samedi 25 janvier 2025

Chaque jour t’évader 18

 





On cause mais on ne dit rien

Qu’importent les morts

Quand ils sont miséreux


On cause mais on ne dit rien

Et surtout on ne fait rien

On laisse les choses pourrir


On cause mais on ne dit rien

On consent à l’extension de la misère

Mieux on stigmatise les pauvres gens


On cause mais on ne dit rien

On regarde comme chose curieuse

Le résultat des passivités volontaires


On cause mais on ne dit rien

À Mayotte comme en Palestine

La pauvreté tue tandis qu’on cause


On cause mais on ne dit rien

On ne fait rien car la richesse doit

S’accumuler toujours entre mêmes mains


On cause mais on ne dit rien

On est témoins mais on se voile la face

On va fêter l’année qui passe


On cause mais on ne dit rien

On va fêter l’année qui vient

On ne dit rien de la misère et du sang


On cause mais on ne dit rien



Xavier Lainé

18 décembre 2024


vendredi 24 janvier 2025

Chaque jour t’évader 17

 





Sur la margelle du jour tu hésites

Tu marches dans le froid

L’échine frissonnante des gelées nouvelles

Tu cherches sous tes pieds

Quelque chose qui te rattache à cette terre

Tu observes les incivils chercher querelle

S’affirmer comme matamore

Sur les routes absurdes d’un jour sans fin


Ils y vont

Il faut bien qu’ils y aillent

Il faut bien gagner sa croute

Parfois en y laissant son âme


Alors ils y vont

Ils arpentent en grands bouchons

Les avenues d’un monde désespérant

Il faut bien gagner sa croute

Tenter sa chance 

À la loterie d’une vie dépossédée


Tu ne maîtrise rien

Puisqu’à l’aide des algorithmes 

D’autres décident pour toi

De ce qui est bon 

Ne te laissant rien de tes compétences

Sinon appliquer des protocoles

Uniformes modes d’emploi

D’une vie sans invention


Tu marches

Tu gèles

D’autres meurent au coin de ta rue



Xavier Lainé

17 décembre 2024


jeudi 23 janvier 2025

Chaque jour t’évader 16

 





Spirale infernale

L’oeil rivé sur tes écrans

Suivant en continu tes séries

Tu ne sais plus qui tu es

Tu ne te ressembles plus

Tu n’es plus que l’ombre de toi-même


Alors

Offrir des livres

Quelle drôle d’idée


*


Lire

Lire jusqu’à l’ivresse

Se saouler de mots

De phrases

De pensées

Qui toutes entrent en résonance

Avec la vie telle qu’elle est


*


Comment effacer l’empreinte des violences

Elles restent là comme marquées au fer rouge

Impossible de faire comme si

De passer outre


Même une fois la paix revenue

Il demeure ce fond de méfiance

Imprégné de peur que ça recommence


Il y a une inscription corporelle de la violence



Xavier Lainé

16 décembre 2024


mercredi 22 janvier 2025

Chaque jour t’évader 15

 






Que reste-t-il de notre humanité

Une fois amis et familles déchirés


Que te reste-t-il

Sinon plonger plus que jamais

Entre les pages de la tolérance

Avec maigre espoir de partage


Pourtant le temps s’annonçait beau

Mais voilà que colère emporte tout

Il n’y a pas que sur Mayotte

Que les typhons commettent leur outrage


Voilà qu’un dimanche serein

Se noie dans les invectives


L’amour s’effondre à chaudes larmes

Une fois la table désertée


Tu pleures

Puis rejoins la compagnie des livres

Pour tenter d’oublier

Cette violence du monde

Qui gagne comme gangrène

Jusqu’autour de ta table


Tu n’oses plus bouger

Tu n’oses plus rien dire


Il n’y a plus rien à dire

Sinon pour déplorer

L’envol de ce qui fut



Xavier Lainé

15 décembre 2024


mardi 21 janvier 2025

Chaque jour t’évader 14

 





Les nouvelles prison ont d’étranges barreaux

Des murs invisibles

Des portes fermées au double tour de la dépossession


Elles sont inventées par des démiurges 

Dans des laboratoires hautement perfectionnés

D’où partent les informations nécessaires

À nous convaincre que nous avons besoin

De leurs inventions


En ces nouvelles prisons

Nos esprits hagards errent

Convaincus de lire sur des écrans

La pure vérité


Ce ne sont que camisoles technologiques

Qui nous enserrent chaque jour un peu plus

Dont il est presque exclu de se libérer

Tant pouvoirs et profits

En font l’alpha et l’omega 

De toute vie en société


Prisonniers de ces objets

L’esprit façonné par le déluge informationnel

Englués de crédits pour être toujours à la pointe

De ce qu’ils nous font prendre pour lanternes

Quand ce n’est que brouillard jeté sur nos vies


L’attention clouée sur des écrans sans âme

Pris dans le piège de la spirale consumériste

Nous voici comme oiseaux après une marée noire

Englués et hagards



Xavier Lainé

14 décembre 2024