mardi 27 avril 2021

Rouge misère 29 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 3)

 




J’ai rompu les digues de la parole.

J’ai envoyé les mots comme pavé à la gueule du siècle.

Quitte à n’y trouver place, autant assumer jusqu’au bout l’errance.


J’ai tenté de garder les idées claires.

Le système qui tout corrompt a un nom.

Le système qui détruit tout a un nom.

Les hommes qui fomentant ce système ont des noms.


Ne venez pas me culpabiliser.

Ne venez pas me dire qu’il me faut assumer ce que d’autres ont mis tant d’acharnement à détruire.

Ils auraient voulu mettre un terme à la mémoire.

S’ils avaient pu comme autrefois brûler les livres ils l’auraient fait.

S’ils avaient pu mettre quiconque s’oppose à leur folie criminelle dans quelques camps ou goulags, ils l’auraient fait.

Ils prétendent détenir l’immuable vérité.


Ils nous imposent leur système comme quelque chose de naturel.

Ce n’est qu’un artifice, un masque derrière lequels ils cachent les armes de la destruction massive.

Au nom de leurs empires, combien de massacres et de génocides ?

Au nom de leurs comptes en banque, combien de morts de faim, de froid, de désespoir.

Combien de virus faudra-t-il pour qu’enfin nous reprenions le flambeau des révoltes ?


Combien de morts avant que nous mettions bas le système qui porte en lui la destruction et la mort « comme les nuées portent l’orage » ?

Il est temps d’ouvrir les yeux et de renverser l’ordre établi.


Xavier Lainé


30 mars 2021


lundi 26 avril 2021

Rouge misère 28 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 3)

 




Les pires barricades sont celles qui se forgent en moi-même.

Celles qui ne sont pas de mon fait, mais qui me sont imposées.

Imposées par l’usage, l’habitude de vivre en système verrouillé.

Alors, je n’imagine même pas la possibilité d’une autre liberté.


La pire prison est celle d’une vie dans la conformité dominante.

Ses barreaux te tiennent sans même la présence du moindre geôlier.

Te voilà enfermé au cercle infernal qui tourne autour de toi-même.

Pas d’issue à entrevoir dans cette prison glacée qui te place seul.

Seul responsable de cet échec de toutes tes tentatives de rébellion.


Après le sang versé, il fallait individualiser les trajectoires, 

Morceler les foules, en disjoindre les mouvements.

Après le sang versé, la terreur dans les têtes semée,

Il était urgent d’isoler quiconque pourrait contester.


Ainsi vont nos échecs qui se brisent sur le mur capitaliste.

Ainsi vont nos douleurs une fois le rêve assassiné sur les barricades.

Que les drapeaux soient rouges ou noir ils ne supportent aucun compromis.

Mais peut-être l’heure serait venue, système engagé dans une course contre le montre où la mort se profile, sans distinction.

Que tornades passent, ceux qui trépassent ne sont d’aucun camp.

Ils vont pleurant sur leur sort, désormais prisonniers d’une prison intérieure.

Mais peut-être l’heure à sonné lorsque le crime devient visible.

Nul ne peut plus dire qu’il ne voit pas, à moins de sombrer dans un déni suicidaire.

Nul ne peut plus, mais la forme de la révolte devra prendre des chemins inconnus, inédits.


Xavier Lainé


29 mars 2021


dimanche 25 avril 2021

Rouge misère 27 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 3)

 




« Abolissez la mendicité, qui déshonore un Etat libre ; les propriétés des patriotes sont sacrées, mais les biens des conspirateurs sont là pour tous les malheureux. Les malheureux sont les puissances de la terre ; ils ont le droit de parler en maîtres aux gouvernements qui les négligent. » Saint-Just, cité par Eric Hazan, Une histoire de la révolution française.


Tant de temps passé, tant de sang versé.

Nous en sommes encore là.

Toujours plus de mendiants et une minorité qui parade dans l’opulence.

