jeudi 29 janvier 2026

Écrire pour ne pas vendre ton âme 13

 





Il faut écrire

Encore et encore

Dénoncer l’inadmissible

Les conditions inhumaines

Les tortures infligées


Il faut danser 

Chanter 

Pour dire l’inacceptable

Non pour glorifier les guerres

Mais pour les condamner à jamais


Il faut écrire

Danser et chanter

Sous ou à distance

Des bombes et des charniers

Clamer à voix haute

Que toute guerre est injustifiée

Qui blesse notre humanité


Il faut écrire

Entre et encore

Ne jamais baisser la garde

S’engager en devoir de vigilance

Quand sans état d’âme

Des inhumains tuent des enfants d’humains

Froidement et sans mesurer

La blessure qu’ils infligent

À l’idée même de notre humanité commune


Il faut écrire

Jamais ne m’arrêterai

Tant que souffle de vie me serra accordé



Xavier Lainé

13 décembre 2025


mercredi 28 janvier 2026

Écrire pour ne pas vendre ton âme 12

 





J’hésite

Je reste sur le seuil

Je regarde et j’écoute


Tant de bruits

Tant d’invectives

Tant d’insultes

Pleuvent


Dès qu’un mot est prononcé

Qui ne va pas dans le sens du courant

Dès qu’une phrase dénonce 

Dès qu’un propos fait un pas de côté

Y répondent bruits invectives et insultes

Quand encore le « fauteur de trouble »

Qui vient semer quelques paniques

Dans la pensée unique 

Ne se retrouve pas menotté

Traduit en simple justice

Tenu en garde à vue


Car les mots ont un pouvoir

C’est au moins ça qu’ils reconnaissent

Les ignares qui ne cessent de condamner

Sans rien savoir de ce qu’ils condamnent

Sans même chercher 

Moindre argument fondé


Ils condamnent

Ils ne cessent de condamner

Il trahissent ainsi leur connivence

Avec les criminels de guerre

Laissé libres de leurs mouvements



Xavier Lainé

12 décembre 2025


mardi 27 janvier 2026

Filigranes 117

 




L'aventure se poursuit, se renforce, s'auto-organise pour accueillir toujours plus d'écrivants.

Écrire, dans un monde toujours plus instable, en proie à ses vieux démons, est un outil au service de notre survie, une respiration pour ne pas se noyer dans les ruines.

Et puisque de ruines il s'agit, celles que tout le monde peut voir à longueur d'écrans et de réseaux prétendus sociaux, si on parlait de la ville, de nos villes, de ces lieux où nous aimons vivre ou que nous supportons malgré tout, parce qu'il faut bien vivre quelque part.

Ce numéro 117 est le premier d'une série de trois. "Si la ville est pour certains celle de la mémoire, elle est aussi un nom sur lequel on rêve, un lieu qui nous confronte aux mendiants et aux pauvres, un lieu de pierre et de monuments où un buisson en fleur nous touche au coeur." ( Extrait de l'éditorial de Arlette Anave ).

Viendra ensuite une méditation sur le coeur des villes, et enfin sur les périphéries ( il est encore temps pour celui-ci de vous mettre à écrire et d'envoyer vos propositions ).

Filigranes est une belle aventure d'écriture, un endroit où notre humanité persiste et signe, en dépit de la tournure du monde.

Pour vous abonner, participer, vous trouverez tous les renseignements utiles ici : Filigranes la revue

Au plaisir de vous y rencontrer.


Xavier Lainé

Manosque, 27 janvier 2026

Écrire pour ne pas vendre ton âme 11

 





Insondable colère

Qui me saisit de bon matin

À l’écoute de radio 

Qui se prétend de culture

Mais qui navigue en eaux troubles

Soulignant les efforts de guerre 

Des uns et des autres

Sans jamais dire 

Quelles souffrances se préparent aussi

Que les coffre-forts

Grands ouverts pour les bombes

Mais jamais pour les écoles

Les théâtres ou les hôpitaux

Fomentent en dividendes

Froids et obscurs

Prospérant sur les cadavres

Enfouis sous les décombres à Gaza

Gaza

Ce nom qu’il ne faut pas prononcer

Sous peine d’être honni

Sous peine d’être banni

Mais aussi emprisonné

Pour apologie d’un terrorisme

Dont tout le monde peut constater

Qu’il n’est pas l’apanage d’un parti

Mais bien une règle 

Dans le système qui s’appuie

Sur crimes contre l’humanité

En longue liste

Qui va de 1492 (et même avant)

À ces jours funestes

D’une année 2025

Ouverte et close dans le sang des innocents



Xavier Lainé

11 décembre 2025


lundi 26 janvier 2026

Écrire pour ne pas vendre ton âme 10

 





Je ne pouvais pas deviner qu’après avoir écrit

Être resté sans voix

Devant les horreurs perpétrées en ce monde

Je pourrais un matin

Me découvrir totalement aphone

Incapable de dire deux mots

Sans forcer sur des cordes vocales

Irrésistiblement muettes


Il en est qui traversent tout

Comme si rien ne pouvait les atteindre

Comme s’ils étaient vêtus d’un imperméable

Leur permettant de traverser les ruines encore fumantes

Sans même percevoir les corps gisants

Parfois atrocement mutilés

Ils traversent


Qu’un visage brulé d’enfant 

Passe sous mes yeux

Son regard me poursuit jour et nuit

Me hante avec cette impossibilité 

De dire l’horreur 

De clamer ma révolte

Sans passer pour 


Mais passer pour quoi

Qui de l’indifférent ou de mon âme trop sensible

Ressemble encore à ce que je pensais

Jusqu’à encore hier

Être notre dignité humaine


Voilà que ma voix s’est éteinte

Il me reste mes doigts pour crier encore



Xavier Lainé

10 décembre 2025


dimanche 25 janvier 2026

Écrire pour ne pas vendre ton âme 9

 





Les amnésiques ne cessent de causer

Il leur faut salir tout ce qui

De près ou de loin

Touche à notre humanité


Les amnésiques aiment les gens soumis

Ceux qui regardent ailleurs

Quand il faudrait regarder en face

Les exactions commises


Les amnésiques affirment tout

Avalent tout 

Du moment que ça ne vient pas contredire

Leur pensée unique

Inique aussi parfois


Souvent

Car ils aiment avoir raison

Ils prennent le risque

Que la réalité de l’histoire

Vienne les contrarier


Mais non

Ils persistent et signent

Ils ne se souviennent plus

De ce que leurs parents

Leurs grand-parents ont pu vivre

Dans les tragédies du XXème siècle


Les amnésiques

Sont adorés par les tenants

De l’ordre établi

Qu’ils soutiennent de leur indifférence



Xavier Lainé

9 décembre 2025