dimanche 2 avril 2023

Une ode au retrait 13

 




Les jours avancent et se ressemblent

Rien à voir circulez

Les lois passent qui vont aggravant les contraintes

Les monstres gouvernent

Votent les lois

N’écoutent rien d’autre que leur propre voix


Les jours avancent et se ressemblent

Si les ressources vont baissant

La misère galope

Qui se soucie encore des guerres

Qui se soucie des morts noyés

Qui dira les larmes rentrées

Et la rage qui couve

Sinon le poète

En ce qui n’est plus poésie

Mais lave


Les jours avancent et se ressemblent

Certains vont entre poètes

Célébrer un printemps d’indifférence

Car l’important ne tient qu’à eux-mêmes

Qui se disent poètes

Aux seuls yeux de leurs con(frères)soeurs


Les jours avancent et se ressemblent

Parfois l’esprit vacille

Se dit qu’il vaudrait mieux suspendre les doigts

Avant qu’ils étalent sur le clavier du jour

Le sentiment profond aggravé par l’âge

D’avoir perdu une vie

À trop vouloir la gagner

Tandis que dehors le temps se fige

Dans les mains tremblantes d’un hiver permanent


(13 mars 2023 — 1 — 8h40)


*


Il en faut peu pour rendre le monde invivable

Il en faut beaucoup pour empêcher les fâcheux de nuire


Il en faut peu de nocif parmi les humains

Il en faut beaucoup pour survivre à leurs insanités


Il en faut peu d’intelligence pour se soumettre

Il en faut beaucoup pour réagir sans se faire berner


(13 mars 2023 — 2 — 18h58)


Xavier Lainé


samedi 1 avril 2023

Une ode au retrait 12

 




Faire un état des lieux

De ce qui nous sépare

Nous disjoint

Nous monte et nous démonte


Faire un état des lieux des doigts

Qui montrent le faible

Sans remarquer que c’est en faiblesse

Que force puise sa capacité d’être


Faire un état des lieux

De ce qui divorce

De ce qui est montré du doigt

De ce qui est discriminé

Discriminant aussi


Faire un état des lieux

De la misère au grand jour

Sur des pavés de désespoir

Dans des océans d’indifférence


Faire un état des lieux

Des discours qui sonnent faux

Qui sont de miel 

Dégoulinant d’une vertu hypocrite


Faire état des lieux

Où notre humanité se perd

Dans les méandres filandreux

D’un Etat abusif et abusé


Faire état de ces lieux

Où ceux qui luttèrent

Se retournent dans la tombe 

Se fondent dans l’oubli


Faire état de ces lieux là

De ces mers profondes

Où se noient toutes nos espérances

Avec le dernier corps 

Avec le dernier féminicide

Avec le dernier enfant violé

Avec le dernier étranger

Catalogué étranger


Faire état des lieux

Où tout ce qui est considéré

Étrange est de fait déclaré étranger

Étranger 

ETRANGER


Faire état

De ce fait là


Je suis toujours l’étrange étranger

De quelqu’un qui pourra me mépriser 

De ce fait même

De cet état même


Je fais état de ce lieu

De ces lieux

Qui se font supplices

De l’idée même d’être humain


(12 mars 2023 — 1 — 7h11)


*


Parfois on nourrit d’étranges espérances

On ferme les yeux

Un océan de douceur vous envahit

Une tendresse sans fin


Puis


Lorsque les yeux s’ouvrent

Le vrai de l’aridité entre

Terre sèche de toute émotion

Indifférence arborée

Dans un regard épuisé


(12 mars 2023 — 2 — 16h01)


Xavier Lainé


vendredi 31 mars 2023

Une ode au retrait 11

 




La nuit ne lâche rien

Nous avançons dans le noir

En haut ou en face

On se claquemure en des palais

Ailleurs on claque des dents sur les pavés humides

Les larmes d’un avant-printemps ruissèlent

Ne calment rien des colères et des douleurs


La nuit ne lâche rien

Comment avons-nous pu

Faire le choix de l’obscur

Quand il était encore temps

D’ouvrir la porte à un peu de lumière

Comment avons-nous pu


La nuit ne lâche rien

Où étaient les révoltés de la nuit

Lorsque l’heure était venue

De marcher sur d’autres chemins

Où étaient les cris d’aujourd’hui

D’hier et d’avant-hier

Depuis si longtemps que le germe de l’ivraie 

Fut semé en la gouvernance absurde


J’avais rêvé d’un autre monde

D’un monde ouvert à toute expérience

Qui sache nous aider à grandir

Non à nous rétrécir dans ce noir

Si noir qu’on se demande parfois

Où se trouve la lumière


(11 mars 2023 — 1 — 5h33)


Xavier Lainé


jeudi 30 mars 2023

Une ode au retrait 10

 




