lundi 4 janvier 2021

Entre crépuscule et aurore 18

 




Ils pourront toujours faire de vibrants discours.

Ils pourront toujours nous parler virus, vaccins.

Ils pourront toujours se présenter, visage ferme.

Ce qu'ils font a ce visage là : celui de la misère.


"Est-ce ainsi que les hommes vivent ?"


On pourra toujours détourner le regard.

On pourra toujours lancer petite phrase assassine.

On pourra toujours du haut d'un maigre confort,

Regarder l'autre comme un ennemi


« Est-ce ainsi que les hommes vivent ? »


Leur crise crée notre misère.

Leur crise nous fait ombre parmi les ombres.

Leur crise est notre joug

Leur crise est le boulet et la chaine de notre esclavage.

Il est temps de ne plus accepter de vivre ainsi.

Il est temps de briser les chaines.

Ce pays fut si beau lorsqu’il était libre.

Il n’est plus qu’ombre au tableau de chasse

Des barbares d’un nouveau genre

Qui émargent au CAC 40 et dominent de leur bêtise

Nos ombres hésitantes et nues dans le froid 


« Est-ce ainsi que les hommes vivent ? »


Il est temps de dire non.

Vient le temps du refus.


Xavier Lainé


17 décembre 2020


dimanche 3 janvier 2021

Entre crépuscule et aurore 17

 




« À long terme, les riches ne garantissent pas leurs intérêts et ceux de leurs enfants s’ils règnent sur une société en voie d’effondrement, ils s’achètent seulement le privilège d’être les derniers à mourir de faim. » (Jared Diamond, Effondrement, éditions Gallimard, 2006)


Mais peut-être laisserez-vous de nouveau s’installer ce qui n’est pas un choix.

Au lieu de décider du meilleur, vous serez devant le dilemme : la peste ou le choléra.

Vous resterez au milieu du gué pour ne pas avoir à choisir. Demeurant dans cette immobilité vous laisserez l’une et l’autre pathologie gangrener lentement le territoire de nos libertés.

Ils vous affameront, les barbares assoiffés d’argent.

Ils vous mèneront au suicide.

Vous irez dociles sur ce chemin.


Regardez donc où nous en sommes.

Contemplez l’absurde réalité et l’enfumage permanent.

Le mensonge devenu la règle.

Du moment que les barbares puissent étendre leur nuit sur le monde, ils vous feront gober toutes les sornettes.

Le fiel de leurs discours est de vous faire passer vessies pour lanternes.


Lorsqu’un pouvoir devient déconnecté du réel, aveugle et sourd à toutes plaintes, le plus simple ne serait-il pas d’en liquider le commerce ?

Qu’attendons-nous donc ?

Combien de morts sur nos rives, sur nos trottoirs envahis par l’hiver, dans le silence de nos demeures devenues proies des sourdes convoitises.

Car les barbares, voyez-vous, vous arracheront vos tripes s’ils peuvent en tirer quelque profit.


Xavier Lainé


16 décembre 2020 (2)


samedi 2 janvier 2021

Entre crépuscule et aurore 16

 




« La compétition pour le prestige fait rarement bon ménage avec la vision à long terme.

L’immersion de l’élite dans la société oblige les dirigeants à être conscients des effets de leurs actions. » 

(Jared Diamond, Effondrement, éditions Gallimard, 2006)


C’est si long, une nuit de la pensée.

Si long lorsqu’on a vu vers où se dirigeaient nos pas et que la nuit s’étend.


Mais comment avez-vous pu ?

Comment avez-vous pu ne pas voir ?

Voir ce qui allait venir !


Etiez-vous subjugués à ce point.

Si perverse la parole qui ne dit rien de ce qu’elle dit !

Nous voilà dans une nuit qui dure.

Et c’est interminable une nuit qui dure.

Qui éteint peu à peu tous nos rêves.


Un couvercle posé sur nos mémoires.

La flamme vacillante de l’art soufflée de lèvres de maîtres.

Les braises de ce qui fut ne sont pas encore éteintes.

Ils pissent dessus avec allégresse.

Ils rêvent à l’extinction de toute espérance.


Que peuvent encore les mots lorsque le poids pèse tant sur nos lèvres cousues.

J’affrète le navire des pensées, il se heurte aux récifs de la médiocrité.

Comment pouvez-vous faire comme si vous ne saviez pas ?

Et demain où serez-vous lorsqu’il faudra choisir ?

Hésiterez-vous encore à soutenir la maigre flamme ? 


Xavier Lainé


16 décembre 2020 (1)


vendredi 1 janvier 2021

Entre crépuscule et aurore 15

 




Tu aimerais crier : « alors, c’est quand qu’on ne joue plus ? »


« Le comportement rationnel peut dicter à des élites repliées dans leur sphère des décisions nuisibles au reste de la société à l’écart de laquelle elles se maintiennent. » 

(Jared Diamond, Effondrement, éditions Gallimard, 2006)


Rien à faire le jeux s’impose.

Il t’impose le silence.

Tu n’y rentres pas.

Tu ne sais pas tricher.

Tu ne sais pas vivre hors.


Alors tu vis off, tandis qu’ils sont off-shore.

Tu tentes de vivre dans cet ombre qui t’est refuge.

Qu’importe que tes mots trouvent leur place.

Ils ont celle que la page leur assigne.

Ils ont celle que des yeux leur montrent.

Des coeurs mystérieux leur ouvrent grand les portes


C’est quelque chose d’écrire.

