mardi 15 septembre 2020

Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 30

 



Ouvrez donc les yeux !

Regardez bien ces oligarques autoproclamés maîtres du monde.

Qui ne copulent qu’entre eux sur des matelas d’arrogance et de dollars.

Vous ne les croiserez nulle part.

Ils sont la preuve formelle des mondes parallèles.

Le leur ne rencontre jamais le nôtre.

Ils vivent à des altitudes d’opulence qu’aucun ne pourrait imaginer.


Ouvrez donc les yeux et voyez !

Cette infime minorité qui font d’un Etat prétendu démocratique rempart.

Ils usent de toutes les protections, échappent à toutes formes de justice.

Ils n’ont besoin d’aucune corruption pour frayer à l’ombre de leurs banques.

Ils sont la corruption incarnée qu’ils transmettent via leurs gamètes à leur progéniture argentée.


Ouvrez grand vos yeux, vous qui frileusement errez masqués.

Ce que veut cette poignée de parvenus, c’est votre effacement.

Vous étiez le peuple, ils vous veulent couchés.

Vous étiez l’incarnation d’un pays fier d’avoir inventé déclaration des droits de l’Homme, ils usent du pouvoir usurpé pour vous démettre de tout pouvoir.

Vous étiez fiers de vos conquêtes, mais aviez oublié que rien n’est définitif tant que système à leur service se perpétue.


Vous aviez oublié que rien n’est jamais acquis à l’homme de la rue.

Aucun de leurs prédécesseurs n’a jamais ouvert sa bourse avec grâce.

Négocier le poids des chaînes ne libère personne de l’esclavage.


Regardez donc l’évidence, et tirez en conclusions réfléchies.


Xavier Lainé

29 août 2020 (2)



lundi 14 septembre 2020

Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 29

 



Sous régime de bourgeoisie triomphante, il ne fait pas bon écrire qu’il serait temps d’en accélérer la ruine pour passer à autre chose.

Distinguons cependant au sein même de ce clan triomphal, ceux qui en engrangent les dividendes et ceux qui aident les premiers à faire leurs vendanges.

Les premiers ne se mêlent pas au second et encore moins au peuple des riens.

Ceux-là ne savent d’ailleurs même plus le montant de leurs possessions.

Il faut des riens conscients pour découvrir qu’à eux seuls, ils ont quatre vingt dix pour cent des richesses de la planète.

Viennent ensuite ceux qui leur facilitent la tâche.

Ceux là se chamaillent pour savoir qui est de droite (donc franchement serviteurs des premiers) ou de gôche (ceux qui veulent bien contester mais pas trop, et surtout sans remettre en cause les dogmes du système).

Les uns comme les autres ânonnent quelques citations d’auteur en vogue, comme bréviaire perpétuant le monde tel qu’il est.

Les un pour cent ne lisent que très peu, ne sortent qu’entre eux, ne côtoient que les écrivains ou artistes en majuscule admis à entrer dans leurs cénacles.

Les autres, vous les voyez dans tous les festivals, passant des vacances studieuses et culturellement enrichissantes (pour les un pour cent, financièrement parlant).

De droite comme de gôche, ils méprisent les pauvres riens qui n’ont pas les moyens de s’offrir un livre, ont vécu de rupture en rejet tous les grades de la marginalisation sociale.

Ils vont parfois, comme punaise des bonnes oeuvres, faire la lecture aux enfants « déshérités », histoire de se ménager bonne conscience, qui à la messe du dimanche, les autres, dans les réunions entre gens biens comme il faut qui étudient comment « réformer » le système sans imaginer qu’ils puissent en inventer un autre.


Xavier Lainé

29 août 2020 (1)



dimanche 13 septembre 2020

Pour ne pas rester muet (total soutien aux réfugiés de Moria et aux justes qui leur viennent en aide)

 

Photographie : AFP, 9 septembre 2020


Mes yeux ne peuvent se fermer tant que Moria brûle.

Mes yeux ne peuvent regarder la mer tant que nagent entre deux eaux les cadavres dédaignés.

Mes yeux ne peuvent s’en remettre de contempler les barbares à l’oeuvre.

