dimanche 30 août 2020

Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 14

 



La première des incivilités donc, c’est celle qui consiste à ne prendre soin que de sa petite personne, sans la moindre attention au triste de sort de nos contemporains.

Ceux qui se retrouvent dépossédés de tout, de leur histoire comme de l’Histoire, qui traversent l’époque pliés sous le joug de la précarité vous en remercieront.


Dépossédés, désindividualisés, hagards sous les coups d’un sort qui n’est lié à aucun hasard, mais bien orchestré de main de maître par les néo-barbares, ils iront leur chemin de survie.

Que reste-t-il à l’homme une fois la culture éteinte ?

Car il s’agit bien de ça : à trop survivre, c’est la curiosité, la soif d’apprendre qui se meurt.

Dès lors s’épanouit le passage à l’acte, plus aucune retenue ne peut empêcher la violence de s’exprimer.

Aveuglés de haine de soi, franchir le pas est simple : il suffit de cogner.


Ils cognent alors, les héritiers des bourreaux.

Les barbares engendrent leurs semblables.

En semant le chaos, ils espèrent lever les armées à leur ressemblance.


Nous devrions ne rien dire ?

Poètes nous devrions contempler l’étendue du désastre sans mot dire.

Sans maudire ces apprentis sorciers au ventre rebondi de dollars qui manipulent de leurs médias achetés les plus miséreux qui vont s’entretuer au nom d’un dieu auquel ils ne croient pas plus que leurs maîtres.

Qu’il soit Allah ou la finance, c’est toujours au fond le même spectre qui anime la violence.

Les poètes auraient tout de même à écrire sur ce glissement dangereux vers le pire.


Xavier Lainé


13-14 août 2020


samedi 29 août 2020

Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 13

 



Lire et écrire, c’est dérouler les maillons d’une chaine qui puise au plus profond de notre humanité.

A chaque livre ouvert et lu, la chaine remonte.

A chaque ligne écrite, un maillon supplémentaire s’ajoute qui nous lie avec chaque page depuis l’invention de l’écriture.


C’est une errance, un rêve, un moyen d’échapper au réel et d’y retourner modifié.

A défaut de changer le monde on se change soi-même.

C’est une question de proximité (puisque le mot est à la mode)


Reconstruire un espoir, ce serait montrer qu’au-delà des perspectives de démolition, persiste une capacité à en changer le cours et à proposer autre chose.

À défaut, opérant sous la coupe de la fatalité, il nous faudra recueillir précieusement nos larmes.


C’est un drame que de penser et écrire en pays sinistré.

On viendra encore nous montrer les singes savants de la littérature comme des bêtes curieuses.

De bons bourgeois seront rassurés de ces quelques jours passés en bonne compagnie.

Leur âge leur permettra de se foutre éperdument du naufrage des plus jeunes.

« Ce sont parfois des « personnes âgées » qui sont devenues inciviles - en particulier à l’égard des jeunes générations, qu’elles ne voient (justement) que comme de tels sauvageons, et dont elles ne prennent aucun soin, plus soucieuses de leurs voyages pour le « troisième âge » que de leur descendance, condamnée au chômage. » (Bernard Stiegler)

C’est le pitoyable spectacle qui nous sera proposé, avec des « ho » et des « ha » d’admiration béate dont la critique sera impossible.


Xavier Lainé


12-13 août 2020



vendredi 28 août 2020

Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 12

 



Lire est une errance qui te fait échapper au néant du quotidien.

Pages après pages, tu te vois en philosophe, en poète, en écrivain alors que tu ne seras sans doute jamais l’un ou l’autre de ceux-là.

Tu erres, de livres en livres, de musiques en musiques.

Livres et musiques sont ton balancier tandis qu’en équilibre sur ton fil, tu observes les requins gueule ouverte qui t’attendent là en dessous.


Tu te jettes sur la page blanche : elle est ton île, ton havre, ton port d’attache.

Tu largues un instant les amarres qui te ligotent au monde à la dérive.

Tu t’éloignes, dans un sommeil bref mais salutaire qui libère les mots de la gangue de fatigue qui te harcèle.

Tu parlais de ralentir l’allure, ce n’était qu’illusion : on ne ralentit rien du tout, on se met entre parenthèses.

Ce fut ainsi qu’être confiné ne provoqua chez toi comme chez beaucoup que l’occasion rêvée d’un retrait, un retrait fort actif : travailler à distance, faire l’école aux enfants, te lamenter de ne pas plus pouvoir agir sur ton quotidien alors que le monde t’enfermait entre tes quatre murs.

Ce n’est que depuis ta sortie de cette incarcération que tu te prends à rêver d’avoir le temps pour toi, le temps de lire et d’écrire sans rien qui vienne en interrompre le cours.

Il était donc faux de parler de période ralentie, ce n’était que l’ouverture d’un désir, vite anéantit sous la trivialité du vivre.


Tu marches sur le fil.

Tu contemples de là-haut ce monde où tant font naufrage.

