mardi 23 août 2022

Juste retournement des choses 7

 




Vous irez encore

Léchant la main de vos maîtres

Négocier les miettes

Au banquet de leur mépris


Un monde s’écroule

Dans l’affolement inconscient

Vous courez en tous sens

Ignorant du but même de toute vie


On me dit que je ne devrais pas

Écrire des mots qui culpabilisent


On me dit que mes mots sont injustes

Qui montrent l’impasse

Le mur et le gouffre


On me dit que mes colères sont vaines

Qu’il faut bien négocier

Avec vos torpeurs


On peut toujours

Dépenser plus que ce qu’on gagne

Puisque nous épuisons la Terre

De plus en plus tôt

Que nous vivons à crédit

Niant le précipice ouvert

Au devant de nos fous désirs

On peut toujours boire aux sources taries

Une eau bouillante et empoisonnée


Xavier Lainé


7 août 2022


lundi 22 août 2022

Juste retournement des choses 6

 




Toujours les regards sceptiques

La litanie des plaintes

L’absurde attente

Mais de quoi ?


Je vis en étrange pays

Pays qui attend

Pays transformé en salle d’attente

D’un avenir construit par d’autres

Jamais satisfaisant à quiconque

Justement

Attend


Pays sans imagination

Pays livré aux grossiers appétits

Pays sans profondeur


*


Toujours vous approchez avec le sourire

Toujours prête à votre service 

Toujours disponible sans faille

Mais voilà que derrière le sourire

La fatigue s’exprime

« Ça fait trop longtemps que ça dure »

Sans dire quoi précisément

Trop longtemps que dure

Canicule ou sécheresse

Ou condition de travail 

Rien n’est dit derrière ce « Trop longtemps »


Xavier Lainé


6 août 2022


dimanche 21 août 2022

Juste retournement des choses 5

 




Or nature finit toujours par reprendre ses droits

Par s’immiscer dans les failles qui morcèlent les certitudes


Terre était là bien avant que premier homme n’en surgisse

Quelle prétention d’en faire notre pré carré 


Seuls des esprits malades peuvent se croire à ce point

Au-dessus des forces telluriques et cosmiques


Peut-être le sommes-nous malades


*


Toujours comme si

Comment

Nul ne sait

Ce qui demain viendra

Désormais


Pas moyen

Poète

De jouer 

De te laisser gagner

Par ce détournement des pensées


*


Un vieux fond de colère roule au fond des gorges

Le noir envahit le ciel de l’avenir

Y aurait-il ciel bleu au fond des coeurs ?


Xavier Lainé


5 août 2022


samedi 20 août 2022

Juste retournement des choses 4

 




Je dirai l’inconfort et le provisoire

L’illusoire parfois de croire vivre

Comme 

Ou comme si

Mais jamais VIVRE


Je dirai l’éphémère d’une vie

La tragédie de la traverser

Sans jamais savoir qu’y faire

Non pour briller

Mais

Pour la

VIVRE


Je dirai cette torture infligée

Lorsque tu n’as pas la bonne carte

Le bon carnet d’adresse


Tu traverses sans exister

Le chemin tortueux 

Sous les yeux qui se détournent

Lorsqu’ils te voient tomber


« Si jamais ne t’en sors

C’est que tu ne sais

Comment t’y prendre »

Mais

Se gardent bien les bougres

De te filer les codes d’accès

Les mots de passe


Xavier Lainé


4 août 2022


vendredi 19 août 2022

Juste retournement des choses 3

 




On peut, en ville d’indifférence, ne plus pouvoir payer son loyer pendant deux ans.

Nul n’y prête attention, sauf le jour où, dans un grand charroi de maréchaussée, les huissiers viennent tout saisir, laissant le quidam sur la paille.

On peut mourir sous les yeux sans regards d’une ville sans empathie.


On peut y mourir mais aussi tenter d’y vivre encore.

Si tant est qu’on puisse appeler vivre le fait que chaque geste, chaque parole y est plus ou moins maudite si elle ne rentre dans le moule formaté des édiles.

Car ces gens là ne peuvent envisager qu’on ne pense autrement qu’eux.

Ils ont cette vision étroite inculquée en hautes écoles : ils sont seuls à détenir toute vérité, l’erreur est au-delà de leur propre pensée.


Alors ils font ce qu’on leur appris à faire : ils décident.

Seuls contre tous ils décident.

Ils construisent les remparts qui les protègent de toute contradiction.

Ne sortent que parmi leurs « gardes dru corps », les amis qui sont comme eux, qui leur servent de paravent.

« On n’est pas au Qatar », qu’ils disent.

Non, c’est ici un Qatar qui ne montre jamais son vrai visage.

Un Qatar qui se planque pour accomplir ses basses oeuvres dans le silence complice de ceux qui voient mais ne disent rien.

Ignorants de la diversité nécessaire au maintien de la vie, ils posent leurs ombrières sur les places rendues stériles.

Qu’importe qu’on y grille : elles sont le symbole même de leur triomphe à bas prix…

Et de la mise à mort, sous leur domination sans partage, de notre Terre commune.


Xavier Lainé


3 août 2022


jeudi 18 août 2022

Juste retournement des choses 2

 




Mais peut-être trop visible ce juste retournement de la Terre.

Elle revendique ses droits et joue avec nos pauvres nerfs humains.

Faudra-t-il que nous ayons soif, ou faim ?

Ou les deux ?


La voilà, Gaïa, qui nous assèche.

Nous n’avions pas besoin d’elle pour l’être, à sec.

Sècheresse du coeur, des sentiments et de l’intelligence.

Mystère de cette traversée en univers de déni et d’incrédulité.


Ce ne sont que prémisses.

Ce qui nous attend sera vraisemblablement pire

Alors, nous pourrons voir les premières réactions des grenouilles chauffées.

Juste avant l’agonie, peut-être chercheront-elles à sauter hors du bocal des corruptions.


Corruption, disruption, fracture, effondrement.

Les qualificatifs pullulent.

Mais ce qui semble important c’est que quelques uns puissent encore profiter de leurs vacances.

Sans un regard pour ceux qui les transportent, les nourrissent, ramassent leurs ordures pour un salaire qui ne leur permet aucune « vacance », aucune béance, sinon dormir un peu, entre deux séquences de « mal-bouffe ».

Ce qui se compte ici nous touche au coeur même de notre humanité.


Excusez-moi d’être apparemment si défaitiste.

C’est sans doute un tort.

Sans doute avez-vous raison de ne rien voir de ce qui se passe, des drames qui touchent les uns et les autres dans le silence de vos « vacances ».


Xavier Lainé


2 août 2022


mercredi 17 août 2022

Juste retournement des choses 1








 

Impossible reprise 

Ce qui te mène devant le gouffre

L’inconscience évidente

Largement répandue


Puis les rires de jeunesse

Insouciante devant la fuite vertigineuse

Où s’effondrent les mondes

Sous le joug incontesté


Faudrait savoir prendre le dessus

Faire entendre les voix discordantes

Capables de fissurer le mur

Jusqu’à sa chute


Il en est tombé pourtant

Des murs construits pour séparer 

Contraindre

Poser le masque sur les fausses libertés


D’un côté comme de l’autre

Regardez donc en quels supplices nous allons

Faute de nous révolter

De crier jusqu’à être écouté


Allez donc 

Braves gens

Dormez tranquilles 

Sur l’oreiller de vos « vacances »

Il ne restera bientôt plus grand chose à sauver


Xavier Lainé


1er août 2022