les rayonnages de magasins qui sont nos cimetières

Nous nous égarons en commerce qui nous enfonce dans la fange d’un monde dépourvu de sens

Dépourvu du sens commun, du sens du commun nécessaire à notre survie


Je suis là, à l’orée du jour, un piano égrène ses notes subtiles dans la fraîcheur retrouvée

Je lis qu’ici et là, les fossoyeurs de toute humanité, au nom de leurs dividendes 

Entendent encore martyriser la Terre pour en tirer les ultimes pépites

Ils ont les yeux avinés et la force brute

Ne connaissent rien de la subtilité de sentir que 

Ce qui est bon pour l’humain ne peut se faire aux dépends de qui lui a donné naissance


Je suis là

Je voudrais y rester sans me presser

Ni d’ouvrir ma porte

Ni de gagner je ne sais quelle vie déjà perdue


J’irai pourtant 

Juste parce que dans le mouvement de mes mains suivant l’itinéraire complexe des maux je sais pouvoir ouvrir des portes et des fenêtres

Je serai là

Sans me précipiter pour je ne sais quel rêve d’un post-humanisme déjà mort avant d’avoir vécu



Xavier Lainé

30 août 2023




vendredi 22 septembre 2023

Un été sur la Terre 29

 



XL-Un été sur la Terre



C’est chaque jour fascination

Étonnement

Sidération


Comme si on ne voulait pas voir


Bien sûr ça ne change rien

De dire nos responsabilités

Dans l’état d’un monde

Qui se disloque


C’est comme un séisme

Ou un volcan

Qui a trop attendu


Les peuples se soulèvent

Oui

Ils se soulèvent

Avec juste raison

Colère évidente

Aux sources bien connues


Vous qui causez si bien

Savez-vous le poids du joug

Sur les épaules brisées

La douleur des chaines

À la cheville des esclaves

Savez-vous


Comme si vous ne vouliez pas savoir


Et le drame éclate

Un jour ou l’autre

Il éclate


*


Vieillir sans avoir rien appris de la vie

Étrange génération qui a connu la seconde guerre mondiale

A grandi dans l’élan de ce que certains osent nommer « trente glorieuses »

Période dont l’issue est fatale pour leurs enfants, petits-enfants et arrière petits-enfants

Génération qui a obtenu la retraite à 60 ans

Qui ne comprend pas qu’à 67 on soit toujours au boulot 

Donc pas disponible pour satisfaire leurs caprices d’enfants gâtés par l’histoire


Au fond, même si la vie confrontée à des échecs cuisants n’est pas du pain béni

Au moins, ça permet à ceux qui sont bien obligés de s’en remettre sans rien attendre d’une société taillée par les héritiers des trente piteuses


Car nous l’avons appris 

Le monde hérité des horreurs de la guerre est un monde sans humanité

Un monde du chacun pour soi et de négation du commun

Un monde de la domination sans partage des plus arrogants

Un monde qui se fout éperdument de l’avenir de ses enfants


Et ceux qui sont nés avec la cuiller en argent dans la bouche

Les « héritiers » de ce monde inhumain (qu’ils voudraient qualifier de « post-humain »)

Viennent nous montrer du doigt parce que nos enfants n’en peuvent plus

Que nos enfants et petits-enfants en viennent à la révolte incontrôlable


Qu’ils attendent un peu, les papis et mamies qui n’ont vécu ni la guerre, ni les trente piteuses, ni la « révolution de 68 », pourraient bien finir par préparer les pavés pour les générations qui suivent



Xavier lainé

29 août 2023


jeudi 21 septembre 2023

Un été sur la Terre 28

 



XL-Un été sur la Terre


Après colère sèche

Voici que la Terre pleure

Que l’automne s’invite

Avec par endroit relents d’hiver


*


Vaine attente

Comme si nous étions étrangers

À nous-mêmes

Pas concernés

Par nos maux

Nos désirs d’y remédier


Y remédier

Trouver remède à

Ou exiger de l’autre

Qu’il cherche à ma place



Xavier Lainé

28 août 2023