samedi 9 juillet 2022

Sur un fil 24

 




Tant de temps devant les écrans à attendre que quelque chose vienne.

D’écran en écran, tant de jeux, tant de fictions, de « séries » sur lesquelles « zapper » en attendant que quelque chose change.

C’est toujours source de désillusions, cette attente.

Car rien ne change que nous n’ayons murement désiré, construit avec patience.


« Un autre monde est possible »

Ça peut toujours s’afficher partout sur les murs.

Mais qu’en est-il de ma volonté d’en être le ferment ?

Suis-je, l’oeil perdu devant mon écran téléphonique, à jouer sur des « applications » qui me lavent l’esprit, encore capable de m’inventer le monde ?

Ou seulement de m’y « adapter » sans rien remettre en cause des misères dont il est la source.


« Je ne pleure plus »

« Je ne rêve plus »

Me dites-vous percluse de ces douleurs que survie vous impose.


Qu’importent mes mains ou mes conseils face à ce rouleau compresseur d’illusions semées à longueur d’applications ?

Alors parfois, revenant de mes illusions encore à réveiller un tant soit peu les consciences, je m’en remets aux mots.

Pauvres mots dont certains désormais sont aussi dépossédés.

Orwell en avait eu la vision.

Mes mots ne peuvent qu’être encore maigre rempart à condition d’être lus.


Quand bien même ils ne le seraient pas, ils se porteront témoins d’un temps qui ne laisse respirer que les plus aisés.

Les autres, les plus pauvres, n’auront rien d’autre à sauver que leur peau.


Xavier Lainé


24 juin 2022


vendredi 8 juillet 2022

Sur un fil 23

 




«  C’est sans doute un mal que d’être plein de défauts ; mais c’est encore un plus grand mal que d’en être plein et de ne les vouloir pas reconnaître, puisque c’est y ajouter encore celui d’une illusion volontaire. » Blaise Pascal, Pensées.


Puis un jour, sans crier gare, voici que le vent tourne.

Que celui qui ne se voyait au miroir de lui-même que dépourvu de toute imperfection, reçoit en pleine figure la suprême contradiction.

Il se voyait beau, intelligent, exempt de tous vices.

S’en était déjà un que de se contempler tel Narcisse au miroir de son âme aveuglée.

Où on se croit blanc comme neige, refusant le miroir tendu par les autres, on finit par s’effondrer dans un vertige croissant.

Un homme seul ne peut avoir raison contre vents et marées.

Un tel homme un jour ou l’autre se heurte au mur du réel.

S’il se retourne contre ceux qui le lui ont tendu, alors il se montre sous son vrai jour, celui de la tyrannie.

Du pervers au tyran, il n’est qu’un pas si vite franchi lorsque tu ne prends pas garde à demeurer modeste !


Il est terrible, le sort d’un peuple qui confie son sort à tel individu.

Il est tout aussi terrible, lorsque, dépossédé de ses capacités de réflexion, il ne voit pas en quelle ornière l’être persuadé de ne présenter aucun défaut va le jeter.

Voici qu’on paie pour la bonne mine d’un sournois.

Mais c’est devenu monnaie courante que de se croire au-dessus des facéties d’être humains.

On pérore ici ou là, on est persuadé d’être le meilleur et donc d’avoir voix autorisée à donner des leçons.

Quand il faudrait faire preuve d’humilité on étale sa culture ou ses raisonnements, exigeant que vrais ou faux ils soient gobés comme vrais.

C’est le triste sort du citoyen réduit à n’être qu’un spectateur médiatisé.


Xavier Lainé


23 juin 2022


jeudi 7 juillet 2022

Sur un fil 22

 




Etrange inversion du sens.

Représentants du peuple, mais bizarre que peuple en soit.

Car l’emploi serait réservé à ceux qui fréquentent le beau monde.


Pendant que vous siégez : que faisons-nous, ici ?


Une pluie fine, enfin s’épanche.

Comme larmes sur visage défait malgré les maigres victoires.


Depuis si longtemps j’ai déserté la compagnie des hommes.

Qu’un instant de prise de parole ne change rien à la fuite.


Longue plongée en territoire de connaissance.

Juste pour tenter de comprendre.

Et désespérer un peu plus devant la désorientation générale.


J’voudrais juste vous ouvrir cette porte étroite.

Celle qui me laisse, chaque matin, l’oeil rêveur, sur le seuil du jour.


Un charroi tonitruant circule sous mes fenêtres.

Que veut dire cette course absurde ?

Que veulent dire ces empressements.