Mais on prétend « commémorer » !

Il n’est pas de commémoration possible en pays qui s’enfonce dans une pandémie de misère.

Un pays saigné à blanc par les vampires de la finance.

Ce pays là, qui accepte ce joug, ne peut que borner son avenir à aller, de confinement, en confinement, jusqu’à son agonie.

On prétend « commémorer » !

Les pauvres cons de morts pour la « sociale » s’en retournent dans leur fosse commune.

Il ne leur est rien resté que ce trou dans la terre qui porte ce joli nom : « commune ».

Ils rongeront jusqu’à leurs os si nous les laissons faire.

Ils usurperont la mémoire et se prétendront les héritiers d’un monde commun qu’ils tuent à grandes spéculations.

Qu’aurions-nous encore à dire si ce territoire du commun qui est notre, nous le laissons en jachère ?

Pas foutus de défendre ce que des générations ont conquis de leur sang !

Regardez l’érosion de nos maigres victoires !

Regardez !

Demain ils nous contraindrons à poser de nos mains chaines à nos pieds meurtris.


Xavier Lainé


28 mars 2021


samedi 24 avril 2021

Rouge misère 26 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 3)

 




Il me faut cultiver cet esprit qui marche de côté, qui ne va pas tout droit, qui ne sait pas suivre le courant mais va toujours contre.

Il me faut poursuivre cette route sinueuse du doute, qui ne se satisfait d’aucune idée  sans la questionner.

Il me faut avancer, dans cette lumière discrète qui ne met personne au premier plan, surtout pas mon petit ego sans envergure.


Il est temps, temps de plonger en monde qui ne comprend rien des luttes et qui les étouffe.

Pauvres fragments de vies sacrifiés sous des tonnes de mépris.

À chaque bouffée d’espérance, les puissants offrent une salve de sang.

Ils te rêvent couché, vautré dans cette fange qui corrompt tout de ta vie.


Il est temps.


Il était temps.

Le sera-t-il encore ?


Combien pour occuper les rues et clamer notre désir de vivre ?

Combien pour tenir les banderoles d’un temps d’urgence absolue ?


Ha ! Que n’avons-nous entendu le cri des révoltés !

Que n’avons-nous compris que le monde des nantis ne lâche rien.

Qu’il prend tout si, bec et ongle, on ne lui arrache nos vies.

Qu’il est toujours temps tant que souffle de vie nous anime.


Une clarté blafarde se lève.

Un printemps estival dont, en toute ignorance, nombres apprécient la chaleur.

Nous n’avons jamais été autant dé-naturés.


Xavier Lainé


27-28 mars 2021


vendredi 23 avril 2021

Rouge misère 25 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 3)

 




Pour maintenir le couvercle, il faut, aujourd’hui comme hier, maintenir les citoyens dans l’ignorance.

Ignorance de leur histoire, celle qui s’écrit entre les lignes de l’Histoire enseignée.

Celle qui fabrique le sentiment d’impuissance et d’abattement.

Celle qui permet de maintenir, dans le chaos entretenu, cette sidération qui paralyse.


Les dominants ont toujours voulu paralyser leurs proies.

Je disais : il fut un temps d’esclavage, et vous me regardiez méfiants.

Que va-t-il encore nous sortir ?

Il fut donc ce temps.

Puis vint celui où même l’escave fut considéré comme trop onéreux.

Alors on eut recours au salariat : tu travailles, tu reçois ta paye de misère et débrouille toi pour vivre avec.

Sauf qu’elle ne fut calculée que pour reproduire à peine ta force de travail.

À peine le temps de dormir et de te nourrir qu’il fallait déjà, avec femmes et enfants t’attacher à la chaîne.

Les mots ont tout leur sens : t’attacher à la chaîne et produire des objets dont tu ne verras jamais la couleur.

Te rendre esclave d’un maître et quémander un « droit au travail » sur un « marché » du même nom qui n’est que version soft de celui aux esclaves.

