mercredi 5 avril 2023

Une ode au retrait 16

 




Sur l’océan du doute

Parfois

Un îlot de savoir

Rien où s’accrocher


Sur l’océan des incertitudes

Je me laisse porter

Emporter

Séduire

Par les sirènes de la vie


Beau dehors

Et ça vous plaît

Chaud 

Ça vous convient


Moi non

Je navigue dans l’inquiétude

De savoir ne pas trouver port

Où poser mes valises

Une fois les côtes rongées

Jusqu’à l’os du désespoir


Certes manifester

Certes crier nos révoltes


Il fallait réfléchir avant

Ne pas confier notre sort

À la « Nef des fous »


(16 mars 2023 — 1 — 8h40)


*


« Le monde vit dans la nuit noire

L’aveugle s’attarde au péché ;

Pleine de fous rues et venelles

Ne sachant faire que folies

Mais on en refuse le nom⁠1. »


Me voici comme Sébastien

Devant le vaisseau amiral

Qui tangue et chavire

Sous le poids des fous

Qui s’accrochent à son bastingage

Désespérés de n’être point 

Les riches sauveurs qu’ils voudraient être


Me voici comme Sébastien

Un demi millénaire plus tard

Reprenant avec délectation

Les propos tant ressassés

Qu’ils en deviennent litanie

Vaine et inaudible

Tant riches à la proue

S’en vont tonitruants

De leur raison supérieure

Tandis qu’aux flancs du navire

S’en vont noyés les gueux


Me voici comme Sébastien

Cherchant encore raison

Entre quelques pages ouvertes

Auxquelles j’ajoute les miennes

Qui disent toujours même refrain

Dans l’indifférence des fous


(16 mars 2023 — 2 — 10h07)


*


Nous voici au pied du mur

Nous révolter ou abdiquer

Devant le cynisme sans borne

Ne reste plus que l’insurrection

C’est ici que tout commence


C’est ici aussi que tout fini

Que tout finira toujours

Tant que nous n’aurons pas appris

À mettre un terme à l’esprit de domination

Celui qui dure depuis que certains

Se prirent pour dieux

Pour princes ou pour monarques

Au service d’autres qui tirent les ficelles

Et engrangent les bénéfices


Nous voici au pied du mur

Contribuer dès maintenant

À la chute des ultimes murs

Qui nous séparent de notre humanité


(16 mars 2023 — 3 — 20h50)


Xavier Lainé




1 Sébastien Brant, La nef des fous, éditions José Corti, 1997, 2004

mardi 4 avril 2023

Une ode au retrait 15

 




Le temps presse

Y aurait-il un temps lent

Quelque part ?


Le temps presse

Je vous dit

Que jamais il ne s’arrête


Le temps presse

Me laisse harassé

Sur le bord de son chemin


Qu’il traverse

Indifférent


(15 mars 2023 — 1 — 7h30)


*


Dans l’attente

Le coeur qui bat

La gorge sèche


Dans l’attente

Le temps s’étire

Jusqu’à l’infini


Dans l’attente

Le vide

Où cogne parfois

Ce que certains nomment

L’amour


(15 mars 2023 — 2 — 16h58)


*


C’est un flot

Un tumulte

Qui part du bout des doigts

Gagne l’esprit et le coeur

Suit la trajectoire d’un soupir

La lente diminution des tensions


C’est un flot

Un tumulte

Qui envahit le coeur

Qui suit les méandres de l’esprit

Se cache derrière le rideau

D’un geste 


C’est un flot

Un tumulte

Qui te laisse en terrain vague

Sur la plage d’un île inconnue


(15 mars 2023 — 3 — 20h58)


Xavier Lainé


lundi 3 avril 2023

Une ode au retrait 14

 




Tu te retournes sur le vide

L’instant d’avant vous étiez si nombreux

Que tout semblait possible

À portée de vos mains fébriles


Mais


Tu te retournes sur le vide

Tu parviens au sommet de ton être

Mais le vide autour de toi

Et puis le vent qui l’agite

Te laissent plus solitaire que jamais


(14 mars 2023 — 1 — 9h)


°


Il n’est que profonde lassitude

À qui doit faire une croix

Sur la moindre parcelle de repos


Ce serait quoi

Se reposer

Sinon enfin dormir apaisé

Se blottir ne serait-ce qu’un instant

Au creux d’épaule amoureuse


Il n’est que profonde lassitude

À qui ne cesse de se battre

Pour accueillir souffrance du monde

Avec l’humanité qu’elle mérite

Mais n’en reçoit que mauvais coups


(14 mars 2023 — 2 — 14h55)


*


De la révolte à l’abattement 

Il n’est qu’un pas si vite franchi


Tu regardes

Les amis militants

Qui s’oublient dans leur révolte

Qui vitupèrent à tout va

Les uns contre les autres

Puis s’embrassent

Comme ils s’embrasent

Sous les banderoles et oriflammes

Puis rentrent chez eux


De la révolte à l’abattement

Il n’est qu’un pas facile à franchir


Surtout lorsque le mur 

Ne cesse de s’opposer 

À toute forme d’humanité


(14 mars 2023 — 3 — 15h55)


*


Puis voilà

Juste le silence

Seul


(14 mars 2023 — 4 — 19h17)


Xavier Lainé


dimanche 2 avril 2023

Une ode au retrait 13

 




