vendredi 29 janvier 2021

Sourde colère 9 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 1)

 




Il semble.

Mais que faire des connaissances acquises si elles ne révèlent aucun esprit personnel ?

J’en connais qui font étalage de leur savoir, qui commentent ce qui est déjà du commentaire, mais qui ne disent jamais rien qui puisse trahir le moindre esprit indépendant.

Ils se proclament même d’un bord, ou d’un autre, non en agissant comme leur supposé engagement le laisserait entendre, mais se contentent de dire « la gauche aurait du » ou « la droite devrait ». 

Que pensent-ils vraiment ? Qui sont-ils vraiment ?

Ils passent chaque heure du jour et de la nuit à décortiquer ce que l’actualité leur fournit sans latence.

Ils publient même photographies d’eux-mêmes ici ou là, aux côtés de telle ou telle « célébrité ».

Ça fait sans doute bien dans leur curriculum vitae, de s’afficher ainsi, de faire la liste des articles qu’ils admirent en disant pourquoi.

Ça fait sans doute bien, mais savent-ils, à part faire de brillantes dissertations convenues, parler d’eux autrement que sous cette apparence trompeuse ?

Savent-ils dans quel monde ils aimeraient vivre ?


Le monde potentiel réside dans nos rêves différemment multipliés.

Ce qui pourrait jaillir d’étincelle qui rallumerait les lumières n’en est pas que la note de lecture.

Les lumières se rallument si nous savons nous approprier les pensées foisonnantes, les ruminer, les accommoder à la sauce de nos intuitions, de nos désirs les plus fous.

Elles sont alors le ferment d’une pensée libre qui puise au vase commun des pensées émises pour se créer un univers ouvert à l’autre, non cette pâle copie autocentrée d’où l’autre est regardé comme un pauvre hère.


Xavier Lainé


6 janvier 2021 (2)


jeudi 28 janvier 2021

Sourde colère 8 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 1)

 




Car c’est pure folie que de confier son sort à des calculatrices.

C’est pure folie que de dénier le réel pour n’approuver que statistiques.

Nous voici marchant de ce pas aveuglé, l’esprit ébrieux de nouvelles alarmistes.

Même plus besoin d’alcool, il suffit de s’abreuver au goulot étroit des informations aux ordres.

Mais…


Mais si tu décides de ne pas accepter ce mouvement sans hauteur.

Si tu refuses d’obéir, si tu ne regardes pas les déformations télévisées.

Tu es manipulé.

Tu peux toujours dire que non, que tu ne prends rien pour argent comptant, que tu tentes simplement de garder distance, de ne pas te laisser happer par la folie ambiante, on ne te crois pas.

Étrange schizophrénie où les manipulés dénient leur manipulation et accusent ceux qui tentent encore de penser par eux-mêmes d’être ce qu’ils sont : des manipulés.

On ne peut pas s’en sortir.


Nicolas Machiavel ayant gagné cette manche, il ne reste qu’à tourner le dos et hausser les épaules.

Nous sommes devant cet échec de l’esprit.

Les lumières se sont éteintes et nous ne savons pas si elles pourront encore se rallumer un jour.

C’est un cauchemar éveillé.


Il semble pourtant que nous avons quelque potentielles intelligences capables de nous inviter à penser.

Il semble pourtant que jamais nous n’avons eu autant de connaissances à notre disposition pour apprendre à penser par nous-mêmes…


Xavier Lainé


6 janvier 2021 (1)


mercredi 27 janvier 2021

Sourde colère 7 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 1)

 




Le rouleau compresseur de la déshumanisation a commencé à rouler il y a fort longtemps.

Chacun sent bien que quelque chose ne va plus, puisque tout se retrouve tiré vers le bas, vers la disparition de tout ce qui pourrait encore nous situer dans notre humanité.

Nous considérer comme des machines réparables à volonté participe de ce schéma absurde : une planète dont les hommes, réduits à l’état de machine, auraient disparu derrière masques et écrans.

