dimanche 5 février 2023

Α-σώματος/In-corporel ? 17

 



XL-In-corporel-Fusain/2001


« Mens sana in corpore sano »

On répète.

On dit.

Juvénal dans les coulisses. 

Les satires restent dans l’ombre.


(17 janvier 2023 — 1 — 11h28)


*


C’est stupéfaction que corps soit toujours si distingué.

Si séparé de ce qu’âme vit.


L’être toujours scindé, partagé.

Toujours cette ligne de démarcation.

Frontière dressée entre ce que je suis, ce que je vis, et la nature de mes symptômes.


Vivez, vivez donc et plongez dans l’ivresse de ce que vous sentez.

Notez ce que guerres tissent.

Ce que violences institutionnelles génèrent.

Ce qui vient à l’origine des maux.

Ce que mains suivent est cette trajectoire.

Ce chemin qui de soi à soi suit les chemins sinueux de la vie.


Vie n’est droite pour personne.

Sauf peut-être pour celui qui, assez fortuné peut s’isoler du monde commun.

Fortuné et sans empathie, celui-là peut prétendre à sa rectitude.

Or, de la rectitude à la rigidité il n’est qu’un pas.

Un pas qui n’est pas planche de salut.

Sauf à qui se rend aveugle et sourd au mouvement de la vie.

Celui-là serait peut-être déjà d’un autre monde.


(17 janvier 2023 — 2 — 21h27)


Xavier Lainé


samedi 4 février 2023

Α-σώματος/In-corporel ? 16

 



XL-In-corporel-Fusain/2001



Mettre en mot l’impossible.

Mesurez la difficulté.


J’écris en franchissant la barrière du temps.

Qu’importe la migration des jours ?


J’ai un instant suspendu la page.

Suspendu les mots et parlé, parlé à en étourdir l’auditoire.

Tenté d’expliquer l’inexplicable.

Ce qui nous fait vivant.


VIVANTS


Nous le sommes si peu

À devoir chaque jour nous étonner d’en être encore.


Dans le corps à corps avec la vie, parfois l’âme chancelle.


Me voici devant l’épreuve de dire.

Si souvent le silence guide mes mains !

Que les mots s’en trouvent imprécis.


VIVANTS


Qui saurait en dire quelque chose ?

Quels mots sauraient en démontrer la complexité ?


Pourtant VIVANTS, chaque jour.

VIVANTS, toujours.

Posant mes mains sur d’autres VIVANTS.


Puis s’en aller étonné de ce qui vibre sous un soupir d’aise.

VIVANTS et étonnés, étonnés de l’être.


(16 janvier 2023)


Xavier Lainé


vendredi 3 février 2023

Α-σώματος/In-corporel ? 15

 



XL-In-corporel-Fusain/2001



C’est une vie qui ne tolère aucun répit.

Ici ou là, il y a tant d’attention à porter au monde.

Bien sur, les gens, mais le monde qui les entoure !

Puis mes mains qui cherchent à rassurer sans toujours y arriver.


Puis vient le moment.

Réfléchir à ce rapport au corps, à ce toucher.

Mon corps comme le vôtre conditionné.

Conditionné comme n’importe quel produit, puisque tout s’achète et se vend.

Mais nos corps.

Nos corps maltraités, tirés comme des boulets si souvent.

Nos corps qui ont tant de mal à se remettre des contraintes imposées.


Quelle liberté d’habiter ce véhicule ?

Quelle liberté d’en faire usage ou mésusage ?

Quelle place du corps dans cette culture qui glorifie l’esprit et regarde le corps comme une enveloppe, une apparence ?


Mes mains tremblent parfois de lire dans cette intimité toute la souffrance d’exister.

Quelles que soient les modes, exister c’est être incarné.

C’est avancer ou reculer, tenir ou s’effondrer.

Mais toujours apprendre à vivre debout, dans une société qui nous dénature.


Mon corps comme le vôtre tente de se remettre de ce qui lui a été imposé.

Ces contraintes sans humanité imposées au nom de normes.