De révolte en révolution tu as arraché un « droit du travail » qui ne faisait que rendre tes chaines moins lourdes, interdisant le travail des enfants, limitant l’âge et les horaires de ton labeur.

Même ce minimum de 89 en 30, en 48, en 71, en 36 ou 45 puis 68, il te fallait l’arracher, car pour celui qui cotise à la bourse, ce qui l’arrange, c’est de te maintenir juste à la limite de l’esclavage.

On y revient : point de chaines visibles, juste des muselières et la peur de l’autre comme « barrière » infranchissable.


Xavier Lainé


26 mars 2021


jeudi 22 avril 2021

Rouge misère 24 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 3)

 




C’est impossible commémoration.

Les révoltes sporadiques qui parfois sont formidables avancées, sont hors cadre.

La République des bourgeois, ne pouvant les digérer, ne peut en assimiler l’existence.

Leur commémoration a l’esprit de revanche.

Faire reculer ce qui a été acquis, faire rentrer au bercail les réfractaires.

Ils ne savent rien d’autre.


Pourquoi, dès lors, demander que nos révoltes soient honorées.

À quoi bon vouloir leur donner une place au panthéon d’un système qui ne supporte aucune parole contraire ?

La seule commémoration possible serait celle qui mettrait à l’honneur les raisons de nos révoltes.


Ce n’est pas demain que la mémoire sera vraiment honorée.

Ce n’est sans doute pas avec un masque sur le visage et des yeux abattus et sidérés que les barricades d’hier seront fleuries.

Il est d’ailleurs assez incroyable de voir l’aisance de la bourgeoisie à faire prendre des vessies pour des lanternes.

Parfois, ils sont obligés de lâcher du lest.

Pour aussitôt oeuvrer du bâton pour faire rendre gorge.

De quoi voulez-vous qu’ils se fendent ?

Ils ne vous reconnaissent que soumis à leur dictature.

Ils vous veulent plaintifs, larmoyants, quémandant des miettes tandis qu’ils font bombance.


C’est notre sort de ne jamais être dans le jeu, ni dans le propos.

Lorsque certains d’entre nous y entrent, ils se font avaler et oublient très vite d’où ils viennent.


Xavier Lainé


25 mars 2021


mercredi 21 avril 2021

Rouge misère 23 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 3)

 




Parce que la référence commune, n’est-ce pas, c’est 1789.

Or il y eut des jacqueries bien avant, une soif de justice, d’égalité et de démocratie bien antérieure.

Mais, pour beaucoup, dire 1789, c’est tout dire.


Ce ne fut qu’une grande contraction de l’histoire.

L’irruption massive de gens dont les intérêts n’étaient pas convergents, sinon pour un moment.

Robespierre et Babeuf l’avait bien senti.

Ils ont tenté d’aller plus loin, de dépasser ce que l’histoire pouvait accepter.

Ils furent pris au piège de leur croyance.

Plus rusés que les aristocrates arrivaient en masse pour accaparer la parole.

Les rouges de ce temps ont fini en fosses communes.


Communes, c’était leur idée.

Lutter pour le commun et s’appuyer sur le commun pour satisfaire les besoins essentiels de tous.

Un jour ça donnera le mot communisme, mais nous n’y sommes pas.

Le mot n’est resté qu’un mot, trainé dans la boue de l’histoire par les malveillants qui à chaque étape ont usurpé le pouvoir.

Pour eux, c’est une question de richesse privée.

Le commun est regardé comme le diable.

Ils vont à confesse et puis à la messe, et en sortant de l’office, ils trempent leurs pognes dans le sang commun.

Commun, commune : il leur faut extirper des esprits toutes velléités de partager pouvoir et richesses.

On va à la messe et à confesse, puis on tire dans le tas avec la bénédiction de l’église.

Puis on tire sur les cadavres fumants un drap de virginité.


Xavier Lainé


24 mars 2021