Une terre sans humanité serait-elle envisageable ?

Pouvons-nous poursuivre dans une voie aussi suicidaire ?


Hier comme aujourd’hui, vous ne pouvez vous rendre à vos rendez-vous. Pourquoi ?

Quelques flocons tombent et paralysent un pays !

Quoi de plus normal que neige en hiver ?

Comment, dans un pays dont les hivers depuis toujours peuvent être rigoureux, en arrive-t-on à une telle absurdité ?


Comme pour ce qu’ils nomment pandémie, le problème de fond réside dans cette déshumanisation.

Insidieusement, au fil des décennies, on a fait disparaître, quasiment sans protestation, ou sinon purement symbolique, tous les services de proximité : écoles, équipement, santé, tout a été lentement laminé sous prétexte d’économies.

En viendra-t-on sous peu à proposer de supprimer les humains pour les mêmes motifs ?


Nous avons perdu pied. C’est une stratégie sans en être une.

Nous faire perdre pied et renoncer à notre humaine condition.

Dans ce marché de dupe, nous approchons de la folie collective.


Xavier Lainé


5 janvier 2021


mardi 26 janvier 2021

Sourde colère 6 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 1)

 




Abîmées, oui, comme plongées dans un abîme, ensevelies sous des tonnes de pensées réductrices.

On vous a laissé désapprendre à prendre soin de vous.

On vous a laissé comme proie d’une industrie dont vous n’êtes qu’une variable d’ajustement.

On vous a réduits à ces lignes dans nos cahiers de compte.

Ce qui comptait depuis les années soixante dix, c’était moins l’ambition de vous voir en bonne santé que celle de vous réparer infiniment.


Nous nous sommes perdus avec vous dans ces fonds sans âme où vous errez en colonnes de chiffres randomisées.

Nous avons noyé avec acharnement notre humanité et la vôtre dans les gouffres sans limite d’un système qui tire profit de vos potentielles maladies.

Ici vous n’êtes plus ce que vous croyez être : vous n’êtes que des malades en sursis.

Les dividendes ont besoin de votre mal être, de votre mal vivre, de vos symptômes avant même qu’ils apparaissent.

Et vous êtes vus ainsi : comme des machines au même titre que votre voiture, votre réfrigérateur, votre fer à repasser, votre machine à laver.

Il suffisait d’un petit coup de bistouri et vous voilà réparés.

Qu’importe l’usure de cette « machine » sur la chaine d’un monde qui vous traite comme esclaves d’un nouveau genre, comme animaux de traits.


Dans ce monde qui ne sait plus rien de la vie et de sa complexité, d’une molécule, d’un ARN messager on prétend vous « guérir ».

On oublie la constante du temps (même si le temps n’existe pas), qui ne vous ramène jamais à votre point de départ.

Vous ne revenez jamais en arrière sur cette échelle.

Vous ne pouvez toujours qu’aller de l’avant et donc ne pouvez qu’apprendre de ce que vos symptômes cherchent à vous dire de votre vie.


Xavier Lainé


4 janvier 2021 (3)


lundi 25 janvier 2021

Sourde colère 5 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 1)

 




C’est beau un paysage enneigé.

C’est beau et ça te met une fois de plus au chômage.

Q’un flocon apparaisse et c’est panique générale.

A croire la venue de l’hiver anormale.


Je vous attend depuis trois heures et personne ne vient.

Certains préviennent et d’autres non : quelle importance ?

On ne s’étonnera pas de la diffusion d’un virus, puisque votre santé passe après les flocons.

Je pourrais vous téléphoner, prendre de vos nouvelles, je n’en ai plus envie.

Puisque c’est tout le respect en lequel vous tenez mon travail et ma présence à vos côtés.

Restez chez vous. Surtout restez chez vous.

Ne prenez pas le risque de glisser, de vous casser un membre et surtout pas celui de prévenir de votre décision.


Puis-je vous faire une demande ?