Quelle justification aux normes sinon le commerce qui en est fait ?

Qui s’est seulement posé la question de mon libre arbitre et de ma liberté d’usage de moi-même ?

Ce monde s’érige en système colonial jusque dans notre intimité corporelle.


(15 janvier 2023 — 1 — 19h45)


Xavier Lainé


jeudi 2 février 2023

Α-σώματος/In-corporel ? 14

 



XL-In-corporel-Fusain/2001


C’est un jour bousculé.

Y en aurait-il un, seulement un, un jour, qui soit d’accalmie.


C’est toujours dans l’urgence que démarre une journée.

L’âge s’en vient, même pas le temps de m’en rendre compte.


Suis d’ailleurs fâché avec.

Avec les comptes, pas avec l’âge.


C’est tellement compliqué de mettre un terme.

De poser un mot sur ce que vie traverse à gros bouillons !


(14 janvier 2023 — 1 — 9h37)


*


Tu dois jongler

Avec la lassitude

Avec le sentiment soudain d’épuisement


Tu dois


Parfois tu ne sais comment

Tu attends ce signe

Cette attention


En attendant tu surfes sur la vague 

De tes attentes bien souvent vaines

Des tendresses évanouies

D’un amour de routine


Tu jongles

Les balles t’échappent

Roulent sur le sol

Se perdent entre les buissons


Ce que tu as appris de la vie n’a guère d’importance

Ce que tu fais de tes mots n’en a pas plus

Tu les poses là, entre deux paquets de vies défaites


(14 janvier 2023 — 2 — 16h28)


Xavier Lainé


mercredi 1 février 2023

Α-σώματος/In-corporel ? 13

 



XL-In-corporel-Fusain/2001


Me voilà réveillé un jour de plus.

Une aube fauve s’immisce entre les nuées grises.

Les branches nues attendent le jour.

L’hiver ne sait s’il doit venir.

Mais le temps passe et nous savons.

Nous sentons bien qu’en l’absence d’intempéries, nos vies s’en vont en souffrance.


Me voilà réveillé un jour de plus.

Je lis, je tarde, je retarde le moment d’aller vers vous, vers où, je ne sais.

Je sais seulement devoir le faire.

Je sais les attentes, qui me font trembler devant ma responsabilité.


« Dès que le regard du patient se pose sur lui, le soignant ne peut plus dégager sa responsabilité. Il est engagé malgré lui par le visage qui surgit en face de lui⁠1. »


(13 janvier 2023 — 1 — 7h52)


*


Le café du matin a parfois un peu d’amertume.

Quelques larmes froides sur les joues du jour.

Quelques pas vers l’école et un baiser d’enfant partagé avec tendresse.


Plus bas un autre ne sait exprimer que sa violence.

Les enfants sont d’un temps qui les persécute.

D’un temps qui les percute dans leur soif de bonheur.


Il ne faut pas s’étonner de leur révolte latente.


(13 janvier 2023 — 2 — 8h47)


Xavier Lainé




1 Roland Gori, L’empire des coachs, éditions Albin Michel, 2006

mardi 31 janvier 2023

Α-σώματος/In-corporel ? 12

 



XL-In-corporel-Fusain/2001



Je ne comprends pas.

Ça ne fait pas si longtemps qu’il a été élu.

Tout le monde savait qui il était.

Tout le monde savait ce qu’il ferait.

Mais il est reconduit.

Il fait ce qu’il a dit.

Tout le monde s’en dit outré.

Je ne comprends pas.


Je ne comprends pas.

Des années et des années qu’on le dit.

Tout le monde voit bien que quelque chose cloche.

Tout le monde continue à aller son train.

Attendant sans doute qu’un cataclysme arrête tout le monde.


Je ne comprends pas.

Je ne comprends plus.

Sans doute question d’âge.

Ou d’intelligence.

Ou « d’adaptation » aux couleurs du temps.


JE NE COMPRENDS PAS !


