lundi 13 février 2023

Α-σώματος/In-corporel ? 24

 



XL-In-corporel-Fusain/2001



« C’est le bien général et non l’intérêt particulier qui fait la puissance d’un Etat ; et sans contredit on n’a vraiment en vue le bien public que dans les républiques ; quoi que ce soit qui contribue à ce bien commun, on l’y réalise ; et si parfois on lèse ainsi quelques particuliers, tant de citoyens y trouvent de l’avantage qu’ils peuvent toujours passer outre à l’opposition du petit nombre des citoyens lésés⁠1. »


Ainsi donc au temps de Nicolas déjà


Comment donc parler de ce que vivent les gens du commun en temps de disettes pour les uns, de pléthore pour quelques-uns.

Comment dire la maltraitance généralisée, les douleurs subies.


Et le silence imposé à qui voudrait mettre en lien, une « gouvernance » par la mépris, et la déroute sanitaire d’un pays.


Comment dire, trouver des mots qui sachent se faire entendre ?


Combien qui viennent et déposent leur histoire non loin de la tragédie ?


Combien de dos courbés et de cous cassés par les heures passées dans l’inconfort d’un bureau et la soumission au mépris des « cadres » d’une grande entreprise.

Combien dans les rayons des grandes surfaces, les épaules fourbues ?

Combien brisés dans leur amour du métier et la ruine programmée ?

Combien affolés devant le spectre d’une jeunesse à l’abandon et qui parle de suicide ?


Combien ?


Je parle de ceux qui déposent leur vie entre mes mains.

Je parle de ceux qui tentent de s’en remettre.

Qui parfois rechutent, sous le joug régulier d’institutions devenues absurdes et obsolètes.

Je vous parle de ceux qui n’iront pas à la retraite car… TROP TARD !


(24 janvier 2023 — 1 — 19h26)


Xavier Lainé



1 Nicolas Machiavel, Discours sur la première décade de Tite-Live

dimanche 12 février 2023

Α-σώματος/In-corporel ? 23

 



XL-In-corporel-Fusain/2001


Sur des toiles de Jean-Marie Zazzi


Déployant mes ailes j’ai frôlé la canopée, me suis posé dans les mousses tendres.

L’écorce d’un arbre me fit bon accueil.

J’y restais blotti, l’oreille attentive au chant du vent dans les herbes.

Le monde et ses travers demeuraient loin de ce gîte provisoire.

Des humains passaient qui ne voyaient rien.

Leur pas lourd écrasait les bois qu’ils croyaient morts.

Ils fourmillaient d’une vie invisible dont je percevais les infimes chuchotements.


Ce fut un doux moments, ailes déployées dans l’azur froid.

Un de ces temps hors, hors affolement et contrainte.

Un temps volé à la vie qui s’enfuit.


(23 Janvier 2023 — 1 — 6h40)


Xavier Lainé





vendredi 10 février 2023

Α-σώματος/In-corporel ? 22

 



XL-In-corporel-Fusain/2001




J’ai posé sur l’aube délicate des mots à soulever mon corps.

Un gros soupir d’aise dans le silence.

Silence juste interrompu d’un chant de violoncelle.

Sa voix grave accompagne mes rêves.


Il n’y a pas d’élévation de la pensée sans que corps ne s’allège.

Je plonge un moment entre les pages des livres.

C’est de toutes les pores de ma peau que je m’imprègne.

De musique et de mots qui m’emportent.


Pas d’autre existence à entretenir que ce fragile équilibre.


(22 janvier 2023 — 1 — 7h54)


 *


Il me faut vous dire, chère Alexandra, ce qu’il reste de votre mémoire.

Ces photographies épinglées au mur et votre vie romanesque égrenée comme perle d’un chapelet tibétain.

J’entendais la voix de votre fidèle secrétaire, dans la froide présentation de votre vie d’aventure.

Je n’ai pas revu votre fauteuil d’écriture, gardant l’empreinte de votre corps usé par un siècle bien rempli.

