Il y avait les saints
Et les laissés pour compte
Ceux qu’on enterre très vite
Pour que leur vie cesse de nous brûler
Il y avait les saints
Et puis les autres
Le long cortège des gens partis
Disparus sans laisser de trace
Sous le couvercle de terre
D’un monde qui les ignore
D’un monde qui les ignorait déjà
Lorsqu’ils étaient vivants
Que leurs voix tentaient de crier
Sous les décombres du monde
Sans être entendus
Ceux dont la voix s’était déjà éteinte
Sous le boisseau des puissants
J’ai rêvé
Que cette longue cohorte
Se réveillait dans la nuit
Se levait et partait en long cortège
Avec en tête ceux qui furent sacrifiés
Fusillés ou condamnés sans sursis
Coupables d’avoir manifesté
De leur vivant
L’implacable nécessité
De changer de monde
Je les ai rêvés
Ces êtres faméliques
Allant le jour des morts
Tirer par les pieds les puissants assoupis
Xavier Lainé
2 novembre 2025