(12 janvier 2023 — 1 — 8h41)


*


« L’honneur et l’esthétique, l’éthique et l’esprit critique n’ont de valeur sur le marché néolibéral qu’à pouvoir se vendre, à rapporter du profit ou consolider des stratégies⁠1. »


Plus d’honneur, plus de sens, plus d’éthique ni de poéthique.

Juste des produits à mettre en rayon.

Juste, ce trois fois rien qui à force de fondre sous les mauvais coups, nous retire notre humanité.


Frontières tracées au cordeau des experts qui ne jurent que par la corbeille  et la bourse.

Murs et portails électriques pour se protéger de l’autre, à priori jugé intrus.


Et nous marchons dans cette combine ?


(12 janvier 2023 — 2 — 15h59)


Xavier Lainé



1 Roland Gori, L'empire des coachs, éditions Albin Michel, 2006

lundi 30 janvier 2023

Α-σώματος/In-corporel ? 11

 



XL-In-corporel-Fusain/2001


Je ne sais pas si je vais pouvoir.

Si j’ai même un pouvoir quelconque.

Je ne sais pas.

Je tente, c’est tout.

Sans l’embryon d’une certitude de posséder le moindre savoir ou pouvoir.

Je tente.

Et puis chaque jour je recommence.

Ça ne s’arrêtera sans doute jamais.

Sauf au terme du contrat avec la vie.

Puisqu’il en est ainsi.

On se réveille contre la sombre perspective.

Retraite à soixante quatre ans !

Pourquoi soixante quatre plutôt que soixante cinq ou soixante trois ?

Je vous demande un peu.

Hein ?

Je vous demande.

On se réveille mais bien longtemps qu’il en était ainsi.

Pour certains.

Pas pour tous.

Mais les « certains » n’étant pas nombreux, qui s’en soucie ?

Sauf que ça prépare le terrain.

Insidieusement ça le prépare.

C’est ça la « bonne gouvernance ».

Libérale c’est entendu.

Celle promue dans les officines de manipulation des « masses » de l’OCDE.

On en parle jamais de celle là, vous avez remarqué ?

On n’en parle jamais.

Et pour cause : c’est la matière grise d’un monde où la logique de la domination de tous contre tous est à son comble.

Logique d’un système dont on ne parle que très peu.

Il a un nom, mais c’est un peu comme dans Harry Potter, on ne doit pas le dire à haute voix.

Alors je l’écris : SYSTEME CAPITALISTE.

Là, au moins c’est écrit.

Sa logique c’est celle-là : chacun dressé contre tous et tous contre chacun.

Une logique d’inhumanité, mais faut pas le dire.

Faut pas dire la philosophie de cet immonde qui nous jette hors nature.

Qui défait notre nature avec celle dont nous sommes.

Faut pas dire.

Faudrait même pas penser à.


Je ne sais pas si je vais pouvoir.

Je ne lutte pas à armes égales.

D’un côté le système sus-nommé qui vous broie.

De l’autre mes mains qui se demandent bien.

Qui se demandent bien comment vous faire sentir l’objet de vos errances et souffrances.


Je ne sais pas.


(11 janvier 2023 — 1 — 8h13)


*


Mais tout ça est fort peu poétique, direz-vous !

Vous avez sans doute raison.


Mais pour ce qui me concerne, si écrire de la poésie c’est écrire pour ne rien dire, je ne sais pas faire.

Je ne suis pas prêt, plus prêt !


En fait c’est faux : je sais faire.

Mais je ne peux pas vivre hors du monde dont vous m’apportez la preuve quotidienne.

Ce monde qui broie, use, abuse.

Ce monde qui vous laisse en larme sur ma table.

Qui fait trembler mes mains tant elles ont si peu de pouvoir.

Ce monde qui me met chaque jour devant mon impuissance à en changer.


Vous avez raison : tout ça est fort peu poétique.

À moins que, justement, vivre en poète c’est puiser votre souffle court, vos échines courbées, vos douleurs et vos maux et les écrire en rouge.


MA POESIE S’ECRIT A L’ENCRE ROUGE, PLUME TREMPEE DANS LE SANG VERSE.


(11 janvier 2023 — 2 — 9h06)


Xavier Lainé