Tu vois, juste au-dessus, ceux qui se frottent les mains à chaque noyade.

Tu es l’observateur d’une guerre menée par les non-humains aux non-inhumains.

Tu pleures en silence à chaque départ vers les profondeurs abyssales.


Xavier Lainé


12 août 2020 (2)


jeudi 27 août 2020

Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 11

 



Te voilà funambule.

Tu avances sur le fil ténu des livres et de l’écriture pour ne pas tomber dans le néant.


Ils sont là, toutes griffes dehors, les propagandistes de la destruction.

Ils se frottent les mains, lorsque, défiant la gravité, vous hésitez entre pessimisme systémique et optimisme négationniste.

Ils attendent le moment de la chute qui provoquerait en cascade le processus diabolique de la fin de toute vie sur terre.


Devenus fous en leur ivresse de gains, ils ne voient pas que notre chute serait aussi la leur.

A droite sur le ring, les fous de dieu, prêts à égorger pères et mères pour un illusoire salut divin.

A gauche les propagandiste de la foi aveugle en la sainte finance qui résoudrait par ruissellement tous les spasmes de nos misères.

Au milieu les arbitres qui ferment les yeux, se bouchent les oreilles et ne disent plus rien, abrutis de désinformations.


Tu n’a plus qu’à avancer sur ce fil si fin qu’à chaque instant tu crains sa rupture.

Ton pas doit se faire léger.

Tu dois apprendre à t’affranchir de cette gravité qui plombe les consciences au point de les rendre aveugles.

Sur cette voie médiane qui te permet de voir ce que nul ne veut voir, tu te dois d’avancer.

Tu ne sais pas si tu es seul en ce fragile équilibre.

Tu sais seulement ce qui se délite autour de toi, dans ta propre vie.

Quelque part au bout du fil, quelqu’un ou une t’attends et vos mains jointes se feront bouée de sauvetage.


Xavier Lainé


12 août 2020 (1)


mercredi 26 août 2020

Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 10

 




Tant de temps perdu à contempler la misère et l’indigence.

Lentement on s’enfonce en des abîmes qui ne nous mènent nulle part.

On n’avance pas, on régresse.

On ne construit pas, on démolit.


Construire relève d’une épreuve d’abnégation et de courage.

C’est lui qui manque le plus souvent face à l’hydre d’un système capitaliste devenu fou.


Tu as beau calculer, que saurais-tu faire des sommes colossales englouties par une poignée d’individus ?

Même en comblant tout tes désirs refoulés, tu n’en dépenserais pas le quart.


A eux, il leur en faut toujours plus.

Ils sont comme une maladie, une gangrène, un cancer qui ronge toute raison sociale d’être.

Ils détruisent, corrompent, asservissent la masse innocente de gens qui n’y voient plus.

De cette cécité nait leur soumission à des décisions qu’en temps ordinaire la raison devrait refuser.

Ils la démolissent à grands coups de mensonges.

Ils réfutent toute contestation au nom de leur barbarie.


De quoi encore pourrions nous faire rempart devant ces gloutons assoiffés de liquidités, drogués de finances ?

Ils submergent tout de leur lobbyisme aveugle.

Ils ne se contentent pas de corrompre, ils sont la corruption même.

Et nous, pauvre idiots utiles du capital, ne savons inventer les barricades nécessaires à freiner leur marche vers le néant.


Xavier Lainé


`11 août 2020



mardi 25 août 2020

Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 9

 




Danse donc la vie, car elle n'attend pas !

Danse donc le coeur qui bat !

Danse, danse chaque instant la grâce d'exister !

Danse !


Danse donc quand il en est encore temps.

Car les barbares ne se contentent pas de mettre à mal le tissus social. Ils s’infiltrent au coeur même des familles pour y créer dissensions sur fond de faux débats.

Vous ne croyiez pas si bien écrire, Alessandro Barrico et Bernard Stiegler : les barbares accomplissent leur oeuvre tragique, cachés derrière leurs algorithmes.

Ils laisseront derrière eux un désert d’où émergeront quelques écrans plats comme le furent nos vies.

Ils enverront quelques signaux tant que leurs batteries tiendront.

Puis ils se tairont à jamais, laissant les hommes, s’il en reste, sans voix ni langage, ni culture.

Ce sera un retour à l’ère sauvage, à la bestialité.


Il faudra alors tout recommencer, si tant est que quelqu’un soit en mesure de se mettre à l’ouvrage.

Quoi ? Il ne resterait que ce maigre espoir que nous ne soyons pas tous morts sous nos propres assauts alliés à la rudesse d’un climat devenu hostile ?

La collapsologie a désormais de beaux jours devant elle.

On peut comprendre que nos enfants ne nous emboitent le pas qu’à reculons.

Nous sommes devenus les complices d’une barbarie qui se revendique telle.

Notre avenir tient aux digues que nous pourrions encore bâtir avant qu’il ne soit trop tard.


Xavier Lainé


10 août 2020


Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 8