lundi 11 septembre 2023

Un été sur la Terre 18

 



XL-Un été sur la Terre




Chaque jour un peu plus

Rien d’anormal sinon que ça dure et se renforce

Le plus anormal n’est pas où on le croit

Mais dans l’idée fortement répandue

Que nous serions impuissants

Nous peut-être

Si nous restons dans l’entre-soi

Pratiquant notre yoga quotidien

Supportant l’infamie gouvernementale

Avec un sourire « zen »


Chaque jour un peu plus

Rien d’anormal sinon que ça dure et se renforce

Que chacun se terre comme il peut

Dans ce qu’il croit être un havre

Mais se transforme parfois

En piège de chaleur étouffante

Sans avoir les moyens d’échapper 

À ce que tout le monde constate

Y compris ceux qui portent responsabilité

Au phénomène nommé « réchauffement »

Dans une incroyable imprécision

Dont l’objectif est très clair

Détourner l’attention

Ne rien remettre en cause

De cette structure économique et sociale

Qui porte un nom

« Capitalisme néo-libéral »


Chaque jour un peu plus

Rien d’anormal sinon que ça dure et se renforce

Un été sur la Terre qui étouffe

Non de notre présence commune

Mais sous le joug d’une minorité

Qui a fait sécession d’avec notre humanité

Précipitant dans leur gouffre invivable

Celles et ceux qui ne demandent rien d’autre

Que vivre ensemble leur quête d’un bonheur

Indépendant des apparences trompeuses

De la pensée unique

De la pensée inique

Qui voue un culte sans limites

En un progrès basé sur la soumission 

Volontaire ou non 

Mais savamment orchestrée


Chaque jour un peu plus

Rien d’anormal sinon que ça dure et se renforce

Sur le dos des invisibles

Des exclus fuyant la réalité sordide

D’inégalités soutenues

Dans un ruissellement vers le haut

Où les plus pauvres le sont toujours plus

Les riches toujours plus riches

Et la Terre assoiffée poussant à toutes les errances


Chaque jour un peu plus

Sonne l’heure de notre réveil nécessaire



Xavier Lainé

18 août 2023


dimanche 10 septembre 2023

Un été sur la Terre 17

 



XL-Un été sur la Terre




Un grand fracas, quelques gouttes.

Même pas de quoi redonner vie aux végétaux assoiffés.

Même pas.


Même pas l’ombre d’une fraîcheur nocturne.

Bien sûr rien de nouveau, puisque c’est l’été sur Terre.

Juste que, peut-être, nous voici plus sensibles.

Moins bien faits pour assumer ces supplices.


La ville s’enfonce dans la « vacance ».

Pour au moins quelques-uns qui peuvent encore.

Pour les autres, c’est mauvais repos sous canicule classique.


Ce qui cloche ?


Un étrange sentiment d’avoir perdu quelque chose du sens commun.

Il est loin le temps de retrouvailles familiales à l’ombre du tilleul ou du platane.

Il est loin ce temps béni qui berçait nos enfances.

Ce temps où mon grand-père décryptait des continents dans la forme des éclairs lacérant le ciel.

Ce temps du baquet et du puits.

Ce temps des longues conversations à la lueur des étoiles.


Le temps imposé détruit peu à peu tout espace social.

Lentement, insidieusement.

Ce qui était de fraternité se délite.

Nulle possibilité d’oublier l’ardeur solaire dans la joie de vivre l’instant.


Chacun se trouve seul avec la sueur de son front.

Chacun isolé à regarder le ciel rarement menaçant.

Mais lorsqu’il l’est, monte l’inquiétude de l’ampleur des tempêtes.

On en voit tellement, de ces moments cataclysmique, violent, bref, mais destructeurs.

Pas un jour sans que médias s’en emparent.

Pas un jour sans distiller la peur qui invite au replis.

Au chacun pour soi face à une adversité dont on sent bien la dose de virtualité.

En été sur Terre médiatisée, plus rien du sang versé n’échappe à notre sagacité.


