samedi 26 octobre 2024

À vue d'oiseau 29

 





Il ne manquait en ces lieux

Qu’un vitrail brisé dans les hauteurs

Permettent aux volées de moineaux

De s’engouffrer dans la brèche

Et d’envahir la voute 

De leurs chants amoureux


Voilà qui aurait donné aux visions d’apocalypse

Un aspect humanisé


*


Vers où se dirigent les mots

Lorsqu’ils ne sont plus bridés

Par les conventions du « bien écrire »

Ou celles du « bien dire »

Nul n’en sait rien

Ils cheminent d’un pas léger

Se jouent des apocalypses 

Tristement humaines


Les mots délivrés

De la gangue terreuse des conventions

Entrent en résonance des coeurs

Qui n’ont besoin de rien d’autre

Que de cette mise en écho


Êtres de paroles

Apprenez donc à entendre

Goutez donc le plaisir d’écouter



Xavier Lainé

29 septembre 2024


vendredi 25 octobre 2024

À vue d'oiseau 28





 

Oiseaux de papier 

Se déposent par bandes

Sur la reliure du jour

Lire entre les plumes

Le regard exercé

De celui qui note et observe


Oiseaux de papier

Avec écrit en lettres de sang

Toute la tragédie d’un monde

D’où le commun s’est exclu

Convaincu de son impuissance


Oiseaux de papier

Mots déposés en lettres majuscules

Dans l’arbre à palabre

À son pied se déroule

La cérémonie culturelle

Tournant autour d’elle-même


Oiseaux de papier

Mots envolés en cohorte de cris

Tandis qu’ici et là pleuvent

Les bombes et les misères

Sous le joug cynique des corrompus de passage


Oiseaux de papier

De quelle âme faire état

Lorsque les failles et les gouffres amers

S’ouvrent toujours sous nos pas hésitants



Xavier Lainé

28 septembre 2024


jeudi 24 octobre 2024

À vue d'oiseau 27

 




Dans une grande envolée de mots

Les écrivants sont montés sur un podium

Ils dominent de haut la foule

En clamant à voix haute

Ne pas vouloir être placés sur un piédestal

Être voués au culte de la célébrité

Que quelqu’un marmonne un peu fort dans la foule

Quelques mots incompréhensibles

L’écrivant adulé tourne en dérision le blasphème

Sous les applaudissements ravis 

Du public endimanché qui l’écoute 

Comme grand prêtre de la culture spectacle


Le livre s’ouvre et se lit dans le silence

L’écrivant ne devrait pas monter sur scène

Mais se mêler à la foule

Anonyme parmi tant d’autres

Nul ne devrait savoir 

En quels étonnants dialogues 

Il puisera la force de son écriture


Quelque chose cloche dans cet étonnante chose

Que certains nomment « festival  des correspondances »

Sans que nul ne sache très bien 

De quelles correspondances il s’agit

Le mot festival seul est bien choisi

Puisque les gloires littéraires de la rentrée 

Se montrent et sont adulés comme nouveaux dieux

Au ciel des mots qui ne changeront rien

À l’ordinaire délicat de ceux qui ne se sentent pas concernés



Xavier Lainé

27 septembre 2024


mercredi 23 octobre 2024

À vue d'oiseau 26

 




« Pardonne-moi

J’étais parti avec mes migrateurs

Nous avons décidé d’explorer votre monde

(Puisque nous n’y avons guère de place nous dirons que c’est bien le vôtre)

Il nous fallait explorer d’autres rives

Nous faire une idée de ce dont votre humanité serait capable

Si en quelqu’endroit elle aurait encore forme humaine


Nous sommes revenus très étonnés de nos découvertes

Dans votre monde

Les gens de bonne intention sont très nombreux bien plus nombreux qu’il n’y paraît

Mais c’est un paradoxe

Que les imbéciles assoiffés d’argent et de pouvoir qui sont si peu parmi vous se trouvent partout aux commandes

Arrivent à s’y maintenir contre la volonté de tous au mépris de vos soifs de justice et de paix


Dans notre monde nous avons bien plus de respect de nous-mêmes

Si l’un d’entre nous empiète sur la vie des autres

Nous l’isolons pour que notre communauté n’en souffre pas

Tandis que vous avez une forme très masochistes de vivre

Qui vous incite à donner pouvoir aux pires d’entre vous

Que vous soyez incapables d’organiser collectivement vos défenses

Pour vous prémunir de ces horribles personnages

Qui n’hésitent pas

Au nom de leur fortune

À tuer piller saigner à blanc votre « civilisation »

À mettre en péril notre planète commune »



Xavier Lainé

26 septembre 2024


mardi 22 octobre 2024

À vue d'oiseau 25

 





Agressif(ve)

L’oeil rivé sur l’écran plat

Tu suis l’éventail des séries

L’oeil vide tu regardes 

Des vidéos sans queue ni tête


Agressif(ve)

Tu déverses la bile de ta mal vie

Sur tout ce qui bouge autour de toi

Tu ne sais plus l’amour à ta portée

Qui n’attend qu’un geste

Un élan qui ne vient jamais


Agressif(ve)

Plus rien ne trouve grâce

Sous le rouleau compresseur

Des médias payés pour te laver le cerveau

Et le vendre au plus offrant

Dans les temps du commerce 

Où tu vas pieusement

Vider le peu d’oseille qui te reste


Agressif(ve)

Tu voudrais le monde à ta botte

Disponible au doigt et à l’oeil

Pour satisfaire tes moindres caprices

D’enfant gâté parfois attardé

Tu imagines un monde tournant autour de toi

Tu ne comprends pas qu’il n’en soit pas ainsi

Alors tu déverses ta bile sur tout ce qui bouge 



Xavier Lainé

25 septembre 2024


lundi 21 octobre 2024

À vue d'oiseau 24

 





Tu rejoins le club très sélect des « aquoibonnistes »

Ces gens qui traversent temps et misères

La tête bien droite au-dessus des épaules

Le buste arrogant de ceux à qui « on ne la fait pas »


Misère croissante ?

Que nenni

Ils traversent

Dans ou hors des clous

Le monde est à leur botte

Et tourne comme un fou qu’il devient

Autour de leur minuscule personne


Tu ne rejoins pas

Tu en es très souvent malgré toi


*


Je n’en suis pas

Je n’en reviens pas

Je n’irai pas

Je ne veux pas

Être de cette engeance


Je n’ai rien à vendre

Rien à gagner

Tout à perdre

Mais que m’importe

Sinon ton soupir d’aise entre mes deux mains attentives

Ton sourire esquissé entre deux lèvres amoureuses (ou presque)



Xavier Lainé

24 septembre 2024 (2)