mercredi 2 septembre 2020

Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 17

 





Un jour

n'importe où

là dehors

La danse des mots

Celle des corps en attente de

Pourraient se mêler

S'emmêler

Se fondre et se confondre

Dans la musique du silence

Sous les yeux d'un public inattendu


Un jour

Il suffirait de profiter 

De l'air du temps

Des trottoirs et des places

Des terrasses à l'ombre

Ou du soleil des coeurs


Il suffirait de suivre notre soif et nos faims.

Coincés entre les murs de leurs interdits, nous crevons de la soif de créer.


Il n’est pas d’autre liberté que celle d’aller où bon nous semble sans avoir de compte à rendre.

C’est ce qui désormais nous est interdit.


Le prétexte viral n’est que prétexte et majoritaires sont ceux qui acceptent ce nouveau joug.

Lorsqu’ils se réveilleront, la dictature des médiocres aura pris son envol et sera bien difficile à déraciner.

Ils sont de ces herbes tenaces qui envahissent tous les parterres rongeant lentement les plus accortes floraisons.

Nouveaux Huns, ils ne laissent rien pousser derrière eux.


Xavier Lainé


16 août 2020



mardi 1 septembre 2020

Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 16

 



Vanité de toutes prières qui ne sont que fuites devant la réalité sordide.  Coire en des divinités, c’est fuir devant l’évidence. Tu pries, pourtant : « Jésus Marie qui êtes aux cieux, ne nous laissez pas entre ces griffes hideuses. » Pour aussitôt te rétracter : « Mais vous n’avez pas la moindre parcelle d’existence. Vous n’êtes que refuge pour les gogos qui croient encore échapper aux griffes du capitalisme fou en s’agenouillant devant vos images comme ils s’agenouillent devant leur écran, leurs réseaux « sociaux », leurs amis si nombreux qui se moquent éperdument du sort de leur voisin de palier. »


Tandis que certains prient et se retournent à la grand messe historique trafiquée du Puy du fou, la folie justement envahit toute la scène.

Tandis que certains prient et engrangent les bénéfices de leurs dérogations, les artistes lentement mais surement étouffent de ne plus avoir de scène à disposition.

Les artistes, les vrais iront dans les rues exprimer leur désappointement devant la tournure du monde. Ils seront la cheville ouvrière de la seconde révolution, la première ayant eu lieu au néolithique. (Alain Badiou)

Depuis, il n’y eut que vaines tentatives de redonner son unité à la nature humaine bafouée par les dominations.

Si nous restons seul, la cause est perdue.


Tu peux toujours t’avancer avec arrogance.

Regarder de haut qui t’a sauvé du naufrage.

Tu peux vomir sur qui te nourrit, satisfaire ainsi ceux qui t’entraînent vers les gouffres.

Tu peux.

Tu seras ainsi conforme à ce temps qui crache sur tout, détruit tout, ne construit rien sinon d’inesthétiques habitats où tes semblables s’ennuient à mourir.

Et ils meurent parfois de suicide, faute de trouver à vivre.


Xavier Lainé


15 août 2020 (2)



lundi 31 août 2020

Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 15

 




Chaque jour tu dois survivre à la médiocrité et à la vulgarité.

Alors tu ne sors presque plus, juste pour éviter les foules obéissantes et serviles qui courent de magasin en grandes surfaces et surfent sur la vague de leur consumérisme.

Tu tentes en vain d’échapper aux discours ronflants mais infondés, aux injonctions paradoxales qui ne visent qu’à perdre un peu plus les esprits déjà égarés.

L’affaire bat son plein, devant tes yeux effarés : la dictature soft étend son règne, contrôlant tout jusqu’à ton intimité.

Plus question de faire l’amour sans visière, masque et précautions de distances, alors on ne fait plus l’amour, on s’évite soigneusement.

Extension du domaine de la déconstruction.


Les liens déjà vacillant s’effilochent au fil des ondes.