Je serai tapi dans ce silence pesant

Celui qui précède les orages

Celui qui est bruissant de vie souterraine


J’attendrai là dans le murmure des sources

Y boirai jusqu’à plus soif

Le tendre écoulement de l’amour


Puis m’en retournerai

Déambuler parmi les mains tremblantes

Blotties sous les porches du désespoir


Dru désespoir écriront mes doigts gourds

D’avoir trop posé ma tête sur l’oreiller des mots

D’où jaillissaient en lave ardente

La force de vos maux


Je serai tapi dans ce silence pesant

Patient j’écouterai les soupirs de survie

Les cris de révolte qui déambulent

En longs cortèges de colère


Ils ne savent rien de la puissance du silence

Les retords qui salissent nos vies

Ils n’écoutent qu’eux mêmes

Oubliant qu’être humain n’est d’aucune raison

Ni d’aucune source définitive


Être humain n’est qu’un devoir de mise à l’oeuvre

C’est ici qu’il nous faut nous mettre à l’ouvrage


(10 mars 2023 — 1 — 5h59)


Xavier Lainé


mercredi 29 mars 2023

Une ode au retrait 9

 




C’est cauchemar de vivre en monde sans humanité

En monde incapable de faire fonctionner ses monstres technologiques

Monde convaincu de sa droite raison

Même quand on lui prouve le contraire


C’est cauchemar que de dire

De hurler la douleur d’exister en ce monde là

Et de ne rencontrer que regards éberlués

Comme si tout devrait être « normal »


(9 mars 2023 —  1 — 7h36)


*


Il y a l’attente incertaine

Le coeur battant qui ne sait

De quoi sera fait la rencontre


Il y a toujours l’attente

Qui dure parfois une vie

Sans savoir comment la remplir

De tendresse et d’amour

Toujours le coeur qui bat

L’esprit qui se tient en éveil

Guettant la vie au détour des rêves


Il y a

Si souvent la nécessité du silence

Où déposer les espérances

Pour ne pas qu’elles se fanent


(9 mars 2023 — 2 — 13h43)


Xavier Lainé


mardi 28 mars 2023

Une ode au retrait 8

 






Je n’ai jamais su être un homme

Viril en diable et méprisant pour l’autre genre

J’ai toujours conjugué ma masculinité 

Au temps présent d’une bonne dose de féminité

Pour ne pas basculer 

Comme tant rencontrés en une existence

Dans cette folle domination qui fait de l’homme

Le bourreau des femmes


Je n’ai jamais su imposer ce que mes congénères

Nomment amour qui se confond au désir

Ou plutôt leur désir qu’ils prennent pour de l’amour

Leur désir qui plombe toute notion d’amour

Pour en faire l’outil d’une oppression généralisée


J’ai toujours compris qu’il me fallait apprendre

Apprendre de mes compagnes en amour

Même sans parfois très bien savoir ce que ce mot 

Tant répété peut signifier

J’ai appris

J’ai appris à être homme

Le jour où mes yeux se sont ouverts

Sur ce que les hommes font

Lorsqu’ils se conforment 

À l’idée d’un système où ils sont les guerriers

Tandis que femmes et enfants pleurent

Sous les mauvais coups qui pleuvent


J’ai toujours gardé au fond du coeur

Un amour irrépressible pour la beauté et la douceur


(8 mars 2023 — 1 — 7h56)


 *


Je dirai


Je dirai l’égalité qui commence

Lorsque je me débarrasse des oripeaux

Qui souillent notre humanité commune

En prenant visage d’horreur et de guerre


Je dirai


Qu’un homme qui en tue un autre

N’en est plus un

Qu’un homme qui tue une femme

N’en est plus deux


Je dirai


Je dirai et répèterai

La honte et les supplices

Celle des blessures

Qui nous salissent

En flots de misère


(8 mars 2023 —2 — 14h07)


Xavier Lainé



lundi 27 mars 2023

Une ode au retrait 7

 




Le mur se rapproche

Nous y allons si vite

À la vitesse du son ou de la lumière

Mais ça va faire mal

Nous ne vivons plus

Nous dérivons sur les immondices

Nous tentons de rester debout sur la vague

Mais la vague divague

Puis s’éteint


Il en est qui s’en moquent

Rien ne les empêche de sourire

Béatement ils sourient

Ils font semblant

Mais sont bien piètres comédiens


Le mur se rapproche

Nous y allons si vite

À la vitesse et au rythme

Imposés par d’autres

Qui comptent leurs bénéfices

À l’abri des regards


Nous ne vivons plus

Leur monde est devenu

Irrationnel et invivable

À toute âme encore un peu humaine


Nous ne vivons plus

Sommes déjà en survie


(7 mars 2023 — 1 — 9h50)


Xavier Lainé