mercredi 26 août 2020

Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 10

 




Tant de temps perdu à contempler la misère et l’indigence.

Lentement on s’enfonce en des abîmes qui ne nous mènent nulle part.

On n’avance pas, on régresse.

On ne construit pas, on démolit.


Construire relève d’une épreuve d’abnégation et de courage.

C’est lui qui manque le plus souvent face à l’hydre d’un système capitaliste devenu fou.


Tu as beau calculer, que saurais-tu faire des sommes colossales englouties par une poignée d’individus ?

Même en comblant tout tes désirs refoulés, tu n’en dépenserais pas le quart.


A eux, il leur en faut toujours plus.

Ils sont comme une maladie, une gangrène, un cancer qui ronge toute raison sociale d’être.

Ils détruisent, corrompent, asservissent la masse innocente de gens qui n’y voient plus.

De cette cécité nait leur soumission à des décisions qu’en temps ordinaire la raison devrait refuser.

Ils la démolissent à grands coups de mensonges.

Ils réfutent toute contestation au nom de leur barbarie.


De quoi encore pourrions nous faire rempart devant ces gloutons assoiffés de liquidités, drogués de finances ?

Ils submergent tout de leur lobbyisme aveugle.

Ils ne se contentent pas de corrompre, ils sont la corruption même.

Et nous, pauvre idiots utiles du capital, ne savons inventer les barricades nécessaires à freiner leur marche vers le néant.


Xavier Lainé


`11 août 2020



mardi 25 août 2020

Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 9

 




Danse donc la vie, car elle n'attend pas !

Danse donc le coeur qui bat !

Danse, danse chaque instant la grâce d'exister !

Danse !


Danse donc quand il en est encore temps.

Car les barbares ne se contentent pas de mettre à mal le tissus social. Ils s’infiltrent au coeur même des familles pour y créer dissensions sur fond de faux débats.

Vous ne croyiez pas si bien écrire, Alessandro Barrico et Bernard Stiegler : les barbares accomplissent leur oeuvre tragique, cachés derrière leurs algorithmes.

Ils laisseront derrière eux un désert d’où émergeront quelques écrans plats comme le furent nos vies.

Ils enverront quelques signaux tant que leurs batteries tiendront.

Puis ils se tairont à jamais, laissant les hommes, s’il en reste, sans voix ni langage, ni culture.

Ce sera un retour à l’ère sauvage, à la bestialité.


Il faudra alors tout recommencer, si tant est que quelqu’un soit en mesure de se mettre à l’ouvrage.

Quoi ? Il ne resterait que ce maigre espoir que nous ne soyons pas tous morts sous nos propres assauts alliés à la rudesse d’un climat devenu hostile ?

La collapsologie a désormais de beaux jours devant elle.

On peut comprendre que nos enfants ne nous emboitent le pas qu’à reculons.

Nous sommes devenus les complices d’une barbarie qui se revendique telle.

Notre avenir tient aux digues que nous pourrions encore bâtir avant qu’il ne soit trop tard.


Xavier Lainé


10 août 2020


Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 8

 



dimanche 23 août 2020

Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 7

 



Mais qui : « ils » ?

Simplement ouvrez les yeux et voyez !


Pour ouvrir les yeux, faudrait encore être moins fatigués d’exister.


Quand on ne vit qu’avec la procuration des rêves.

Lorsque tendresse a pris depuis si longtemps la poudre d’escampette.

Que les nuits se font agitées sous la pression sociale.

Le matin te regarde passer, goguenard, avec tes yeux en papillotes.


Vous pouvez vivre ainsi, vous ?

Oserez vous encore appeler ça vivre ?


Mais je ne réponds pas à votre question.

Ils sèment terreur et désolation partout .

Ils sont hydre dont les multiples têtes émargent à la corbeille.

Non qu’ils aient volonté de nous exterminer.

Non.

Ils nous ignorent.

Ils ne voient plus, en leur aveuglement, que sans nous…


Sans nous ils ne sont pas plus que nous.

Sans nos mains et nos pensées, ils n’existent pas plus que nous.

Nous sommes leur faire-valoir.

Ils nous dédaignent à la hauteur de leur fortune.

Ils ne sont pas méchants, ils sont bêtes, fin saouls de bénéfices.

Ivres de leur fortune, ils ne voient plus rien de nos existences ordinaires.

Si vous leur disiez en quelle tragédie ils nous mènent, ils ouvriraient de grands yeux étonnés.

Ils n’imaginent même pas avoir de ce sang sur les mains.