Les jours avancent et se ressemblent

Rien à voir circulez

Les lois passent qui vont aggravant les contraintes

Les monstres gouvernent

Votent les lois

N’écoutent rien d’autre que leur propre voix


Les jours avancent et se ressemblent

Si les ressources vont baissant

La misère galope

Qui se soucie encore des guerres

Qui se soucie des morts noyés

Qui dira les larmes rentrées

Et la rage qui couve

Sinon le poète

En ce qui n’est plus poésie

Mais lave


Les jours avancent et se ressemblent

Certains vont entre poètes

Célébrer un printemps d’indifférence

Car l’important ne tient qu’à eux-mêmes

Qui se disent poètes

Aux seuls yeux de leurs con(frères)soeurs


Les jours avancent et se ressemblent

Parfois l’esprit vacille

Se dit qu’il vaudrait mieux suspendre les doigts

Avant qu’ils étalent sur le clavier du jour

Le sentiment profond aggravé par l’âge

D’avoir perdu une vie

À trop vouloir la gagner

Tandis que dehors le temps se fige

Dans les mains tremblantes d’un hiver permanent


(13 mars 2023 — 1 — 8h40)


*


Il en faut peu pour rendre le monde invivable

Il en faut beaucoup pour empêcher les fâcheux de nuire


Il en faut peu de nocif parmi les humains

Il en faut beaucoup pour survivre à leurs insanités


Il en faut peu d’intelligence pour se soumettre

Il en faut beaucoup pour réagir sans se faire berner


(13 mars 2023 — 2 — 18h58)


Xavier Lainé


samedi 1 avril 2023

Une ode au retrait 12

 




Faire un état des lieux

De ce qui nous sépare

Nous disjoint

Nous monte et nous démonte


Faire un état des lieux des doigts

Qui montrent le faible

Sans remarquer que c’est en faiblesse

Que force puise sa capacité d’être


Faire un état des lieux

De ce qui divorce

De ce qui est montré du doigt

De ce qui est discriminé

Discriminant aussi


Faire un état des lieux

De la misère au grand jour

Sur des pavés de désespoir

Dans des océans d’indifférence


Faire un état des lieux

Des discours qui sonnent faux

Qui sont de miel 

Dégoulinant d’une vertu hypocrite


Faire état des lieux

Où notre humanité se perd

Dans les méandres filandreux

D’un Etat abusif et abusé


Faire état de ces lieux

Où ceux qui luttèrent

Se retournent dans la tombe 

Se fondent dans l’oubli


Faire état de ces lieux là

De ces mers profondes

Où se noient toutes nos espérances

Avec le dernier corps 

Avec le dernier féminicide

Avec le dernier enfant violé

Avec le dernier étranger

Catalogué étranger


Faire état des lieux

Où tout ce qui est considéré

Étrange est de fait déclaré étranger

Étranger 

ETRANGER


Faire état

De ce fait là


Je suis toujours l’étrange étranger

De quelqu’un qui pourra me mépriser 

De ce fait même

De cet état même


Je fais état de ce lieu

De ces lieux

Qui se font supplices

De l’idée même d’être humain


(12 mars 2023 — 1 — 7h11)


*


Parfois on nourrit d’étranges espérances

On ferme les yeux

Un océan de douceur vous envahit

Une tendresse sans fin


Puis


Lorsque les yeux s’ouvrent

Le vrai de l’aridité entre

Terre sèche de toute émotion

Indifférence arborée

Dans un regard épuisé


(12 mars 2023 — 2 — 16h01)


Xavier Lainé


vendredi 31 mars 2023

Une ode au retrait 11

 




La nuit ne lâche rien

Nous avançons dans le noir

En haut ou en face

On se claquemure en des palais

Ailleurs on claque des dents sur les pavés humides

Les larmes d’un avant-printemps ruissèlent

Ne calment rien des colères et des douleurs


La nuit ne lâche rien

Comment avons-nous pu

Faire le choix de l’obscur

Quand il était encore temps

D’ouvrir la porte à un peu de lumière

Comment avons-nous pu


La nuit ne lâche rien

Où étaient les révoltés de la nuit

Lorsque l’heure était venue

De marcher sur d’autres chemins

Où étaient les cris d’aujourd’hui

D’hier et d’avant-hier

Depuis si longtemps que le germe de l’ivraie 

Fut semé en la gouvernance absurde


J’avais rêvé d’un autre monde

D’un monde ouvert à toute expérience

Qui sache nous aider à grandir

Non à nous rétrécir dans ce noir

Si noir qu’on se demande parfois

Où se trouve la lumière


(11 mars 2023 — 1 — 5h33)


Xavier Lainé


jeudi 30 mars 2023

Une ode au retrait 10

 




Je serai tapi dans ce silence pesant

Celui qui précède les orages

Celui qui est bruissant de vie souterraine


J’attendrai là dans le murmure des sources

Y boirai jusqu’à plus soif

Le tendre écoulement de l’amour


Puis m’en retournerai

Déambuler parmi les mains tremblantes

Blotties sous les porches du désespoir


Dru désespoir écriront mes doigts gourds

D’avoir trop posé ma tête sur l’oreiller des mots

D’où jaillissaient en lave ardente

La force de vos maux


Je serai tapi dans ce silence pesant

Patient j’écouterai les soupirs de survie

Les cris de révolte qui déambulent

En longs cortèges de colère


Ils ne savent rien de la puissance du silence

Les retords qui salissent nos vies

Ils n’écoutent qu’eux mêmes

Oubliant qu’être humain n’est d’aucune raison

Ni d’aucune source définitive


Être humain n’est qu’un devoir de mise à l’oeuvre

C’est ici qu’il nous faut nous mettre à l’ouvrage


(10 mars 2023 — 1 — 5h59)


Xavier Lainé