samedi 16 janvier 2021

Entre crépuscule et aurore 30

 




Il est l’heure de nous réveiller, non pour exiger des fâcheux qu’ils nous concèdent leurs miettes, mais pour reprendre pouvoir sur nos vies déchiquetées.

Vies déchiquetées à belles dents par les rapaces.

Hôpitaux laissés exsangues. 

Médecins et soignants de ville convertis de force à la productivité.

Car il faut bien bouffer.


J’écris :

« Encore une fois, à l'origine du problème, on retrouve la démolition des structures sanitaires du pays, tant hospitalières que de ville, contraintes à des règles économiques sans rapport avec leur devoir de santé publique (le patient s'y trouve réduit à une variable d'ajustement d'un chiffre d'affaire).

On trouve ensuite l'inculture de l'immense majorité, qui sortent de l'éducation nationale, ignares et sans esprit critique.

Le terreau est là : le mensonge qui tient lieu de méthode gouvernementale, laisse la porte ouverte à la bêtise systémique et à la contestation stupide des gestes utiles contre Covid contre toute autre épidémie, au lieu de contester le système qui tire profit de cette crise (la bourse de Paris affiche un résultat formidable pour les actionnaires du CAC 40 pour qui la santé des gens n'est qu'un détail).

Et ils s'imaginent le crime parfait, ignorants qu'ils sont du rôle de l'histoire dont la roue tourne et parfois, avec le temps, éclaire d'une lumière crue le rôle disruptif des "élites" autoproclamées. »


Fort peu de poésie.

Le temps ne s’y prête guère.

Il faudrait pouvoir trouver ne serait-ce qu’un peu de légèreté.

Or, au contraire, l’atmosphère demeure pesante, à la limite du supportable.

Toujours ce rouleau compresseur des peurs entretenues.


Voudrais bien trouver l’île déserte où prendre refuge.


Xavier Lainé


28 décembre 2020


vendredi 15 janvier 2021

Entre crépuscule et aurore 29

 




L’oeuvre à accomplir est gigantesque.

Il faudra mettre toutes nos intelligences à contribution, dresser l’inventaire de nos savoirs multiples, parfois divergents pour engager les actions communes. 

Nous arrivons au bout de l’expérience d’une délégation de pouvoir qui nous dépossède.

A trop attendre le sauveur suprême nous finissons nus et tremblants.

Isolés et séparés, nous voici proies rêvées pour les propagandistes de la peur.


L’oeuvre à accomplir est gigantesque.

Il nous faut apprendre, au jour le jour, à ne plus craindre cet autre qui nous est semblable.

Il nous faut décrypter ses trésors enfouis.

Découvrir en lui sa part de solution au problème que nous pose un monde déposé entre des mains sales.

Trop longtemps à attendre, à nous penser impuissants.

Bien sur que, privés d’un savoir précieux nous sommes fragiles.

De cette faiblesse faisons nous force et allons chercher le savoir où il se trouve.

Son partage et sa transmission nous est du.

Aucun lieu de savoir n’appartient à celui ou celle qui prétend le détenir.

Le partage est de règle en territoire d’humanité.

C’est ainsi que nous avons survécu depuis des millénaires.

C’est ainsi que nous survivrons encore aujourd’hui.

Notre survie réside en un mot : solidarité.

Notre devoir est de fraternité.


L’oeuvre à accomplir est gigantesque.

Pour nos enfants, nos petits enfants, renverser les statues sera notre legs.


Xavier Lainé


27 décembre 2020


jeudi 14 janvier 2021

Entre crépuscule et aurore 28

 




Je sens , je vous sens, vous, mes contemporains qui peu à peu doutez du vrai asséné comme un dogme, brûlant sur l’autel de malheureux profits, l’art de grandir humains.

Nous n’en avons pas fini.

Il va falloir apprendre à faire du tri, déterminer ce qui est essentiel et ce qui ne l’est pas.

Non comme certains pensent, mais selon ce que nous sommes encore capables de ressentir.