Mes yeux suivent les justes qui tendent la main et accablent les monstres et leurs matraques d’infamie.

Mes yeux embués de larme, plongent au creux des vagues, cherchent dans cette nuit les corps meurtris de toute humanité.

Mes yeux ne peuvent se fermer et quand ils se ferment, ils voient encore les flammes, les bombes et le sang.

Mes yeux vont de Palmyre à Bagdad au pas des réfugiés en leur éternelle errance.

Mes yeux lisent l’injure des barbares et leur cynique indifférence.

Mes yeux pleurent sur Moria comme ils pleurent sur tous les continents.

Mes yeux suivent la longue cohorte des justes devenus proie sous l’indigne discours justifiant le pire.

Mes yeux ne peuvent se fermer sur la nuit inhumaine répandue de mains sans âme.

Mes yeux cherchent vers où tendre mes mains, ouvrir mes portes, oeuvrer à la grandeur de l’Homme où les barbares au pouvoir ne sèment que la honte.

Mes yeux ne quittent pas Moria, Lesbos et Mythilène : un jour mes ancêtres ont suivi ce même chemin.

Mes yeux les voient pliés sous les bagages, fuyant l’avance des barbares d’un autre temps, qui eurent même visage que ceux d’aujourd’hui.

Mes yeux pleurent, grands ouverts sur le cimetière marin où se noient les espérances.

Mes yeux ne quittent pas les flammes, mes oreilles les cris, étouffés sous le poids des forces du désordre.

Mes yeux ne pleureront jamais assez pour nous laver de cette infamie.


Xavier Lainé

13 septembre 2020


Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 28

 



On autorise, certes, les critiques feutrées au nom de l’apparence de démocratie.

On autorise ce qui ne dit rien de l’impérieux besoin d’air.

On autorise l’un, on interdit l’autre.

Ou plutôt qu’interdire, on laisse le soin à l’oubli d’accomplir son oeuvre.

Il y a pensée et Pensée, Poésie et poésie.

Dans le classeur raisonnable de bonne bourgeoisie, il faut des majuscules sinon rien.


Pour la bonne conscience certes, on ne censure pas tout le monde, seulement ceux qui ne sont pas issus du sérail, qui n’ont pas les diplômes ad hoc, les riens qui voudraient prendre la parole et se faire entendre, faire entendre d’autres discours, d’autres manières de causer, autrement que le petit doigt en l’air, sur les canapés, sous les ors de moribonde République.

On ne censure pas tout le monde, juste ceux qui ont tellement pris l’habitude de se taire qu’ils ne se dérangent plus pour rien, puisqu’ils sont exclus de ce monde qui parle de culture, de poésie, la bouche en cul de poule, juste pour faire chic.

On ferme la gueule de ceux qui revendiquent de ne pas être des amuseurs, mais des ferments, avec les mots propres aux dépossédés de la terre.


Les mots de la colère roulent dans les souterrains où la liberté gronde encore un peu.

Que les bourgeois accaparent tout, mettent la main sur le plus intime des cris ne changera rien.

Un jour la parole sera aux damnés. 

Elle a déjà jaillie, jaune de colère autour des rond-points qui virent sauter le verrou de la parole.

« Fin du moi, début du nous », disaient-ils.

Le couvercle d’un virus posé n’a fait que reporter l’échéance.


Xavier Lainé

26-27 août 2020



samedi 12 septembre 2020

Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 27

 



Idéal/Idéologie/Dogme, c’est temps de grandes confusions.

De grandes négations, aussi.


Foin de tout ceci et parlons d’autre chose.

Au jardin d’acclimatation du capitalisme définitif, n’existe plus rien sinon son dogme universel.

Fi de tout idéal qui viendrait prouver l’impérieuse nécessité de passer à autre chose.

Loin des yeux et de l’intelligence toute forme de critique tendant à prouver la criminalité du régime omnipotent et omniscient.

Vous devrez marcher au pas cadencé des impératifs financiers de la minorité.

A défaut, vous rentrerez dans le rang à grands coups de matraques.


Qu’est donc pays sous cette domination sans partage ?

