mercredi 9 septembre 2020

Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 24

 



C’est pourtant dans les livres qu’il t’est possible d’imaginer un autre monde.

Il te faut penser à la sortie du monde néolithique.

Ce monde qui fait de la domination une règle incontournable.

Qui diffuse dans nos biberons une image inégalitaire des Hommes, divisée en genres, richesses et pouvoirs.


Les livres sont là pour t’aider dans cette réflexion, de Badiou à Stiegler, de Foucault à Jullien.

Tant qui t’invitent à persévérer dans l’invention du monde à venir !

Un monde débarrassé de ses vieilles routines, de ses habitudes délétères qui font que la vie ne mérite même plus d’y être vécue (Stiegler).

Un monde dont nous serions capables d’inventer la seconde révolution qui soit sortie de l’ère néolithique où nous maintiennent les idéologues néo-libéraux (Badiou).

Un monde qui ferait de l’amour, de la compréhension, de la tendresse, de l’échange et du partage entre individus libres et égaux sa constitution.


Regardez bien le tri qui s’opère au sein même de notre culture, entre le spectaculaire qui vise au détournement des attentions et ceux qui oeuvrent à faire grandir l’esprit de résistance et de solidarité !

Regardez bien le monde qu’ils sont en train de construire derrière l’obligation de sortir masqués !


Demain, nous serons les indiens parqués hors de leur barbarie (Huxley).

Ou, soumis et serviles, le cerveau lavé de tout soupçon de révolte, nous serons sous le contrôle de leur big data.

C’est ce monde là qui sied aux oligarques qui à eux seuls possèdent presque toutes les richesses de notre pauvre planète qu’ils saignent à blanc.

Nous sommes donc devant l’urgence d’inventer nos nouvelles vies.


Xavier Lainé


23 août 2020 (1)



mardi 8 septembre 2020

Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 23

 



Tant soumis qu’à la fin ils se perdent.

Ils se perdent sans prendre le temps de réfléchir.


Ce qu’il nous manque ?

La beauté de l’insouciance.

La beauté de la jeunesse.


Ce qu’il nous faudrait ?

Le temps de redescendre chercher notre humanité perdue.


J’écris, mais il semble que mon écriture ne soit pas lisible.

Il me faudrait décider de ne plus rien publier.

L’acte de vanité est terrible, lorsque tu crois encore avoir quelque chose à transmettre à tes semblables.

Tu en reviens et restes muet.


Tu restes muet devant les décombres.

Tu as mis un terme à toute espérance d’amour et de flamme.

Il ne demeure dans ton sillage que flammèche éparpillées qui éclairent encore ton ciel de nuit.


Un matin frais vient qui chasse les torpeurs caniculaires.

Ta nuit s’est débattue entre vaines explications et devoirs incertains.

Tu devais enseigner mais sans savoir où ni quand, ni quoi, vraiment.

Les bureaux des décisionnaires étaient inaccessibles à tes pas.

Lorsque tu y parvenais, les autres, ceux qui ont les codes d’accès étaient déjà là et riaient de ta déconvenue.

Puisque le mot qui s’est noyé, emporté par le courant des sauvetages individuels, s’appelle « solidarité ».

Chacun pour soi dans la barque libérale et la ruine pour tous.


Xavier Lainé


22-23 août 2020



lundi 7 septembre 2020

Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 22

 



Vous avez raison : la poésie est exempte de la façon dont le monde se comporte.

Elle est ailleurs, hors, comme sont hors ceux qui nous mènent à la catastrophe.

Comme sont hors ceux qui tirent profit de nos aveuglements.

Comme nous sommes hors, lorsque nous nous laissons aveugler.


Parlons d’autre chose, regardons ailleurs, cultivons notre bien être tandis que d’autres nourrissent leur bien avoir.

Marchons fièrement en ce marché de dupes qui nous porte à nous penser seul à sauver.

L’individu désindividualisé, conforme aux normes en vigueur et décidées au fin fond d’un bureau par quelques ronds de cuir sans esprit.

Marchez donc dans les clous, braves gens !

Mais tous dans le même sens et sans regarder votre direction : le premier de cordée sait très bien où vous devez aller !

Pour ne pas se faire piquer, l’apiculteur enfume ses abeilles.

Pour ne pas…


Moi, dont les mots demeurent à l’ombre de l’anonymat, parmi les riens, je tire les mots de mon havresac.

Je les jette de la plus haute cime avec l’espoir qu’ils fassent assez de tintamarre en retombant.

Puisque Zeus ne fomente aucun orage, je précipite les mots en nuées de colère, je zèbre de leur éclair votre impensable quiétude.

Car qui pourrait se déclarer serein devant tant de sacrifiés ?

Qui pourrait sans remord, dormir sur ses deux oreilles lorsque vies ne tiennent qu’au fil de la misère ?

Qui pourrait se taire quand il faut enfin parler, clamer, hurler avec les disparus ?


Xavier Lainé


21 août 2020



dimanche 6 septembre 2020

Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 21

 



Revenir au poème pour ce qu’il a de salvateur : une parole libérée de la gangue crasseuse d’un temps sans parole.

Un temps de parole usurpée, privatisée, détournée de tout sens commun.

Un temps qui ne tient plus parole, qui s’étire en vaines promesses, en mascarades absurdes.

Mots vidés de leur espérance, au profit d’un non-dit qui fait tomber les masques.

Pas tous, et c’est peut-être pourquoi on oblige les communs à en porter un sans urgence sanitaire évidente.

Les uns tombent, les autres se figent devant le spectacle atterrant du mensonge intronisé en règle.

Nous voici tous sidérés.


Que peut bien faire le poème en telles circonstances ?

Sinon déposer des mots comme gerbes de fleurs sur la barque échouée de nos espérances.