Réactiver les liens qui nous ont rendus dominants et qui sont à la peine sous ce culte de la domination.

Ouvrir les portes d’une vie solidaire, réapprenant le sens de l’entraide dans des communautés ouvertes.


Constatant la rigidité des modèles acquis, nous devrons apprendre la souplesse de vivre en mouvement.

Ne rien arrêter de ce souffle nécessaire.

Nous habitons une planète finie et n’en aurons jamais d’autre de rechange.

C’est ici qu’il nous faut réapprendre à vivre, nous réapproprier les beautés du passé, imaginer notre futur pour cultiver notre présent.


Un travail de titan nous attend.

Nous ne serons jamais de trop pour ce grand oeuvre à venir.

Penser hors des sentiers déjà balisés.

Ouvrir la puissance de nos rêves et créer les ponts vers un réel qui n’interdira plus aucune utopie.


Briser les chaines qui nous brident.

Ouvrir nos portes à tout humain qui se présente et ensemble accueillir la variété des espèces pour en protéger la vie.

En protégeant chaque battement de coeur, nous apprendrons à grandir.


Xavier Lainé


26 décembre 2020


mercredi 13 janvier 2021

Entre crépuscule et aurore 27

 




Alors voilà, nous y sommes.

Ce fut une explosion de « joyeux Noël » en veux-tu, en voilà.

Ce fut.


C’était hier, bien sur, comme il y en eut tant d’autres.

Marie Cosnay écrivait :  

« Dans la mer d'Alboràn, en ce moment-même, 130 personnes, en 5 embarcations, parties d'Algérie, sont en danger. Trois embarcations repérées par Salvamiento : des sauvetages sont en cours. Tant de disparus depuis des mois. La politique d'immigration européenne, les frontières fermées, l'absence de visa, les différentes crises, la cupidité de certains passeurs, tout est un désastre et coûte la vie de tant de jeunes hommes. Pour notre plus grand désespoir. »


Alors quoi, joyeux Noël ?

Quel cynisme nous pousse, repliés en nos petits intérieurs douillets, confinés et soumis, à répéter machinalement les invocations d’un passé révolu, sans l’ombre d’une question ?


Vous pouvez, vous ?

Moi, non.


Ma poésie se réveille avec la gueule de bois.

Non d’avoir trop bu, mais d’avoir trop retenu ma colère.

Outrage répété au message même de bonté et de chaleur humaine par ailleurs entonné sans même y réfléchir.

Quelque chose se brise chaque jour un peu plus dans le déroulement du temps.

Je cours après cet objet sans existence, comme vous tous.

Parfois je m’en veux de ne savoir faire plus qu’écrire pour panser les maux d’un siècle désolant d’indifférence.


Xavier Lainé


25 décembre 2020


mardi 12 janvier 2021

Entre crépuscule et aurore 26

 




On y croit, à la caricature du fasciste d’hier, petite moustache et mèche furieuse, discours arrogant et agressif.

Il en est qui cultivent cette image, qui en véhiculent les délits.

Il en est aussi qui combattent à juste titre cette honte qui avance à visage découvert.


Tandis que les avatars du passé avancent et détournent notre attention, les véritables se cachent sous les ors de défunte République.

Bien sur ils ne se diront pas racistes, ni xénophobes, ni homophobes, ni…

Ils ne se disent pas. Ils se cachent sous des discours mielleux.

Ils ont la perversité de ne jamais dire vraiment qui ils sont.

Ce n’est qu’une fois au pouvoir qu’on découvre avoir voté pour la peste brune.


Regardez bien désormais les ressemblances.

Rien de la mystique odieuse aux relents rances d’un passé sanglant.

Rien dans le physique, ni dans la glorification de la force.

Non, ils avancent en nous caressant dans le sens du poil.

Il s’agit d’abord de nous apprivoiser pour obtenir suffrages.

Puis de détourner l’attention sur les vilaines résurgences d’un passé honnis.