Hier vous déambuliez d’orchestre en orchestre.

Les rues n’étaient pas d’affluence, comme si la joie désormais était exclue.

Je suis comme vous, je reste là sur le seuil, à me demander ce qui pourrait bien tomber encore de mauvais coup.

Les blessures sont vives.

Que certaines condamnations mènent à réparation monétaire ne change pas grand chose à l’affaire : les plaies restent ouvertes.

Elles le resteront tant que les fauteurs de trouble se vautreront dans les palais.


Xavier Lainé


22 juin 2022


mercredi 6 juillet 2022

Sur un fil 21

 




Mais vous me direz encore que ce n’est pas poésie

Que de dire les affres de survivre

En pays dominé 


Car c’est chose étonnante

Qu’avec condescendance

On se félicite

Qu’une « femme de chambre »

Ou qu’un « ouvrier »

Soient élus députés


Qu’est-ce qui

En pays à prétentions démocratiques

Mais en réalité dominé

Interdit au peuple de présider

À ses destinées


Qu’est-ce qui autorise

Une minorité embourgeoisée

De regarder avec amusement

Les plus petits intervenir

Dans les affaires du commun


Sinon cette arrogance effroyable

Que dicte l’esprit de domination sans partage


Qu’on s’étonne que les affamés puissent dire leur mot

Voilà qui dénote les symptômes d’un système en panne

Quand on a faim la règle voudrait qu’on lutte

L’arrogance est un déni d’humanité

La fierté serait que les plus pauvres se lèvent


Xavier Lainé


21 juin 2022 (3)


mardi 5 juillet 2022

Sur un fil 20

 




Car de quoi parlent-ils 

Sinon de petits trafics d’influences

Tandis que tant vivent en urgence absolue


De quoi s’agit-il

Urgence absolue


Quand il ne s’agit déjà plus de vivre

Mais de survivre


Quand il ne s’agit plus de survivre

Mais de résister à la faim


Quand il ne s’agit plus seulement de la faim

Mais de trouver petit coin où dormir


Quand il ne s’agit plus de dormir

Mais de veiller pour ne pas crouler sous les coups


Quand il ne s’agit plus 

Quand il ne s’agit plus

Que de penser à la mort

Faute de pouvoir encore vivre

Sous le joug

De la faim

Du sommeil absent

Des mauvais coups qui pleuvent


De quoi parlent-ils 

Sinon des petits arrangements entre faux amis

Pour un partage inéquitable d’un pouvoir arrogant


Xavier Lainé


21 juin 2022 (2)


lundi 4 juillet 2022

Sur un fil 19

 




Comme prévu ce qui suit te laisse coi.

L’élu file à très grande vitesse rejoindre son siège.

Sous l’oeil goguenard des bien pensants.

Nul ne parle plus de ce qui est ta vie.

On se tait.

On suppute les divisions à venir.

On soupèse les jeux de pouvoir.

On oublie que des vies sont là.

Vies qui ont espéré.

Puis s’en sont rentrées chez elles.

Avec le goût amer d’avoir été vaguement écoutées.

Puis oubliées.


Le quotidien banal s’étale sur les trottoirs de l’ennui.

L’espoir ne dure toujours qu’un temps.

Celui où on s’autorise à en creuser les fondations.

Puis vient le temps ou celles-ci se font tombes.

L’habitude n’étant pas prise d’inverser le sens des pouvoirs,

La déception pointe très vite son nez.


On ne pense pas

En ce pays

Monsieur

On mâche et remâche 

Les pensées toutes faites

Émises de bouches expertes

En naufrages prévisibles.


Le pire fait son entrée

Ceux qui croyaient s’y opposer

Seront les dindons de cette sinistre farce.


Xavier Lainé


21 juin 2022 (1)


dimanche 3 juillet 2022

Sur un fil 18

 




Il aurait fallu écrire avant.

Puis écrire pendant.

Me voilà déjà dans un après.


Car 

C’est humain

De se fixer des objectifs

De se dire que demain 

Peut-être


Et puis non

Demain reste sombre

Juste un peu moins

Ou juste un peu plus

Mais l’aurore est encore loin

Qui nous verrait conscients


Conscience


Mot tant galvaudé qu’il ne dit plus rien

Sinon en système du chacun pour soi

De se pencher sur soi

Sur son petit nombril

Sa petite vie


Conscience


Cette manière d’être humain

Qui nous fait nous donner la main

Par delà toutes frontières

Par nécessité de traverser le temps


Xavier Lainé


20 juin 2022