vendredi 25 décembre 2020

Entre crépuscule et aurore 8

 




C’est là tout notre héritage.

Une immense régression dont nous ne voulions pas.

Nous avons lutté, savez-vous.

Le monstre avait tant de têtes et la peur fut immense.

La peur et l’isolement.

Nous n’eûmes point assez de bras, de mains, d’intelligences pour venir à bout de l’hydre.


Non que nous nous soyons avoués vaincus.

On n’affronte pas le dragon de l’ignorance institutionnalisée à mains nues.

Il aurait fallu des armes.

Le ver dans le fruit gagnait en force et nous en faiblesse.

Chaque fruit infecté par le virus du découragement était un point marqué pour les monstres.

Ils avançaient à bas bruit, ne nous laissaient aucune chance.

Ils gangrenaient notre propre culture, la vidait de tout sens.

Ils vidaient les mots eux-mêmes de leur signification.


On ne construit pas un monde à dimension humaine sans intelligence.

Il leur fallait des imbéciles.

Ils ont tout mis en oeuvre pour façonner les esprits à leur service.

Qu’un jour un seul le couvercle immonde soit soulevé, ce fut un déchainement ignoble de violence.

Ils se terrent désormais en leurs palais et montrent leur vrai visage.

Le masque du bon bourgeois avenant s’est fissuré devant la montée des « riens ».

Ils se montrent au grand jour : ils ont le mufle court des dictateurs de tous les temps.

Ils avaient parié sur l’idiotie, mais la faim finit toujours par renverser la tendance.


Xavier Lainé


8 décembre 2020


jeudi 24 décembre 2020

Entre crépuscule et aurore 7

 




« Par la dénégation, nous, les démoralisés que nous sommes tous plus ou moins, tentons cependant de garder le sommeil — et ce qui l’accompagne de rêves —, mais nous dormons et rêvons de moins en moins. » (Bernard Stiegler - Dans la disruption, comment ne pas devenir fou ? Éditions Les Liens qui Libèrent, 2016)


Avec ses millions de pauvres et de laissés pour comptes, est-ce bien ton monde ?

Est-ce bien le mien, le nôtre, celui qui nous réconcilierait avec nos rêves ?


Ma génération pourtant n’a cessé d’y croire.

Ce n’était hélas que croyance dans un monde coupé en deux et qui finirait par se réunifier mais sous l’égide du pire.

Pourtant nombreux, nos mots n’eurent aucune influence sur le sort du monde.

De coup d’Etat et fausses démocraties, regarde en quel pitoyable manège nous avons été étourdis !


Adoptant les formes du passé comme lois immuables, prisonniers de dogmes sans fondement, les malins qui tenaient les cordons de la bourse riaient !

Ha ! Comme ils riaient de nous voir, comme papillons de nuit, brûler nos ailes aux lumières des « -ismes ».

Puis retomber dans l’ornière de nos petites familles bien sages, de nos petites maisons achetées à force de crédits, hypothéquant nos vies avant même de les avoir vécues.


Pitoyable spectacle qu’une génération enfermée dans l’impasse.

Pitoyable image que nos échines lentement courbées sous le joug de la sainte consommation.

Pitoyable résultat obtenu sous les coups des forces du désordre.


Xavier Lainé


7 décembre 2020


mercredi 23 décembre 2020

Entre crépuscule et aurore 6

 




Tu vis ou tu fais semblant ?

Ce serait quoi, vivre, pour toi ?

As-tu une idée, même minuscule, du monde qui serait tien ?

Un monde qui te permettrait de vivre pleinement ?

Ce serait quoi, pour toi, vivre pleinement ?

Ce serait quoi, dis, ce serait quoi ?


De quels rêves te souviens-tu ?

T’arrive-t-il encore de sentir ton esprit errer à la surface de ce temps glauque, partir vers un ailleurs respirable ?

Que serait un monde respirable, pour toi ?

Que serait un monde libre pour toi ?

Juste un monde qui te permettrait de consommer jusqu’à l’ivresse ?

Un monde où il ferait bon aimer et s’aimer librement, sans la crainte des jugements ?

Un monde corseté et avide, qui te laisse épuisé à chaque crépuscule, douloureux en chaque aurore ?

Un monde qui te voit t’user au fil du temps et vieillir seul dans un établissement sans humanité ?


Ce serait quoi, ton utopie ?

Saurais-tu t’autoriser à t’en construire une ?

Ton monde utopique finit-il vautré devant des télévisions toujours plus avilissantes ?