Sinon prison à ciel ouvert où le monarque auto proclamé, élu de justesse par trafics d’influences, décide de tout.

Sinon bagne où doivent oeuvrer les condamnés à la survie éternelle tandis que vont les clans enrichis, sur leurs yachts rutilants, faire la fête au large des côtes débarrassées des manants.


On te conteste d’avoir un idéal, surtout s’il va à contrecourant.

On te conteste toute idéologie qui ne réponde pas aux canons de la minorité agissante.

On te conteste toute imagination d’un autre monde possible au nom des dogmes de la sainte religion du fric et de l’absence d’esprit.


Ecrire la dure réalité relève du blasphème si tu n’es pas du sérail autorisé à critiquer.

Si tu veux avoir un avenir, il te faut répondre aux normes.


Xavier Lainé

25 août 2020 (2)



vendredi 11 septembre 2020

Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 26

 



Le masque serait-il posé sur la lucidité ?

Tu lis, ici et là les attentes de « gestes forts ».

Mais qu’attendre encore d’un Etat au service du capital, sinon la paupérisation accélérée de l’immense majorité ?

Y aurait-il, en plus du masque sur les nez, un bâillon sur les intelligences ?

Qui pourrait encore prétendre composer avec un système qui ne sait de l’homme que la domination et le crime !

Qui ?


Vous ?

Moi ?

Qui voudrait encore poursuivre sur cette route dont nous savons qu’elle nous mène à l’impasse ?


Il nous faut apprendre à rompre.

Il nous faut apprendre à vivre debout et à marcher hors des sentiers battus.

Inventer les outils pour trancher nos chaînes.

Balancer aux oubliettes de l’histoire, les centaines d’années vouées au meurtre et à l’esclavage.

Sortir enfin du néolithique, dirait Alain Badiou.


Travailler à cette issue serait déjà de reprendre la parole, si longtemps confisquée par ceux qui s’autoproclament nos élites.

Non que tous ne disent que bêtises, mais combien souhaitent nous accorder le droit de penser par nous-mêmes ?


Ils se disent hors de toute idéologie quand ils en ont une, celle de maintenir le système néolithique en place.

Ils nous interdisent d’en avoir une autre : celle de sortir de leur imposture.


Xavier Lainé


25 août 2020 (1)



jeudi 10 septembre 2020

Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 25

 



La vaine lucidité n'intéresse pas le monde masqué : il n'aime pas être démasqué, justement et c'est un problème d'usage de la culture. Il y a celle, fort utile à la poignée d'oligarques, qui vous détourne de vos problèmes et vous endort, et puis celle qui voudrait vous voir dûment éveillés, écrivant à votre tour le poème de votre vie !


Vivez, vivez donc, embrassez vous, ne vous laissez pas contraindre !

Prenez donc le risque de vivre et d’avoir des idéaux !

Idéaux d’amour et de fraternité, idéaux de partage et d’entraide.

A trop confondre idéal et idéologie, nous voici dans l’impasse, privés d’imaginer un monde à notre mesure.

Leur démesure qui tue toute imagination nous stérilise, nous dessèche, nous assoiffe.

Ne les laissez pas triompher, par pitié pour l’espèce qui est notre et qui ne sait rien encore de sa grandeur, lorsqu’elle sera sortie de ce temps primitif où règnent les barbares !


Il est temps de sauter par dessus les parapets qui nous emprisonnent, de scier les barreaux posés aux fenêtres de nos rêves.

La lucidité, il nous faut la chercher et la faire fructifier en milliers de mots qui seront les constellations de notre futur.

Improbables, certes, improbables instants qui nous verront réconciliés avec nous-mêmes, avec la terre qui nous donna naissance.

Pour aborder ces rives, il nous faut regarder en face les sombres stratèges qui nous conduisent au massacre.


Le crime est resté depuis des millénaires impuni car nous ne savions pas.

Pouvons nous encore prétendre ne rien voir de ce qui est ?

N’aurions-nous pas la sapience d’exiger des comptes ?

Est-ce trop demander que d’ouvrir les yeux et les coeurs ?


Xavier Lainé


23 août 2020 (2)