Il n’était pas visible, désormais que votre domicile a perdu de sa sérénité pour être voué aux touristes de passage.

Il m’est arrivé de rêver partir sur vos traces.

Découvrir des mondes en brisant le tabou des frontières.

Vous étiez l’auteur(e) (autrice ?) de mes rêves fous de découvertes inattendues.

Puis je redescendais de ces cimes impossibles.

C’était toujours un choc physique que de redescendre.

Comme si tout à coup l’oxygène me manquait.

Il me manque si souvent en ce monde irrespirable !


(22 janvier 2023 — 2 — 21h10)


Xavier Lainé


jeudi 9 février 2023

Α-σώματος/In-corporel ? 21

 



XL-In-corporel-Fusain/2001


Tu dis : « Je n’ai jamais vu un corps rentrer chez moi ».

« Je n’ai vu que des gens, incarné mais pas in-corporels ».


Chaque corps dit son histoire.

Que parfois ces histoires soient blessantes, c’est un fait.

Qui donc ici peut se dire maître de son histoire ?


Il se passe quelque chose qui se déroule dans un fil temporel.

Il se passe quelque chose d’autant plus que je serais in-corporel.

C’est ce qu’on nous apprend, non ?


Dès lors le corps considéré comme objet peut subir toutes les maltraitances.

On y pense quand il fait mal.

Le reste du temps, on fait comme on peut avec ce truc par lequel passe notre sensibilité au monde.


Il y a des corps in-temporels dans la beauté d’un marbre fin.

Ce sont des objets qui nous tendent le miroir de ce que nous serions si…

Si nous n’allions pas de l’avant en traînant le miracle d’être vivant comme un boulet.


Je reviendrai un jour avec Juvénal dans mes tiroirs.

On psalmodie ses mots comme mantras.

Mais on y revient si peu qu’on ne sait leur contexte.


Pas bien sur de la justesse des mots.

Difficile de dire ce qui relève du volume et du mouvement avec des phrases qui ne sont qu’alignement.

Pensées linéaires qui doivent apprendre les circonvolutions du vivant.


Je me pose enfin sur des rives crépusculaires.

Mon corps éprouve la fatigue d’une journée sans dépôt, sans repos.


(21 janvier 2023 — 1 — 20h47)


Xavier Lainé


mercredi 8 février 2023

Α-σώματος/In-corporel ? 20

 



XL-In-corporel-Fusain/2001


Panne de réveil, réveil en panne.

Froid dehors et dedans tandis que se réchauffe l’atmosphère.

Lancer l’idée in-corporelle d’une vie qui nous laisse vivre.

Trouver un bref instant la chaleur d’être devant un thé à la menthe amoureusement préparé.


Un peu partout, certes, la foule bigarrée qui crie sa colère.

Un peu plus haut, dans l’ivresse du pouvoir on fait semblant de ne rien entendre.

Il est temps d’arrêter de presser le citron.


(20 janvier 2023 — 1 — 8h37)


Xavier Lainé


mardi 7 février 2023

Α-σώματος/In-corporel ? 19

 



XL-In-corporel-Fusain/2001


À vivre trop vite tu ne vois pas le temps passer.

Juste un peu de fatigue parfois qui s’invite et te laisse dubitatif sur le bord de ton chemin.

C’est jour de grève.

Avec juste raison ceux qui tiennent le monde debout et qui sont traités comme chiens se révoltent.

Je serais avec eux si.

Si décision n’avait été prise par étranges « révolutionnaires » de répondre aux attentes sordides d’un gouvernement tortionnaire.

Répondre aux attentes de déclarer l’itinéraire et de n’en déposer qu’un.

Plus pratique pour un pouvoir installé dans la violence institutionnelle de prévoir ses flics tout au long du chemin et les provocations qui iront avec, inévitablement.


Imaginez juste un instant que de partout monte la clameur et que citoyens sans attendre l’autorisation descendent dans la rue pacifiquement.

