lundi 31 août 2026

Ça brûle 14

 


-14-


De quoi saurais-je de mes mots

Me faire l’écho 

Puisque tant de Bastilles restent à prendre

Que nous laissons debout

Tant de privilèges à faire tomber

Sans que nous osions toucher

Un cheveu de la tête des oppresseurs


De quoi saurais-je encore

De mes mots me faire l’écho

Quand depuis si longtemps nous disons

Nous tirons signal d’alarme

Sans être entendu ni compris

Parfois même rabroués

Comme gamins qui ne comprennent

Rien au monde rationnel

D’adultes campés sur leurs certitudes


De quoi encore serais-je capable

Pour faire entendre l’inaudible

Le cri silencieux des misères

Qui toujours étendent leur emprise

Parmi nous

Les humains encore digne de ce nom

Capables de nous émouvoir

Devant les larmes de rage

Lorsque vies ne sont plus que survies

Tandis qu’aux vitrines de l’immonde

On ose inviter encore

À consommer sans mesure

Jusqu’à extinction de notre espèce


Je renouvelle encore mon cri de papier



Xavier Lainé

14 juillet 2026


dimanche 30 août 2026

Ça brûle 13


 -13-


Sous un ciel ensablé

Je pèse mes mots

Ils sont de plus en plus lourd

Dans la balance des jours


Sous un ciel ensablé

Je rêve d’amour et d’eau fraîche

Deux choses si rares

Que quand tu les trouves

Tu aimerais qu’iels demeurent


Sous un ciel ensablé

Tu cherches désespérément

Une issue même la plus timide

À cette torpeur qui gagne

Chaque jour un peu plus


Sous un ciel ensablé

Le pays brûle de mille feux

Le pays a soif

Demain peut-être aura-t-il faim

Tandis que certains se pavanent

En promesses auxquelles nul ne croit 


Sous un ciel ensablé 

Mes enfants dans mon sommeil

Vous m’appeliez en vain

Mes mots ne savaient plus soulever

Le couvercle d’indifférence

Sous lequel planète étouffe

Saigne pleure et s’enflamme

L’eau viendra à manquer

Nous serons encore las



Xavier Lainé

13 juillet 2026


samedi 29 août 2026

Ça brûle 12

 


-12-


Redescendre sans échelle

De cet endroit qui sait

De littérature faire village

Quand ailleurs on se dit 

Ville du livre

Mais soumis aux impératifs

De la rentabilité mercantile


À quoi bon écrire disions-nous

Sinon pour un seul livre parti

Rejoindre les yeux de quelque rêveur

Qui en fera bon usage

Qui s’éveillera peut-être ou pas

À la nécessité impérieuse d’agir

D’agir dans nos rêves et par nos mots


Rien de certain

Le chemin du livre est périlleux

Il faut s’engager à écrire

Puis il faut qu’un éditeur

S’engage à son tour

À mettre les mots

Entre deux couvertures

Pour qu’ils ne prennent pas froid

Pour qu’ils ne s’envolent pas

Comme certains discours

Qui ne sont que vent et fumée


La poésie comme la philosophie

Ça ne se vend pas me dit mon voisin

Devant ses livres demeurés là

Il faut mesurer l’importance 

D’un livre parti sous d’autres yeux



Xavier Lainé

12 juillet 2026


vendredi 28 août 2026

Ça brûle 11

 


-11-


Saurais-tu suivre la route

Franchir cols et drailles

Clues et effondrements

Et encore dire poésie

Trouver mots pour vanter mérites

Sans être convaincu d’en avoir


Suivre la route

Franchir les clues 

Les barrages et les ponts

Suivre les lacets

Revenir sur tes pas

Hésiter un peu

Au croisement des pistes

Les mots dans le coffre

Se demandent où ils vont

Doutent un peu

Des rencontres possibles

Où ils viendraient

Sur une étagère inconnue

Rejoindre d’autres mots

En étrangère bibliothèque


Suivre la route

Les yeux admiratifs

Devant paysages géants

Falaises taillées dans le roc

Tu te sens si petit

Si fragile avec tes mots

Que tu ne sais 

En plaider la défense

Alors seul tu te tais et attends

N’osant croire qu’elle serait vaine



Xavier Lainé

11 juillet 2026


jeudi 27 août 2026

Ça brûle 10

 


-10-


Mais peut-être sommes-nous

Assez dénaturés pour ne plus rien ressentir

Puisque entre nous

Nous voici incapables de nous soutenir


Combien sont là

Isolés face au rouleau compresseur

D’une normalité sociale

Qui broie quiconque ne rentre pas dans les cases


Nous perdons un peu plus chaque jour

Le sel de notre sens humain

Qui ne nous isole pas

Au contraire qui devrait

Nous inviter à la prudence

Et à l’attention.


Ce qui a permis notre survie

Dans un monde défavorable

Se trouve chaque jour un peu plus

Desséché 

Ce sens du lien

Qui relève de l’amour


Mais voici que lâchant ce mot

On viendra encore le réduire

À des désirs charnels

Quand c’est d’amour de l’humain

D’amour des vivants

Que je parle

Mais que dis-je au fond

À enfoncer ces portes ouvertes

Que les vents mauvais referment avec fracas



Xavier Lainé

10 juillet 2026