Dans ce désert sans humanité, il te prend de souhaiter être atteint, que le virus t’emporte ou que l’effondrement climatique s’envenime et mette fin à ce cauchemar.

Il ne reste plus rien de tes rêves sinon à l’état de rêve dont ils n’ont jamais pu sortir.

C’est même le pire de tes cauchemars qui ne cesse de se réaliser sans qu’aucune grenouille ébouillantée ne cherche à s’évader de cette gigantesque prison qu’est devenu le monde.


A la violence symbolique s’ajoute désormais la vraie violence : on s’insulte entre pro et anti port du masque obligatoire.

On s’étripe au nom de divinités dont nul ne saurait attester l’existence.

Au nom de l’économie de quelques uns on tue un peu partout pour des questions de rentabilité.

L’horreur touche au sublime raffinement de la déchéance.

On se prendrait presque à rêver qu’une extinction serait la bonne solution.


Xavier Lainé


15 août 2020 (1)



dimanche 30 août 2020

Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 14

 



La première des incivilités donc, c’est celle qui consiste à ne prendre soin que de sa petite personne, sans la moindre attention au triste de sort de nos contemporains.

Ceux qui se retrouvent dépossédés de tout, de leur histoire comme de l’Histoire, qui traversent l’époque pliés sous le joug de la précarité vous en remercieront.


Dépossédés, désindividualisés, hagards sous les coups d’un sort qui n’est lié à aucun hasard, mais bien orchestré de main de maître par les néo-barbares, ils iront leur chemin de survie.

Que reste-t-il à l’homme une fois la culture éteinte ?

Car il s’agit bien de ça : à trop survivre, c’est la curiosité, la soif d’apprendre qui se meurt.

Dès lors s’épanouit le passage à l’acte, plus aucune retenue ne peut empêcher la violence de s’exprimer.

Aveuglés de haine de soi, franchir le pas est simple : il suffit de cogner.


Ils cognent alors, les héritiers des bourreaux.

Les barbares engendrent leurs semblables.

En semant le chaos, ils espèrent lever les armées à leur ressemblance.


Nous devrions ne rien dire ?

Poètes nous devrions contempler l’étendue du désastre sans mot dire.

Sans maudire ces apprentis sorciers au ventre rebondi de dollars qui manipulent de leurs médias achetés les plus miséreux qui vont s’entretuer au nom d’un dieu auquel ils ne croient pas plus que leurs maîtres.

Qu’il soit Allah ou la finance, c’est toujours au fond le même spectre qui anime la violence.

Les poètes auraient tout de même à écrire sur ce glissement dangereux vers le pire.


Xavier Lainé


13-14 août 2020


samedi 29 août 2020

Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 13

 



Lire et écrire, c’est dérouler les maillons d’une chaine qui puise au plus profond de notre humanité.

A chaque livre ouvert et lu, la chaine remonte.

A chaque ligne écrite, un maillon supplémentaire s’ajoute qui nous lie avec chaque page depuis l’invention de l’écriture.


C’est une errance, un rêve, un moyen d’échapper au réel et d’y retourner modifié.

A défaut de changer le monde on se change soi-même.

C’est une question de proximité (puisque le mot est à la mode)


Reconstruire un espoir, ce serait montrer qu’au-delà des perspectives de démolition, persiste une capacité à en changer le cours et à proposer autre chose.

À défaut, opérant sous la coupe de la fatalité, il nous faudra recueillir précieusement nos larmes.


C’est un drame que de penser et écrire en pays sinistré.

On viendra encore nous montrer les singes savants de la littérature comme des bêtes curieuses.

De bons bourgeois seront rassurés de ces quelques jours passés en bonne compagnie.

Leur âge leur permettra de se foutre éperdument du naufrage des plus jeunes.