De t’écrire, d’écrire pour toi, inconnu de passage.

Comme si les mots jetés sur la page devait suivre une étrange pente.

Suivre un chemin creux de cet endroit précis où mes pensées s’envolent, la page se faisant réceptacle de mes rêves.


C’est un acte de résistance posé sur les paupières du crépuscule.

Une manière de contester le pouvoir des élites repliées dans un éther d’où nos vies sont abolies.

Que vos yeux s’arrêtent un instant  sur ces lignes, et nous voici solidaires devant ce monde qui nous voudrait isolés.


Xavier Lainé


15 décembre 2020


jeudi 31 décembre 2020

Entre crépuscule et aurore 14

 




Ils voudraient nous extirper contre notre gré de toute humanité.

Quoique, contre notre gré, pas si sur.

Sans énergique protestation, nous serions plutôt consentants.


Qu’une minorité agisse ne fait que souligner la culpabilité des consentants.

Ce silence assourdissant qui bât au rythme des peurs générées.


Ce silence est troublant qui se fait symptôme d’une souffrance à bas bruit.


« Si une chose perçue suscite en vous une émotion douloureuse, elle sera inconsciemment supprimée ou niée afin d’éviter cette douleur, angoisse ou peur, quitte à ce que le déni conduise à des décisions désastreuses. » 

(Jared Diamond, Effondrement, éditions Gallimard, 2006)


Nous en sommes là : au déni et aux décisions désastreuses.

Ainsi peut s’expliquer le silence pesant, les regards apeurés sous les vains masques.

Tu marches seul sur des trottoirs glacés : de qui te protèges-tu en ne montrant pas ton visage ?

Etrange alchimie qui lentement distille la bêtise, l’absence de réflexion, de pensée (le gros mot est lâché).


Nous marchons, dans une aurore aussi blafarde que nos visages absents.

Fantômes d’un temps où nous avions l’ambition de devenir toujours mieux humains.

Absents à nous même sous ce joug viral si facile à manipuler.

Esprits fragilisés de devoir survivre au lieu de vivre, nous voici proies faciles aux angoisses malignement distillées.

Tu crois encore en l’aurore, c’est pour ouvrir les yeux sur une nuit orchestrée.


Xavier Lainé


14 décembre 2020


mercredi 30 décembre 2020

Entre crépuscule et aurore 13

 




« Le capitalisme ayant déréalisé le réel est en cela devenu psychotique lui-même. Il n’a pas seulement perdu l’esprit : il a perdu la raison. »

Bernard Stiegler, Dans la disruption, comment ne pas devenir fou ? Éditions Les Liens qui Libèrent, 2016


Te voilà coincé.

La nuit est sans fin.

Un éternel solstice d’hiver, ils t’offrent un éternel solstice d’hiver.

Tu aurais cru pourtant, de pavés en pavés battus de milliers de pas, sortir de l’hiver, sortir de la nuit.

Une clarté blafarde parfois anime ton regard.

Elle s’éteint très vite sous l’injonction de cacher ce visage qu’ils ne sauraient voir.


Un sourire, sais-tu ?

Juste un sourire, juste un baiser, ce petit geste qui réchauffe l’âme engourdie d’avoir trop attendu.

Elles sont si froides les branches nues.

Elles ne cachent plus l’ombre secrète des oiseaux.

Elles tremblent sous la caresse glacée d’un vent tumultueux.

Tu trembles à leur unisson.


Plus rien qui relève de l’esprit ne trouve grâce.

Ils veulent nous imposer le silence de la mort.

Ils veulent nous apprendre à dompter nos tendresses.

Ce sont des tue-l’amour qui gouvernent nos existences.

Leur visage impassible tient d’une plastique irréelle.

Pas une émotion, pas une empathie, rien qui puisse transpirer de leur attitude.

Ils sont sortis de notre humaine condition.


Xavier Lainé


13 décembre 2020


mardi 29 décembre 2020

Entre crépuscule et aurore 12

 




De mise en ordre en rangement, voici que surgissent d’une longue nuit les traces.

Ce sont preuves écrites d’une vie d’avant qui flambait encore sous le nom d’enthousiasme.

Voici le mot bouclé, éreinté sur l’autel des nécessités.

Tu ne vis plus, tu gagnes chaque jour un jour de plus à survivre.


Ecrire est le dernier filin qui te relie au vaisseau terre.

Tu ne sais pas quoi en faire, mais il est bien là, le fil.

Il te tient depuis si longtemps qu’il envahit tout l’espace et que tu n’auras pas assez de ton restant de vie pour y mettre un peu d’ordre.

Malgré tous tes efforts, il t’en échappe toujours des fragments.


Parfois les mots retrouvés se font couteau dans ta plaie de survivre.

Tu aurais aimé qu’il en fut autrement.

Tu en as tellement rêvé d’une vie tendre et paisible où l’art trouverait toute sa place.

Tu ramasses, en milliers de pages éparpillées, les fragments de ton espérance.


Toujours tu te seras heurté à ce monde.

Toujours tu auras tendu tes mains fiévreuses au secours de toutes les souffrances.

Toujours tu seras resté, au crépuscule de tes jours, sur ta faim d’humanité.


Ce monde s’est spécialisé dans la fabrication des monstres.

Ceux-là qui exigent, vitupèrent, revendiquent, rien que pour eux, toutes formes d’existence, sans rien donner.

Ce monde ne sait plus ce qu’est le don, le don de soi, l’oubli de soi pour offrir mots en partage.


Xavier Lainé


12 décembre 2020