Puis, discrètement, tisser les couronnes d’un nouveau départ sous le commandement d’autres capitaines.

Car poursuivre sous les ordres des mêmes serait vouer l’humanité à son plus strict naufrage.


Besoin d’air, besoin d’étreindre, d’embrasser, d’aimer.

Besoin de voir vos visages parfois heureux, parfois renfrognés.

Besoin d’un monde qui nous fasse grandir et non de celui-ci qui ne cesse de nous rabaisser.

Besoin de vivre quand il en est encore temps, de tomber amoureux, de rire au grand soleil, de chanter à tue tête et de dire des mots doux dans la caresse du vent.

Besoin d’écrire non pour être lu mais pour prendre parole et la tenir.

Oui, tenir parole, justement, ce que nous ne savons plus faire.


Xavier Lainé


20 août 2020


samedi 5 septembre 2020

Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 20

 



Il me faut faire état de la lassitude des peurs paniques entretenues.

Il me faut faire état de la lassitude devant les clans institués sur des clivages qui n’ont aucun sens.

Le problème est ailleurs.


Qu’un virus puisse se propager et qu’il puisse être dangereux pour les plus fragiles, qui pourrait le contester.

Qu’il faille, dès lors qu’il apparaît, se donner les outils pour éviter que ces derniers n’en soient victimes tombe sous le sens.

Pas besoin de menaces ni d’amendes pour le savoir, le sentir.

A moins que nous ayons beaucoup perdu de notre humanité.


Mais voilà qu’on gouverne des adultes comme des moutons, en ce pays,  et le berger méprise son troupeau. 

Quand on gouverne avec mépris, la peur est un recours utile.

Et il s’en trouve de média en média pour servir la soupe.


La peur.

La peur ça vous bouffe les tripes, ça vous coupe le sommeil, ça vous laisse hagard dans les petits matins caniculaires. 

La peur, ça vous crée des symptômes inattendus.

Que tu cherches à soigner, sans plus trouver à qui te fier.

Tant de mensonges tuent la confiance.

Tant de mensonges fatiguent ceux qui pourraient te soigner et ne peuvent plus le faire.


Que fait le berger ? 

Tandis que les loups rodent autour du troupeau, il profite de ses vacances.

Il profite et se vautre, petit sourire aux lèvres devant la panique générée qui ne repose sur rien, ou si peu.


Xavier Lainé


19-20 août 2020


vendredi 4 septembre 2020

Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 19

 



S’accumulent les supercheries, les tricheries, les mensonges.

S’accumulent les nuées qui ne donnent aucune pluie, comme si le temps cherchait lui aussi à nous assoiffer.

Car c’est de soif qu’il s’agit, d’une soif insatiable tant les années passent qui se ressemblent en leur art de descendre toujours plus bas, plus profond.

Tu aimerais que ça s’arrête.

Tu aimerais trouver les outils d’une pause salutaire.

Tu aimerais t’absenter et ne revenir qu’une fois les esprits enfin calmés.

C’est tempête qui toujours souffle sous le regard amusé des mêmes.

Les barbares ne sont pas où vous croyez : ils ont la main ferme sur le gouvernail des naufrages.

Ils pilotent ce Titanic social droit sur les icebergs de nos ignorances.

Que tu dénonces un instant leurs crimes, te voilà rangé du côté des théories du complot.

Mais.


Même pas besoin puisqu’ils détiennent tous les pouvoirs.

Même pas besoin : ils suffit de regarder la courbe ascendante de leurs dividendes et celle, descendante, de ton pouvoir de vivre.

Comme dans le pire des romans policiers, il te suffit d’observer à qui profite le crime.

Mais, chut !


Tu ne dois pas poser les questions qui fâchent.

Tu ne dois pas écrire qu’un jour il leur faudra rendre des comptes.

Tu ne dois pas rêver et écrire que tu souhaites leur condamnation devant un tribunal d’humanité.

Tu ne dois pas.


À trop écrire ce qui est, tu te condamnes au silence des pages impubliables.


Xavier Lainé


18 août 2020


jeudi 3 septembre 2020

Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 18

 



Faire le tri entre vrai et faux, mais comment ?

Car de mensonges en fausses nouvelles, de négations de faits avérés en informations contradictoires, qui saurait encore s’y retrouver ?

Alors la panique embrase les esprits, réduits à leur plus simple expression par un rouleau compresseur médiatique qui ne cesse de souffler le froid histoire de faire monter la température.

La véritable épidémie est là sous nos yeux : il y a ceux qui perdent tout dans cette bataille dérisoire entre pro et anti et ceux qui n’ont jamais engrangé autant de bénéfices.

Cherchez donc l’erreur.


Qu’attendre d’autre que cette calamiteuse « gestion » de la part de gens qui ont brigué le pouvoir, non comme un service à rendre à la majorité, mais pour leur propre gloire ?

Qu’attendre de cette indignité citoyenne qui confie son sort au pire, ayant perdu la boussole de la pensée dans les sables mouvants du consumérisme et de l’endettement ?

Qu’attendre donc ?


L’envie de fuir te prend pour ne plus avoir à temporiser, calmer les angoisses, atténuer les peurs.

Bien d’autres virus ont assailli l’humanité causant bien plus de morts sans que l’on s’inquiète à ce point.

Après tout, mourir fait partie du programme, la vie elle-même étant cette maladie mortelle sexuellement transmissible que les apôtres du trans-humanisme voudraient immortelles.

Quelle prétention !

Alors, juste un peu de poésie, juste une pause dans la fièvre d’un temps sans boussole, s’il vous plaît, juste un répit, une trêve, serait-ce trop demander ?


Xavier Lainé


17 août 2020