Xavier Lainé


5-6 août 2020


samedi 22 août 2020

Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 6

 



On tue plus surement les gens par absence de tendresse que par tout autre procédé.

On tue, on ne cesse de tuer l’Homme en l’homme.


Regardez donc ce que nous faisons de nos espérances.

Qu’un vent mauvais passe et nous les jetons par dessus bord.

Elles errent à la surface des flots et nous restons sur le rivage, hagards et dépossédés.


Regardez donc ce que vous faites de nos vies.

Travaux dépourvus de sens et sens giratoire imposé sans issue de secours.


C’est à en crever de rage, savez-vous ?


Car du plus proche au plus lointain c’est comme si notre déshumanisation rampante était déjà anticipée.

Ils n’ont plus besoin que de la confirmer.

Nous ne nous embrassons plus, ne nous touchons plus, ne nous aimons plus.

Nous restons debout au bord du vide.

Nous attendons que falaise glisse et s’effondre pour disparaître sans un geste.

Ils ont creusé sous nos pas un abîme auquel nous avons contribué.

C’est tout juste si nous ne nous y jetons pas en chantant.

Nous parlons poésie au milieu de ce champ de ruines et de larmes.

C’est avec allégresse que nous accueillons leurs ultimes coups de feu.

Les cadavres s’accumulent sur leur route.

Ils envoient une infime poignée de secours et nous les encensons de l’avoir fait.

Nous ne regardons pas qu’ils furent à l’origine du crime.


Xavier Lainé


4-5 août 2020


vendredi 21 août 2020

Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 5

 



Alors me prend cette impérieuse colère.

Tandis que mes mots sortent de mes lèvres en murmure pour ne pas crier, je vous vois lever les yeux au plafond.

Serez-vous encore étonnés qu’en moi monte la vague, le tsunami ?

Je voudrais savoir hurler et être sûr que mon hurlement vous réveillerait enfin de votre stupide torpeur.

Je voudrais avoir des mots canifs pour trancher dans le vif de vos abrutissements médiatiques.

Je voudrais avoir la force de vous agripper et vous secouer jusqu’à ce que vous retrouviez vos esprits égarés.

Je voudrais.

Je n’ai que page blanche à noircir avec rage.

Je n’ai plus la force de secouer le monde.

Pourtant j’aimerais reprendre les mots de Maïakovski :


« Ça ose s’appeler poète

Et carcailler tout gris comme une caille !

De nos jours

Il faut

Muni d’un casse-tête

Fendre le crâne du monde ! »


Seriez-vous sensible au casse-tête ?

Seriez-vous capable d’entendre ces mots qui sont murmurés depuis si longtemps ?

Ils visent à notre libération des chaines tissées de mains de maîtres.

Ils visent à nous faire relever la tête.

Et vous qui faites semblant de ne rien entendre ni rien voir, vous baissez les yeux ou les levez au plafond lorsque les mots trouvent enfin chemin hors de mes lèvres.


Xavier Lainé


4 août 2020


jeudi 20 août 2020

Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 4

 



Nous ne savions pas !

Nous ne voulions pas savoir.

Ni reconnaître l’évidence.


On pourra toujours accuser les médias.

D’avoir lavé les cerveaux, répandu la bêtise.

On pourra toujours.

Ça ne retirera rien à la responsabilité collective.

Quelque chose se passe qui dépasse tout entendement.


Nous obéissons aveuglément à des ordres sans fondement sérieux.

Nous nous terrons chacun chez soi, la peur au ventre sans même nous l’avouer.

Nous réprimons nos désirs d’étreintes et de baisers sans savoir ce qu’il en est des contagions.

La seule visible est celle qu’engendrent médias mal intentionnés, bien peu alertes sur les dérives de ce monde.


Rien bien entendu sur les détournements d’argent sale qui empêchent toutes décisions d’allègement des conditions de vie.

Rien sur les liens étroits entre pesticides et cancers.

Rien sur les manipulations et les détournements d’information.

Rien sur les masques malhonnêtes posés sur les turpitudes des pouvoirs.

Rien.


Nous voici pieds et poings liés devant le gouffre ouvert sous nos pieds.

Nous fermons les yeux pour ne pas voir l’abime béant devant nous.

Demain, à leur commandement, nous avancerons d’un pas en niant en choeur qu’ils seront responsables de notre suicide collectif.

Nous sommes perdus mais paupières baissées nous allons à notre perte.


Xavier Lainé


3 août 2020