Mais en sous-main on tisse la toile.

Une fois toute contestation empêtrée dans les filets d’une rhétorique indigeste, on peut détruire toute idée qui ne soit pas agréée.

Puis, un beau jour on se réveille avec la gueule de bois d’un apartheid dont nous n’avions pas idée.

Que tollé se soulève et on ajourne la décision. On ajourne, on ne renonce pas. Le fascisme soft avance avec la peur, nous impose le masque et la séquestration volontaire.


Xavier Lainé


24 décembre 2020


lundi 11 janvier 2021

Entre crépuscule et aurore 25

 




Je me nourris de silence.

C’est ici qui viennent résonner vos présences.

Au creux de l’hiver, je cultive les mots doux.

Je les tiens au chaud pour la belle saison.


Tandis que vont les fossoyeurs de vie, j’arpente en solitaire des pistes sans avenir.

Bien contraint de constater l’échec, je l’espère encore, momentané, de toute velléité de changer les ressorts du monde.

Je me heurte à ce mur.

Je ne peux me défaire de cette vision : le monde d’hier dans toute l’étendue de sa tragédie, et celui d’aujourd’hui qui poursuit l’oeuvre mortifère.


Qu’ai-je loupé ?

Que n’ai-je vu venir qui justifie que d’un siècle à l’autre persistent ces stigmates à vif ?


Peut-être mon esprit s’est-il englué dans cette négativité commune.

Peut-être suis-je comme vous dites, puisque je ne peux m’empêcher de penser que nous aurions pu vivre autrement et mieux.

À voir l’acharnement à détruire de vos élus (pas les miens, je peux, au moins pour ça, dormir tranquille), au sein même des miens on me dit complotiste.

Plus moyen de critiquer, plus moyen de s’extraire de cette gangue terreuse où chaque jour nous enfonce.

J’en suis éreinté, comme vous, comme beaucoup.

D’autant plus éreinté que certains se la joue détaché.

On dirait que rien ne vient interrompre leur fausse joie.

Car ça sonne faux, bien entendu, ça sonne faux.

Que faire de ce déni qui nous conduit au pire ?


Xavier Lainé


23 décembre 2020


dimanche 10 janvier 2021

Entre crépuscule et aurore 24

 




Nos refus ne sont guère entendus.

Car d’autres savent mieux que nous ce qui nous convient ou pas.

Demain nous irons, vaccinés car suspectés d’être malades, avec carnet dûment estampillé, vers les check-points de leur monde idéal.

Les autres, les rebelles, les moutons noirs, les insoumis, devront se contenter de demeurer en deçà des barrières d’un monde devenu fou.

De quel côté trouverons nous la raison ?


Voici qu’elle chavire, notre raison, à ne plus savoir de quel côté pencher.

Dans cette dérive incontrôlée et incontrôlable de ceux qui prennent pouvoir sur nos vies, la seule raison serait la leur.

Ce que nous avons refusé hier, dont nous avons dressé mémorial des crimes abominables, s’infiltre à bas bruit dans nos intimités.

Ils ont compris que les meilleurs crimes devaient être commis à l’abri des intelligences.

Mais contrairement à leurs mentors du XXème siècle, ils ont fait le choix de suivre Brecht et de supprimer les intelligences.

Ou, du moins, d’en brouiller suffisamment les consciences pour que plus personne ne sache de quoi il en retourne.


Ainsi peuvent-ils boursicoter en paix, loin des regards indiscrets.

Ainsi peuvent-ils mettre en pratique l’eugénisme autrefois honnis.


Nul ne protestera puisque nul ne sera en mesure de comprendre.

Plus besoin de camps trop voyants, ni de miradors, ni de gardiens imprévisibles.

Leur idéal de société se répand dans l’indifférence et l’ignorance répandues.

Trouverons-nous les mots pour franchir le cap de cette nuit qui s’installe sur nos esprits ?


Xavier Lainé


22 décembre 2020