dimanche 23 août 2026

Ça brûle 6

 



-6-


Dis c’est quand

C’est quand qu’on décidera

D’être vivants

Pas condamnés

Vivants


Car pour l’instant

Tu crois pas

Que nous sommes condamnés

Condamnés à vivre comme on nous dit

À consommer comme on nous y invite

À subir les avanies et avaries

D’un vaisseau collectif

Dont les capitaines à coup de haches

Sabordent la coque

Déchirent les voiles

Sans un regard pour les passagers


Dis c’est quand

C’est quand qu’on décidera

D’être vivants

Pas condamnés

Vivants


Quand nous serons assez grands

Nous aurons peut-être appris

Que nous ne sommes rien sans

Sans nos amies les abeilles

Sans les libellules et les poissons

Sans le souris et les lapins

Sans les sittelles piquant les vers

La tête en bas

Pour sauver un arbre



Xavier Lainé

6 juillet 2026


samedi 22 août 2026

Ça brûle 5

 


-5-


Ils étaient trois sur un banc

Sous le grand micocoulier solidaire

Ils étaient trois lycéens

Qui refaisaient le monde

À la hauteur de leurs rêves

« Ce que vous faites là est important »

Dis-je sans autre prétention

« Vous êtes philosophe » qu’ils me disent

« Non Citoyen »

« Mais bientôt il faudra aller voter

Alors vous voterez pour qui »

« Pour celui qui entrouvrira la porte

Et permettra aux jeunes que vous êtes

De glisser votre pied 

Dans l’entrebâillement 

Et vous permettra de pousser

Pour renverser le système

Dont nous savons de quoi il est né

Et ce qu’il est capable d’accomplir

Au détriment des humains que nous sommes »

« Même si nous ne sommes pas d’accord sur tout »

« Même si vous n’êtes pas d’accord sur tout

Car l’important c’est d’avancer

Au risque d’être déçus

Car celui-là qui chante

Avec le peuple qui l’adule

Qu’il n’est pas de sauveur suprême

Doit avoir conscience que seul

Il ne pourra pas grand chose

Juste ouvrir la porte

Et traduire les criminels

Devant la justice de l’histoire

Pour que quelque chose change enfin



Xavier Lainé

5 juillet 2026


vendredi 21 août 2026

Ça brûle 4

 


-4-


Ils étaient trois dans le matin doux

Sur le même banc

Sous le grand micocoulier solidaire

Ils étaient trois

Trois jeunes hommes

Trois jeunes lycéens sans doute

Ils étaient trois qui devisaient

Mes oreilles ont entendu leurs propos


« Ce système est pourri

Il faut en changer »

Disait l’un


« Notre condition sociale

Ne nous permet pas d’agir »

Disait l’autre


« Nous pourrions essayer »

Disait le troisième


Je ne faisait que passer

Tenant une enfant par la main

Vers son dernier jour d’école


Je ne faisais que passer

Ils étaient toujours là

À mon retour

« Bravo les jeunes

Vous avez raison

Ce système n’a pas d’avenir

Il faut en changer »

Ils étaient trois à me regarder

Ne sachant que penser



Xavier lainé

4 juillet 2026


jeudi 20 août 2026

Ça brûle 3

 


-3-


Bien sûr je pourrais

Je pourrais ne graviter

Qu’autour de ma petite planète

Tournant sur elle-même

Dans des temps infinis

Bien sûr que je pourrais


Mais voilà que la gravité s’en mêle

Qu’elle bouscule mes idées reçues

Qu’elle me remet les pieds sur Terre

Sur cette si belle planète

Qu’une poignée de mes semblables

Ne rêvent pas

Mais mettent à feu et à sang


Elle n’est pas grave

La gravité

Elle nous invite juste à la sentir

Pour ne pas vivre hors-sol

Planant dans un espace intersidéral

Impropre à toute vie

Biologiquement possible


Une fois mes deux pieds posés

Voici qu’il me prend l’envie de bouger

D’avancer vers l’inconnu

Vers l’inconnue que mes yeux voient

Alors je tends mes bras 

Mes mains tremblent

Je balbutie un vague poème

Qui voudrait dire quelque chose

Mais le temps d’ouvrir la bouche

Les mots s’envolent



Xavier Lainé

3 juillet 2026


mercredi 19 août 2026

Ça brûle 2



-2-


Dans la torpeur

Un instant suspendue

Je dépose rêves et espérances

Je vous imagine acteurs

Pas sur la scène d’un théâtre

Non 

Pas sur cette scène là

Ou plutôt oui

Mais ce serait théâtre du quotidien

Cet espace oublié des édiles

Ce lieu où chacun roule

Chacun marche

Ne fait que passer

Sans rien voir

Parfois un peu abattu certes

Un peu accablé

Par la pesanteur solaire

Pas un arbre

Pas une ombre

Sur cette avenue bitumée

Pas la moindre trace 

Qui la ferait vivante 

Accueillante


Dans la torpeur

Ça roule

Ça marche vers

Vers quoi on se demande parfois

Sinon vers les chimères 

Présentées en tête de gondole

Aux paradis commerciaux

Où tout s’achète et se vend

Sauf ce souffle d’humanité



Xavier Lainé

2 juillet 2026