mardi 7 février 2023

Α-σώματος/In-corporel ? 19

 



XL-In-corporel-Fusain/2001


À vivre trop vite tu ne vois pas le temps passer.

Juste un peu de fatigue parfois qui s’invite et te laisse dubitatif sur le bord de ton chemin.

C’est jour de grève.

Avec juste raison ceux qui tiennent le monde debout et qui sont traités comme chiens se révoltent.

Je serais avec eux si.

Si décision n’avait été prise par étranges « révolutionnaires » de répondre aux attentes sordides d’un gouvernement tortionnaire.

Répondre aux attentes de déclarer l’itinéraire et de n’en déposer qu’un.

Plus pratique pour un pouvoir installé dans la violence institutionnelle de prévoir ses flics tout au long du chemin et les provocations qui iront avec, inévitablement.


Imaginez juste un instant que de partout monte la clameur et que citoyens sans attendre l’autorisation descendent dans la rue pacifiquement.

Imaginez le silence des rideaux baissés, des entreprises fermées et le bruit de ce silence.

Imaginez devant la foule partout présente l’incapacité d’un pouvoir à user de sa force.


Nous en resterons à l’imagination.

Et je m’en vais ouvrir ma porte comme de coutume, faute d’avoir avec qui descendre et arpenter les rues.


(19 janvier 2023 — 1 — 7h53)


*


La question est dans le fil.

Celui qui donne sens qui permet de rebrousser chemin, de ne pas se perdre.

C ‘est fou l’acharnement à le rompre, à le couper sous tes pieds, provoquant ta chute dans les abîmes d’un temps glauque.

Tu n’es pas allé.

Ton fil ne te conduisait pas où tous se rassemblaient.

Non que tu ne crois à l’importance du manifeste.

Mais…

Ton rêve redonne sens au mot grève générale.

Ce moment où tout s’arrête, où la victoire est contenue dans le silence.


(19 janvier 2023 — 2 — 14h44)


Xavier Lainé


lundi 6 février 2023

Α-σώματος/In-corporel ? 18

 



XL-In-corporel-Fusain/2001


Peut-être en serai-je réduit à bougonner dans mon coin.

Tandis que vous irez entre amis manifester votre colère qui est aussi la mienne.

Tandis que vous serez à vous tenir chaud en des lieux capitaux à vos yeux, délaissant le reste de la terre aux rapaces et aux truands.


Puis reviendrez vous plaignant du peu de réactivité des « gens ».

Mais quand donc aurez-vous pris le temps d’aller à leur rencontre ?


Ils sont comme moi, les « gens », ils rêvent d’avoir du temps et de gagner assez pour se donner ce temps précieux.

Ils savent que vie passe vite à courir pour maigre pitance.

Ils savent, mais les journées passent si vite qu’ils en ont le tournis.

Qu’arrivé au soir d’un jour comme à celui d’une vie, il ne reste plus qu’à s’allonger pour dormir… ou mourir !


Ils savent que rien n’a fondamentalement changé sinon en pire depuis si longtemps.

Ils savent que les discours le plus beau ne ralentissent pas le rouleau compresseur des profits.

Ils vivent avec ce poids sur le dos.

Ça pèse tant que plus moyen de bouger sans réveiller la douleur.

Celle qui s’insinue, lancinante au mitan de l’existence.

Puis qui va son train de maux jusqu’à la vieillesse.

Ils se réveillent un matin avec le goût amer de n’avoir pas vraiment vécu.

De n’en avoir jamais eu le temps.

Que loisirs, vacances et retraites n’ont fait que s’éloigner en leur tournant le dos.


Mais demain vous irez entre amis manifester votre colère et vous aurez raison.

Vous laisserez vide les places en tant de villes, de quartiers et de villages que l’oeil fatigué, rivé sur des écrans qui ne diront rien de votre colère, les « gens » seront convaincus que rien ne pourra arriver qui changerait quelque chose à une vie d’ennui dans leur petite ville de province repliée sur son malheur.