Et si l’alarme principale était logée là ?

Dans ce replis de chacun se méfiant de tout et de tous ?

Cette perte sensible de notre humanité fondée sur du commun soucieux avant tout de l’autre à aider.

Il est vrai que les gués à sec posent moins de difficultés qu’aux temps où l’eau coulait à flot.

Elle se fait rare.

C’est notre punition, d’avoir maintenu au pouvoir les pires d’entre nous.



Xavier Lainé

17 août 2023


samedi 9 septembre 2023

Un été sur la Terre 16

 



XL-Un été sur la Terre



Un été sur cette Terre et dans le monde qui la mine, commence toujours dans un mouvement de colère.

Absurdes murs informatiques dressés entre humains qui ne se respectent plus.

Mépris des métiers pourtant jugés « indispensables ».

Parcours du combattant pour simplement être payé de son « travail ».

L’été est de plus en plus chaud sur cette Terre, mais ça se comprend : la colère chauffe, parfois momentanément déborde.

Mais rien ne bouge, rien ne change sinon toujours en pire.

Rupture nette de ce qui tisserait encore du lien, du commun.

Quand une société n’entretient plus ce qui relie encore les humains qui la composent, il ne faut pas s’étonner que les désertions se fassent en nombre !

Ce qui nous caractérise encore comme humains, sur cette Terre qui nous fait bien sentir sa colère, c’est notre capacité à créer du lien, du commun.

Rien à voir avec un mode d’organisation où chacun seul doit considérer l’autre comme un concurrent.

La concurrence de tous contre tous, de chacun contre tous n’est que le signe de notre suicide collectif.

Que le climat s’y mette et ce monde là se déclinera dans les livres de triste histoire.

Seuls pourront survivre ceux qui auront encore un peu le souci de ce qui nous relie, entre humains, avec le monde vivant qui nous accueille.

Ne pas comprendre cette équation, c’est nous précipiter dans un gouffre.


Poursuivez donc, individualistes de tous poils, poursuivez donc cette route sans issue !

Que vous soyez administratifs appliquant à la lettre des règles ineptes, « responsables politiques ou économiques » penchés sur la ligne de vos profits, vous ne serez pas sauvés par les lois que vous défendez !

Face à la révolte qui gronde, vos papiers et vos raisons d’Etat ne feront pas le poids.

La Terre ne regardera pas la nature de vos pouvoirs.

Elle vous laissera tomber dans le gouffre que vous aurez ouvert sous vos propres pieds.


*


Bien entendu, on me dira qu’il ne fallait pas.

Que ce n’était pas convenable de hausser le ton.

Pas convenable de dire ce qui est.

Pas convenable du tout.

Que je n’aurai donc pas de réponse.

Pas de réponse à ma requête.

Que pour être payé de ce qu’on fait, mieux vaut faire profil bas.

« Oui not’bon maître, oui not’Monsieur »

Jamais dire en face ce que tout le monde pense tout bas.

Ne jamais revendiquer de remettre l’administration sur ses pieds.

De revendiquer qu’elle soit au service du citoyen et non l’inverse.

« Oui not’bon maître, oui not’Monsieur »

Jamais 


*


Un numéro s’affiche que tu ne connais pas.

Tu hésites un instant, tu réponds quand même.

Voilà que quelqu’un, une voix te réponds.

Non, pas une des ces voix numériques au ton glacial, une voix.

Une voix de quelqu’un de vivant.

Une voix, une vraie, qui te propose de t’aider.

Qui ne fait pas que proposer, qui t’aide à trouver solution.

Solution dans les méandres d’une informatique sans humanité.

Que notre humanité soit suspendue à des lèvres numériques, voilà qui nous précipite un peu plus vers la gouffre ouvert.

Qu’une voix, une vraie te parle et modère ta colère, voilà qui rend un instant l’été sur cette Terre plus fréquentable.