« Ce sont parfois des « personnes âgées » qui sont devenues inciviles - en particulier à l’égard des jeunes générations, qu’elles ne voient (justement) que comme de tels sauvageons, et dont elles ne prennent aucun soin, plus soucieuses de leurs voyages pour le « troisième âge » que de leur descendance, condamnée au chômage. » (Bernard Stiegler)

C’est le pitoyable spectacle qui nous sera proposé, avec des « ho » et des « ha » d’admiration béate dont la critique sera impossible.


Xavier Lainé


12-13 août 2020



vendredi 28 août 2020

Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 12

 



Lire est une errance qui te fait échapper au néant du quotidien.

Pages après pages, tu te vois en philosophe, en poète, en écrivain alors que tu ne seras sans doute jamais l’un ou l’autre de ceux-là.

Tu erres, de livres en livres, de musiques en musiques.

Livres et musiques sont ton balancier tandis qu’en équilibre sur ton fil, tu observes les requins gueule ouverte qui t’attendent là en dessous.


Tu te jettes sur la page blanche : elle est ton île, ton havre, ton port d’attache.

Tu largues un instant les amarres qui te ligotent au monde à la dérive.

Tu t’éloignes, dans un sommeil bref mais salutaire qui libère les mots de la gangue de fatigue qui te harcèle.

Tu parlais de ralentir l’allure, ce n’était qu’illusion : on ne ralentit rien du tout, on se met entre parenthèses.

Ce fut ainsi qu’être confiné ne provoqua chez toi comme chez beaucoup que l’occasion rêvée d’un retrait, un retrait fort actif : travailler à distance, faire l’école aux enfants, te lamenter de ne pas plus pouvoir agir sur ton quotidien alors que le monde t’enfermait entre tes quatre murs.

Ce n’est que depuis ta sortie de cette incarcération que tu te prends à rêver d’avoir le temps pour toi, le temps de lire et d’écrire sans rien qui vienne en interrompre le cours.

Il était donc faux de parler de période ralentie, ce n’était que l’ouverture d’un désir, vite anéantit sous la trivialité du vivre.


Tu marches sur le fil.

Tu contemples de là-haut ce monde où tant font naufrage.

Tu vois, juste au-dessus, ceux qui se frottent les mains à chaque noyade.

Tu es l’observateur d’une guerre menée par les non-humains aux non-inhumains.

Tu pleures en silence à chaque départ vers les profondeurs abyssales.


Xavier Lainé


12 août 2020 (2)


jeudi 27 août 2020

Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 11

 



Te voilà funambule.

Tu avances sur le fil ténu des livres et de l’écriture pour ne pas tomber dans le néant.


Ils sont là, toutes griffes dehors, les propagandistes de la destruction.

Ils se frottent les mains, lorsque, défiant la gravité, vous hésitez entre pessimisme systémique et optimisme négationniste.

Ils attendent le moment de la chute qui provoquerait en cascade le processus diabolique de la fin de toute vie sur terre.


Devenus fous en leur ivresse de gains, ils ne voient pas que notre chute serait aussi la leur.

A droite sur le ring, les fous de dieu, prêts à égorger pères et mères pour un illusoire salut divin.

A gauche les propagandiste de la foi aveugle en la sainte finance qui résoudrait par ruissellement tous les spasmes de nos misères.

Au milieu les arbitres qui ferment les yeux, se bouchent les oreilles et ne disent plus rien, abrutis de désinformations.


Tu n’a plus qu’à avancer sur ce fil si fin qu’à chaque instant tu crains sa rupture.

Ton pas doit se faire léger.

Tu dois apprendre à t’affranchir de cette gravité qui plombe les consciences au point de les rendre aveugles.

Sur cette voie médiane qui te permet de voir ce que nul ne veut voir, tu te dois d’avancer.

Tu ne sais pas si tu es seul en ce fragile équilibre.

Tu sais seulement ce qui se délite autour de toi, dans ta propre vie.

Quelque part au bout du fil, quelqu’un ou une t’attends et vos mains jointes se feront bouée de sauvetage.


Xavier Lainé


12 août 2020 (1)