jeudi 29 avril 2021

Rouge misère 31 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 3)

 




Regardez, regardez bien avec quelle application ils tuent dans nos propres esprits toute référence à un passé qui leur arrachait des miettes.

Qui leur arrachait des miettes faute de savoir comment mettre bas les statues du commandeur.

Faute de trouver les façons d’inventer un autre temps, une autre vie, un autre rapport entre humains et terre qui s’affranchisse de leur esprit de domination.

Les doigts en pointe et la règle qui tape.

Pédagogie de la domination : tu dois te soumettre et dans ta soumission soumettre les autres et ainsi de suite jusqu’à extermination génocidaire de l’esprit même d’humanité.

Au final, on te terrorise avec un virus.

Et là, tu te rappelles : les amérindiens disparus miraculeusement par variole interposée ! 

Mais oui, mais c’est bien sur, plutôt que d’abattre le commandeur du crime, on te culpabilise.

On te tape sur les doigts et si tu persistes à proclamer qu’il faut en finir avec le système qui par esprit de domination met la planète à feu et à sang depuis les nouveaux Versailles que sont les « paradis fiscaux », on te crève un oeil, on t’arrache une main, on te fais rentrer, au 31 du mois, dans le grand cycle de la misère pandémique.

Merveille du système qui te fait croire en sa capacité à muter (ha ! La mutation, qu’ils disent !).

Et il mute, le bougre ! Et dans sa mutation il s’en fout de déchainer les tempêtes : il spécule sur leur survenue.

Il tire le beurre et l’argent du beurre, mais pour le reste, il te saigne à blanc.

Tu rentres chez toi, au 31 du mois.

Tu ne sais pas comment tu vivras demain.

Tu ne sais plus comment vivre aujourd’hui.


Xavier Lainé


31 mars 2021 (2)


mercredi 28 avril 2021

Rouge misère 30 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 3)

 




Au 31 du mois, je rentre chez moi.

J’ai fait trois petits tours avec mon drapeau et puis je suis revenu.

Je suis revenu à mon point de départ.

C’est ce qu’en physique on nomme une « révolution ».

Trois petits tours et puis s’en vont.

Et puis s’en vont les forces vives dans un bain de sang si elles persistent.

Les doigts pointés en l’air et la règle qui tape.

Ce fut, un temps, une forme de pédagogie.

De la soumission, certes, mais une pédagogie.

On ne tape plus sur les doigts, on dirige et on contrôle.

La situation est sous contrôle disent les flics.

Nous contrôlons la situation affirme Thiers depuis Versaille.

Le sang coule sur les berges de la seine où s’évanouissent nos amours.

Le sang coule dans les déserts où l’empreinte de mon enfance s’efface.

Le sang coule devant vos yeux, sur vos écrans plats.

Plats comme nos cerveaux une fois retiré le peu d’humanité que nous avions acquise.

Car c’est une conquête que de vivre en humain, cette chose résolument indéfinissable.

Parfois, il en faut de l’humanité et elle se trouve rarement dans les couloirs du pouvoir.

De ce côté là, sans un regard de compassion, on tape sur les doigts récalcitrants, on sidère les esprits encore éveillés, ou, si trop d’insistance à contester, on décide, de la galerie des glaces, royalement, divinement et avec la bénédiction du goupillon, de tirer dans le tas.

Les foudres de Jupiter (ou de Zeus, mais évoquer la Grèce est mal venu quand celle-ci est mise à genoux).

Regardez, regardez bien à quoi s’attaquent nos capitalistes qui n’aiment pas qu’on les nomme : Irak, berceau de l’écriture, Grèce, berceau de la philosophie et de l’art occidental.


Xavier Lainé


31 mars 2021 (1)


mardi 27 avril 2021

Rouge misère 29 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 3)

 




J’ai rompu les digues de la parole.

J’ai envoyé les mots comme pavé à la gueule du siècle.

Quitte à n’y trouver place, autant assumer jusqu’au bout l’errance.


J’ai tenté de garder les idées claires.

Le système qui tout corrompt a un nom.