Surtout ne vous mettez pas à vos fenêtres pour applaudir les soignants.

Ils ne demandent rien.

Sinon de pouvoir travailler, vivre de leur travail, avec un minimum de décence, et d’être respectés pour le bien qu’ils vous apportent.

Vos applaudissements, quand depuis des années vous réagissiez si peu à l’hécatombe et à la désertification, sont assez mal venus.


Il est vrai que nous aussi, nous avons notre part de responsabilité : nous avons abandonné tout ce qui aurait pu vous rendre moins bêtes.

Nous avons, globalement, accepté de nous ranger où on voulait nous ranger, nous réduire : de bons petits techniciens de machines corporelles de plus en plus abîmées.


Xavier Lainé


4 janvier 2021 (2)


dimanche 24 janvier 2021

Sourde colère 4 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 1)

 




Le ressenti ment.

Mais voilà qu’à nous abreuver d’informations, le ressenti vacille et ment.


Te voici déboussolé, ne sachant plus que penser, croire, rêver.

Tu t’agites, tu brasses de l’air, tu te persuades exister dans ce mouvement perpétuel.

Tu t’oublies dans cette vague qui te submerge, t’empêche de réfléchir par toi-même.

Tu surfes juste avant de te laisser engloutir.


Les propos s’ajoutent aux propos.

Tu noircis des pages sans intérêt.

Elles sont la vague preuve qu’un jour tu fus.

Pas futé mais tu fus.


Je parle au passé, depuis cet au-delà du temps qui nous force à courir.

Courir, perdre son temps à le gagner, faire comme-ci ou comme ça, histoire d’être dans la voie conforme.

Tu oscilles entre ressenti et ressentiment.

Tu t’échappes dans les volutes d’une pensée impossible à maîtriser.

Grâce à elle tu ne tombes ni d’un côté ni de l’autre.

Que t’importe d’être lu, d’être compris ?

L’important est ailleurs : dans ce ciel noir qui couvre l’aurore de ses tristes menaces, dans les racines accueillantes d’un chêne qui t’attends quelque part.


Ça râle fort lorsqu’il faut se lever de bonne heure pour cueillir les olives.

Ça râle fort dans cet effort de se plonger ne serait-ce qu’un instant, dans notre vraie nature.

Que sommes-nous si ne savons plus nous nourrir indépendamment des marchands ?


Xavier Lainé


4 janvier 2021 (1)


samedi 23 janvier 2021

Sourde colère 3 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 1)

 




Je ne brasse pas le désespoir.

Je voudrais ensemencer la terre et ses esprits,

Arroser d’amour chaque parcelle d’humanité.

Pour que germe un grand soleil où ne dominent que brumes.


À vous qui sans cesse posez bémols sur ma partition, 

Qui modulez en mineur nos vies qui se rêvent majeures,

Je dis et clame qu’il convient de vous poser muselière,

Comme celles que vous nous obligez à porter en distillant la peur.


Son vers est dans nos fruits, nos rêves en sont tristes.

Pas un regard de gaieté où vos messages passent,

Les yeux vont fatigués d’exister et vous n’en avez cure.

Il serait temps de vous déloger de vos palais.


Vos mots sont à l’unisson de ce ciel d’hiver,

Qui de gris en noir pleure sur les premières heures

D’une année qui n’ose s’affirmer en beauté

Une fois quitté les rives détestables d’un an heureusement disparu.


Mes mots bien sur suivent les vôtres de près,

Chaque phrase dite nous plonge en telles stupeurs

Qu’il est bien difficile de surmonter leur vague

Qui nous emporte sur des récifs acérés où s’écorchent nos vies.


Il faudrait déposer gerbes de poésie au creux des esprits,

La pluie en arrache les lambeaux aux poteaux d’ennui

Où la colle du dimanche les avait déposés.

La pluie est votre alliée, le soleil notre espoir.

Vous êtes oiseaux de nuit, nous naviguons au grand jour.


Xavier Lainé


3 janvier 2021