Ils iront faire les courses qu’ils peuvent encore faire (tout est si cher désormais !), puis rentreront chez eux.

Comme moi ils bougonneront devant l’échec d’une vie.

Une vie traversée à grande vitesse.

Une vie qui s’éteint juste avant d’avoir obtenu le terme du contrat.


Les « gens », les épuisés d’une vie morose ne vous auront pas rejoint sur votre lieu de rassemblement.

Ils n’y auront pas pensé puisque rien ne les aura invité à s’imaginer brandissant pancartes clamant leur douleur.

Ils ne pensent plus que difficilement, les éclopés de la vie qui crèvent avant les quarante trois annuités.

Ils se contentent de mourir en silence, en maugréant un peu.

Mais qui pourrait entendre leur bougonnerie ?


Vous serez heureux entre amis.


(18 janvier 2023 — 1 — 5h50)


Xavier Lainé


dimanche 5 février 2023

Α-σώματος/In-corporel ? 17

 



XL-In-corporel-Fusain/2001


« Mens sana in corpore sano »

On répète.

On dit.

Juvénal dans les coulisses. 

Les satires restent dans l’ombre.


(17 janvier 2023 — 1 — 11h28)


*


C’est stupéfaction que corps soit toujours si distingué.

Si séparé de ce qu’âme vit.


L’être toujours scindé, partagé.

Toujours cette ligne de démarcation.

Frontière dressée entre ce que je suis, ce que je vis, et la nature de mes symptômes.


Vivez, vivez donc et plongez dans l’ivresse de ce que vous sentez.

Notez ce que guerres tissent.

Ce que violences institutionnelles génèrent.

Ce qui vient à l’origine des maux.

Ce que mains suivent est cette trajectoire.

Ce chemin qui de soi à soi suit les chemins sinueux de la vie.


Vie n’est droite pour personne.

Sauf peut-être pour celui qui, assez fortuné peut s’isoler du monde commun.

Fortuné et sans empathie, celui-là peut prétendre à sa rectitude.

Or, de la rectitude à la rigidité il n’est qu’un pas.

Un pas qui n’est pas planche de salut.

Sauf à qui se rend aveugle et sourd au mouvement de la vie.

Celui-là serait peut-être déjà d’un autre monde.


(17 janvier 2023 — 2 — 21h27)


Xavier Lainé


samedi 4 février 2023

Α-σώματος/In-corporel ? 16

 



XL-In-corporel-Fusain/2001



Mettre en mot l’impossible.

Mesurez la difficulté.


J’écris en franchissant la barrière du temps.

Qu’importe la migration des jours ?


J’ai un instant suspendu la page.

Suspendu les mots et parlé, parlé à en étourdir l’auditoire.

Tenté d’expliquer l’inexplicable.

Ce qui nous fait vivant.


VIVANTS


Nous le sommes si peu

À devoir chaque jour nous étonner d’en être encore.


Dans le corps à corps avec la vie, parfois l’âme chancelle.


Me voici devant l’épreuve de dire.

Si souvent le silence guide mes mains !

Que les mots s’en trouvent imprécis.


VIVANTS


Qui saurait en dire quelque chose ?

Quels mots sauraient en démontrer la complexité ?


Pourtant VIVANTS, chaque jour.

VIVANTS, toujours.

Posant mes mains sur d’autres VIVANTS.


Puis s’en aller étonné de ce qui vibre sous un soupir d’aise.

VIVANTS et étonnés, étonnés de l’être.


(16 janvier 2023)


Xavier Lainé


vendredi 3 février 2023

Α-σώματος/In-corporel ? 15

 



XL-In-corporel-Fusain/2001



C’est une vie qui ne tolère aucun répit.

Ici ou là, il y a tant d’attention à porter au monde.

Bien sur, les gens, mais le monde qui les entoure !

Puis mes mains qui cherchent à rassurer sans toujours y arriver.


Puis vient le moment.

Réfléchir à ce rapport au corps, à ce toucher.