*


 Et l’Eté brûlant ne modère point ses ardeurs

—° —

Dans le Midi de la France, la sécheresse cause même quelques inquiétudes pour les vignobles

—°—

(L’été en 1923 ; in Le cahier de vacances de Gallica)


Mais alors si déjà en 1923 ?

Quel progrès avons nous accompli tout ce temps ?


L’été sur Terre maltraitée, déjà en 1923.


Faire un retour arrière jusqu’au XVIIè siècle anglais…

Et peut-être découvrir les fautes commises par les avares et avaricieux ?

Découvrir ce que contenait déjà les grossiers appétits de nos esclavagistes forcenés, tirant les leçons de l’esclavage pour mieux berner leurs ouvriers en leur faisant croire que percevant salaire, ils étaient mieux considérés que les premiers.


Vertige de vivre assez longtemps pour constater la cécité orchestrée.

Les seuls convaincus de la lutte des classes, sont ceux qui en détiennent les rouages.

Les autres ne sont que négationnistes dont l’attention est détournée au profit des premiers.


Le problème est ici : les victimes des colères de la Terre ne seront pas du côté de ses responsables, mais du côté de leurs esclaves aveuglés.


*


Ici je butine…


Un petit tour chez Kenneth White : me sens géo-poète !


Un autre chez Edouard Glissant : me voici de ce Tout Monde.


Je crée un archipel de savoirs, une galaxie de questions, un foisonnement de réponses, toutes aussi insatisfaisantes.


Un jour je m’égare entre les pages  de Kropotkine, j’y bois, bien avant que David Graeber & David Wengrow ne s’en mêlent, la boisson évidente de l’entraide comme moyen du vivant de demeurer vivant.


Un autre je me glisse entre les pages de Morizot, en faisant un détour par la philosophie anarchiste, qui en soit n’est déjà plus telle, une fois proclamée cette identité.


Mes mots fermentent, dans la torpeur d’un été sur notre Terre trop longtemps sacrifiée.

Je vais et je m’égare, je suis les sentiers buissonniers, arpente des montagnes où l’esprit se coltine avec l’effort.

Je porte mon fardeau de voyage, ma résidence portative qui me permet de dormir n’importe où.

Je m’étonne d’être si vieux et si jeune pour aller, de mon pas tranquille, chargé comme un Sherpa, découvrir les lieux retirés, où me laisser gagner par le silence, mon complice en terre de poésie.



Xavier Lainé

16 août 2023


vendredi 8 septembre 2023

Un été sur la Terre 15

 



XL-Un été sur la Terre



Si loin du monde et de ses affolements.

Et la chaleur jusqu’en altitude, étouffante.

Et l’absence d’eau, jusque dans nos plus hautes montagnes méditerranéennes

Et la faune tapie quelque part à l’abri, en attendant des jours meilleurs.

Et cependant dans le lit du torrent des passionnés de moto avec leur fourgon.

Et le flot des voitures remontant la route sinueuse.

Et nos pas lourds à la redescente d’un  séjour là-haut.

Et le silence absolu des oiseaux à part deux gypaètes tournoyant haut dans le ciel avec petits cris aigus.


Un été sur la Terre, toute une nuit à lutter contre le soif sans boire trop d’eau tant elle est comptée.

Un été sur la Terre, loin des humains qui ne semblent pas mesurer l’ampleur de ce qui vient.

Un été sur la Terre où bientôt, partir marcher en montagne deviendra impossible dans de telles rigueurs climatiques.


Un été sur la Terre, quelque chose est brisé dans l’ordre du temps et des choses.

Ce qui vient de chaos, combien en subiront les foudres sans pouvoir s’en défendre, démunis de tout, laissés sur le bord d’un chemin dont seul les plus fortunés pourront suivre le cours.


Un été sur la Terre, chaque jour signe un pas en avant de plus vers le gouffre.

Sans être oiseau de mauvais augure, peut-être serait-il temps d’arrêter la course des nuisibles arrogants et cyniques détenant entre leurs mains le sort de l’humanité.



Xavier Lainé

15 août 2023