Imaginez le silence des rideaux baissés, des entreprises fermées et le bruit de ce silence.

Imaginez devant la foule partout présente l’incapacité d’un pouvoir à user de sa force.


Nous en resterons à l’imagination.

Et je m’en vais ouvrir ma porte comme de coutume, faute d’avoir avec qui descendre et arpenter les rues.


(19 janvier 2023 — 1 — 7h53)


*


La question est dans le fil.

Celui qui donne sens qui permet de rebrousser chemin, de ne pas se perdre.

C ‘est fou l’acharnement à le rompre, à le couper sous tes pieds, provoquant ta chute dans les abîmes d’un temps glauque.

Tu n’es pas allé.

Ton fil ne te conduisait pas où tous se rassemblaient.

Non que tu ne crois à l’importance du manifeste.

Mais…

Ton rêve redonne sens au mot grève générale.

Ce moment où tout s’arrête, où la victoire est contenue dans le silence.


(19 janvier 2023 — 2 — 14h44)


Xavier Lainé


lundi 6 février 2023

Α-σώματος/In-corporel ? 18

 



XL-In-corporel-Fusain/2001


Peut-être en serai-je réduit à bougonner dans mon coin.

Tandis que vous irez entre amis manifester votre colère qui est aussi la mienne.

Tandis que vous serez à vous tenir chaud en des lieux capitaux à vos yeux, délaissant le reste de la terre aux rapaces et aux truands.


Puis reviendrez vous plaignant du peu de réactivité des « gens ».

Mais quand donc aurez-vous pris le temps d’aller à leur rencontre ?


Ils sont comme moi, les « gens », ils rêvent d’avoir du temps et de gagner assez pour se donner ce temps précieux.

Ils savent que vie passe vite à courir pour maigre pitance.

Ils savent, mais les journées passent si vite qu’ils en ont le tournis.

Qu’arrivé au soir d’un jour comme à celui d’une vie, il ne reste plus qu’à s’allonger pour dormir… ou mourir !


Ils savent que rien n’a fondamentalement changé sinon en pire depuis si longtemps.

Ils savent que les discours le plus beau ne ralentissent pas le rouleau compresseur des profits.

Ils vivent avec ce poids sur le dos.

Ça pèse tant que plus moyen de bouger sans réveiller la douleur.

Celle qui s’insinue, lancinante au mitan de l’existence.

Puis qui va son train de maux jusqu’à la vieillesse.

Ils se réveillent un matin avec le goût amer de n’avoir pas vraiment vécu.

De n’en avoir jamais eu le temps.

Que loisirs, vacances et retraites n’ont fait que s’éloigner en leur tournant le dos.


Mais demain vous irez entre amis manifester votre colère et vous aurez raison.

Vous laisserez vide les places en tant de villes, de quartiers et de villages que l’oeil fatigué, rivé sur des écrans qui ne diront rien de votre colère, les « gens » seront convaincus que rien ne pourra arriver qui changerait quelque chose à une vie d’ennui dans leur petite ville de province repliée sur son malheur.

Ils iront faire les courses qu’ils peuvent encore faire (tout est si cher désormais !), puis rentreront chez eux.

Comme moi ils bougonneront devant l’échec d’une vie.

Une vie traversée à grande vitesse.

Une vie qui s’éteint juste avant d’avoir obtenu le terme du contrat.


Les « gens », les épuisés d’une vie morose ne vous auront pas rejoint sur votre lieu de rassemblement.

Ils n’y auront pas pensé puisque rien ne les aura invité à s’imaginer brandissant pancartes clamant leur douleur.

Ils ne pensent plus que difficilement, les éclopés de la vie qui crèvent avant les quarante trois annuités.

Ils se contentent de mourir en silence, en maugréant un peu.

Mais qui pourrait entendre leur bougonnerie ?


Vous serez heureux entre amis.


(18 janvier 2023 — 1 — 5h50)


Xavier Lainé