Le système qui détruit tout a un nom.

Les hommes qui fomentant ce système ont des noms.


Ne venez pas me culpabiliser.

Ne venez pas me dire qu’il me faut assumer ce que d’autres ont mis tant d’acharnement à détruire.

Ils auraient voulu mettre un terme à la mémoire.

S’ils avaient pu comme autrefois brûler les livres ils l’auraient fait.

S’ils avaient pu mettre quiconque s’oppose à leur folie criminelle dans quelques camps ou goulags, ils l’auraient fait.

Ils prétendent détenir l’immuable vérité.


Ils nous imposent leur système comme quelque chose de naturel.

Ce n’est qu’un artifice, un masque derrière lequels ils cachent les armes de la destruction massive.

Au nom de leurs empires, combien de massacres et de génocides ?

Au nom de leurs comptes en banque, combien de morts de faim, de froid, de désespoir.

Combien de virus faudra-t-il pour qu’enfin nous reprenions le flambeau des révoltes ?


Combien de morts avant que nous mettions bas le système qui porte en lui la destruction et la mort « comme les nuées portent l’orage » ?

Il est temps d’ouvrir les yeux et de renverser l’ordre établi.


Xavier Lainé


30 mars 2021


lundi 26 avril 2021

Rouge misère 28 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 3)

 




Les pires barricades sont celles qui se forgent en moi-même.

Celles qui ne sont pas de mon fait, mais qui me sont imposées.

Imposées par l’usage, l’habitude de vivre en système verrouillé.

Alors, je n’imagine même pas la possibilité d’une autre liberté.


La pire prison est celle d’une vie dans la conformité dominante.

Ses barreaux te tiennent sans même la présence du moindre geôlier.

Te voilà enfermé au cercle infernal qui tourne autour de toi-même.

Pas d’issue à entrevoir dans cette prison glacée qui te place seul.

Seul responsable de cet échec de toutes tes tentatives de rébellion.


Après le sang versé, il fallait individualiser les trajectoires, 

Morceler les foules, en disjoindre les mouvements.

Après le sang versé, la terreur dans les têtes semée,

Il était urgent d’isoler quiconque pourrait contester.


Ainsi vont nos échecs qui se brisent sur le mur capitaliste.

Ainsi vont nos douleurs une fois le rêve assassiné sur les barricades.

Que les drapeaux soient rouges ou noir ils ne supportent aucun compromis.

Mais peut-être l’heure serait venue, système engagé dans une course contre le montre où la mort se profile, sans distinction.

Que tornades passent, ceux qui trépassent ne sont d’aucun camp.

Ils vont pleurant sur leur sort, désormais prisonniers d’une prison intérieure.

Mais peut-être l’heure à sonné lorsque le crime devient visible.

Nul ne peut plus dire qu’il ne voit pas, à moins de sombrer dans un déni suicidaire.

Nul ne peut plus, mais la forme de la révolte devra prendre des chemins inconnus, inédits.


Xavier Lainé


29 mars 2021


dimanche 25 avril 2021

Rouge misère 27 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 3)

 




« Abolissez la mendicité, qui déshonore un Etat libre ; les propriétés des patriotes sont sacrées, mais les biens des conspirateurs sont là pour tous les malheureux. Les malheureux sont les puissances de la terre ; ils ont le droit de parler en maîtres aux gouvernements qui les négligent. » Saint-Just, cité par Eric Hazan, Une histoire de la révolution française.


Tant de temps passé, tant de sang versé.

Nous en sommes encore là.

Toujours plus de mendiants et une minorité qui parade dans l’opulence.

Mais on prétend « commémorer » !

Il n’est pas de commémoration possible en pays qui s’enfonce dans une pandémie de misère.

Un pays saigné à blanc par les vampires de la finance.

Ce pays là, qui accepte ce joug, ne peut que borner son avenir à aller, de confinement, en confinement, jusqu’à son agonie.

On prétend « commémorer » !

Les pauvres cons de morts pour la « sociale » s’en retournent dans leur fosse commune.