Ton monde, se déclinerait-il en longs cortèges de caddies dans les supermarchés du désespoir ?

Ton monde te traiterait-il de « rien », de chose remplaçable, d’individus prêts à mourir car non « rentable » ?


Regarde donc celui-ci, aurais-tu encore la force de le regarder ?


Xavier Lainé


6 décembre 2020


Filigranes 106

 


J'aurais aimé vous offrir ici la version PDF de ce beau numéro de Filigranes qui paraîtra en version papier début janvier. Mais voilà, le culte de l'image étant roi, impossible de joindre le document : merci Blogger !

Si toutefois vous souhaitez vous joindre à la revue, la soutenir, vous y abonner, y écrire, c'est ici : Filigranes la revue

Et puis, si par hasard vous arriviez à vous la procurer, vous trouverez entre les pages un nouveau texte de votre serviteur, car heureusement, l'écriture, elle est un espace de liberté qui n'obéit à aucun confinement.

Xavier Lainé

23 décembre 2020


mardi 22 décembre 2020

Entre crépuscule et aurore 5

 




De quoi saurais-je être encore porteur en ce monde ?

Quelque chose a failli en nos vies.

Toute une génération incapable d’imposer l’autre monde dont elle rêvait.

Anéantis par le néant abyssal ouvert derrière nous, aurions-nous encore le moindre mot d’encouragement ?

Pardon aux enfants, pardon aux générations suivantes, à celles qui vont arriver, une fois notre dernier tour de piste effectué sous les huées.


Nous n’avons rien vu venir.

Nous avons manifesté sans rien voir.

Sans rien voir de l’héritage absurde ni des discours vains.

Marx et Engels érigés en dieux au panthéon de l’avenir, nous brandissions nos pancartes dans un monde figé d’avance.

Un mur se dressait et nous n’avions pas d’échelle pour voir au-dessus.


Nous sentions bien pourtant l’impasse et le mur.

Un jour, nous l’avons démoli, ce mur bien réel, sans voir qu’il n’était que le couvercle d’une boite de Pandore terrible.

Nous n’avions pas la hauteur de vue.

Il n’est resté que l’impasse.

Nous n’avions ni hauteur de vue, ni moyens de dépasser les outils propres à laver les cerveaux.


Nous avons brisé le mur.

Nous avons cru au symbole d’un homme noir entrant en Maison Blanche.

Nous avons avalé toutes les couleuvres d’un monde livré aux plus grossiers appétits.

Une génération s’est perdue dans les filets d’un nihilisme tournant à la farce.

À la farce si celle-ci ne se chiffrait en million de victimes.


Xavier Lainé


5 décembre 2020

lundi 21 décembre 2020

Entre crépuscule et aurore 4

 




J’ai entendu ta voix.

C’était lorsque mon regard croisait celui d’une lune descendante.

Il faisait beau, je t’assure.

Comment deviner les larmes du matin, dans un crépuscule radieux ?


J’ai entendu ta voix.

J’aurais aimé savoir t’ouvrir mes bras.

Je n’ai pas osé.

Je n’ose plus.

Trop peur de te froisser, de t’offenser.


J’ai entendu ta voix.

Elle coulait dans ma gouttière au lever du jour.

Elle tombait en fines gouttes sur les fenêtres de mon toit.

Elle roulait aux caniveaux d’un temps qui ne sait plus rien.

Plus rien de l’amour, plus rien de la douceur, de la tendresse, de l’insouciance.


J’ai entendu ta voix.

Il est si doux et tendre cet espace de nuit où laisser s’affairer nos rêves.

Il est si doux d’imaginer encore l’amour, debout dans le nu d’un petit jour radieux.


Je t’ai si souvent rêvée.

Je t’ai si souvent aimée.

Je t’ai si souvent, mais en rêves seulement, comblée.

Pour de vrai je n’ai jamais su.

Je me suis toujours replié sur mes doutes.


La vie s’est écoulée par désespérantes bouffées d’amour sans lendemain.


Xavier Lainé


4 décembre 2020


dimanche 20 décembre 2020

Résistance poétique - Acte 6

 

Qu'importe que le temps soit gris, si nos humanités s'affichent en cortège de poèmes.

C'est tout un territoire libéré dans l'envolée des mots.

Et s'il n'en était qu'un seul à s'arrêter pour lire, voici que la petite flamme du "non essentiel" reprendrait de sa vigueur.

Xavier Lainé

20 décembre 2020