Mon corps comme le vôtre conditionné.

Conditionné comme n’importe quel produit, puisque tout s’achète et se vend.

Mais nos corps.

Nos corps maltraités, tirés comme des boulets si souvent.

Nos corps qui ont tant de mal à se remettre des contraintes imposées.


Quelle liberté d’habiter ce véhicule ?

Quelle liberté d’en faire usage ou mésusage ?

Quelle place du corps dans cette culture qui glorifie l’esprit et regarde le corps comme une enveloppe, une apparence ?


Mes mains tremblent parfois de lire dans cette intimité toute la souffrance d’exister.

Quelles que soient les modes, exister c’est être incarné.

C’est avancer ou reculer, tenir ou s’effondrer.

Mais toujours apprendre à vivre debout, dans une société qui nous dénature.


Mon corps comme le vôtre tente de se remettre de ce qui lui a été imposé.

Ces contraintes sans humanité imposées au nom de normes.

Quelle justification aux normes sinon le commerce qui en est fait ?

Qui s’est seulement posé la question de mon libre arbitre et de ma liberté d’usage de moi-même ?

Ce monde s’érige en système colonial jusque dans notre intimité corporelle.


(15 janvier 2023 — 1 — 19h45)


Xavier Lainé


jeudi 2 février 2023

Α-σώματος/In-corporel ? 14

 



XL-In-corporel-Fusain/2001


C’est un jour bousculé.

Y en aurait-il un, seulement un, un jour, qui soit d’accalmie.


C’est toujours dans l’urgence que démarre une journée.

L’âge s’en vient, même pas le temps de m’en rendre compte.


Suis d’ailleurs fâché avec.

Avec les comptes, pas avec l’âge.


C’est tellement compliqué de mettre un terme.

De poser un mot sur ce que vie traverse à gros bouillons !


(14 janvier 2023 — 1 — 9h37)


*


Tu dois jongler

Avec la lassitude

Avec le sentiment soudain d’épuisement


Tu dois


Parfois tu ne sais comment

Tu attends ce signe

Cette attention


En attendant tu surfes sur la vague 

De tes attentes bien souvent vaines

Des tendresses évanouies

D’un amour de routine


Tu jongles

Les balles t’échappent

Roulent sur le sol

Se perdent entre les buissons


Ce que tu as appris de la vie n’a guère d’importance

Ce que tu fais de tes mots n’en a pas plus

Tu les poses là, entre deux paquets de vies défaites


(14 janvier 2023 — 2 — 16h28)


Xavier Lainé


mercredi 1 février 2023

Α-σώματος/In-corporel ? 13

 



XL-In-corporel-Fusain/2001


Me voilà réveillé un jour de plus.

Une aube fauve s’immisce entre les nuées grises.

Les branches nues attendent le jour.

L’hiver ne sait s’il doit venir.

Mais le temps passe et nous savons.

Nous sentons bien qu’en l’absence d’intempéries, nos vies s’en vont en souffrance.


Me voilà réveillé un jour de plus.

Je lis, je tarde, je retarde le moment d’aller vers vous, vers où, je ne sais.

Je sais seulement devoir le faire.

Je sais les attentes, qui me font trembler devant ma responsabilité.


« Dès que le regard du patient se pose sur lui, le soignant ne peut plus dégager sa responsabilité. Il est engagé malgré lui par le visage qui surgit en face de lui⁠1. »


(13 janvier 2023 — 1 — 7h52)


*


Le café du matin a parfois un peu d’amertume.

Quelques larmes froides sur les joues du jour.

Quelques pas vers l’école et un baiser d’enfant partagé avec tendresse.


Plus bas un autre ne sait exprimer que sa violence.

Les enfants sont d’un temps qui les persécute.

D’un temps qui les percute dans leur soif de bonheur.


Il ne faut pas s’étonner de leur révolte latente.


(13 janvier 2023 — 2 — 8h47)


Xavier Lainé




1 Roland Gori, L’empire des coachs, éditions Albin Michel, 2006