Il ne leur est rien resté que ce trou dans la terre qui porte ce joli nom : « commune ».

Ils rongeront jusqu’à leurs os si nous les laissons faire.

Ils usurperont la mémoire et se prétendront les héritiers d’un monde commun qu’ils tuent à grandes spéculations.

Qu’aurions-nous encore à dire si ce territoire du commun qui est notre, nous le laissons en jachère ?

Pas foutus de défendre ce que des générations ont conquis de leur sang !

Regardez l’érosion de nos maigres victoires !

Regardez !

Demain ils nous contraindrons à poser de nos mains chaines à nos pieds meurtris.


Xavier Lainé


28 mars 2021


samedi 24 avril 2021

Rouge misère 26 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 3)

 




Il me faut cultiver cet esprit qui marche de côté, qui ne va pas tout droit, qui ne sait pas suivre le courant mais va toujours contre.

Il me faut poursuivre cette route sinueuse du doute, qui ne se satisfait d’aucune idée  sans la questionner.

Il me faut avancer, dans cette lumière discrète qui ne met personne au premier plan, surtout pas mon petit ego sans envergure.


Il est temps, temps de plonger en monde qui ne comprend rien des luttes et qui les étouffe.

Pauvres fragments de vies sacrifiés sous des tonnes de mépris.

À chaque bouffée d’espérance, les puissants offrent une salve de sang.

Ils te rêvent couché, vautré dans cette fange qui corrompt tout de ta vie.


Il est temps.


Il était temps.

Le sera-t-il encore ?


Combien pour occuper les rues et clamer notre désir de vivre ?

Combien pour tenir les banderoles d’un temps d’urgence absolue ?


Ha ! Que n’avons-nous entendu le cri des révoltés !

Que n’avons-nous compris que le monde des nantis ne lâche rien.

Qu’il prend tout si, bec et ongle, on ne lui arrache nos vies.

Qu’il est toujours temps tant que souffle de vie nous anime.


Une clarté blafarde se lève.

Un printemps estival dont, en toute ignorance, nombres apprécient la chaleur.

Nous n’avons jamais été autant dé-naturés.


Xavier Lainé


27-28 mars 2021


vendredi 23 avril 2021

Rouge misère 25 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 3)

 




Pour maintenir le couvercle, il faut, aujourd’hui comme hier, maintenir les citoyens dans l’ignorance.

Ignorance de leur histoire, celle qui s’écrit entre les lignes de l’Histoire enseignée.

Celle qui fabrique le sentiment d’impuissance et d’abattement.

Celle qui permet de maintenir, dans le chaos entretenu, cette sidération qui paralyse.


Les dominants ont toujours voulu paralyser leurs proies.

Je disais : il fut un temps d’esclavage, et vous me regardiez méfiants.

Que va-t-il encore nous sortir ?

Il fut donc ce temps.

Puis vint celui où même l’escave fut considéré comme trop onéreux.

Alors on eut recours au salariat : tu travailles, tu reçois ta paye de misère et débrouille toi pour vivre avec.

Sauf qu’elle ne fut calculée que pour reproduire à peine ta force de travail.

À peine le temps de dormir et de te nourrir qu’il fallait déjà, avec femmes et enfants t’attacher à la chaîne.

Les mots ont tout leur sens : t’attacher à la chaîne et produire des objets dont tu ne verras jamais la couleur.

Te rendre esclave d’un maître et quémander un « droit au travail » sur un « marché » du même nom qui n’est que version soft de celui aux esclaves.

De révolte en révolution tu as arraché un « droit du travail » qui ne faisait que rendre tes chaines moins lourdes, interdisant le travail des enfants, limitant l’âge et les horaires de ton labeur.

Même ce minimum de 89 en 30, en 48, en 71, en 36 ou 45 puis 68, il te fallait l’arracher, car pour celui qui cotise à la bourse, ce qui l’arrange, c’est de te maintenir juste à la limite de l’esclavage.

On y revient : point de chaines visibles, juste des muselières et la peur de l’autre comme « barrière » infranchissable.


Xavier Lainé


26 mars 2021