dimanche 14 décembre 2025

Alors je suis resté sans voix 28

 





Puisque les non encore humains

Ont décidé de déserter de notre espèce

Livrant le monde à la douleur et à la peine


Puisque ceux-là se sont approprié

Pouvoirs et finances à leur propre profit

Sans un regard ni compassion pour les laissés pour compte


Puisque leur monde ne pourra jamais être le nôtre

Nous qui avons soif de liberté et de paroles vraies

Échangées en paix aux terrasses d’un autre avenir


Il nous faut nous aussi

Nous émanciper de toute attente

Appliquer ce que depuis si longtemps

Nous chantons en longs cortèges


Il n’est pas de sauveur suprême

Nous sommes les ouvriers du commun

Les bâtisseurs de mondes

Qui ne se vautre pas 

Dans l’orgie du profit

Au prix de toutes les guerres


Il n’est pas de sauveur suprême

D’où qu’il vienne 

Qui qu’il soit

Notre tâche est immense

Réinventer notre vie commune

Sans attendre et sans délais


Il en va en ces temps de terre meurtrie

De notre capacité à survivre



Xavier Lainé

28 octobre 2025


samedi 13 décembre 2025

Alors je suis resté sans voix 27

 





Tant que rêve est possible

Rien ni personne 

Ne pourra en éteindre les lumières


Tant que mots

Pourront s’échanger

À l’ombre des amitiés

Sous la vigilance des amours

Nul ne pourra 

Mettre sous le boisseau

Nos désirs d’humanité


On va

D’un pas paisible

Parfois les épaules fourbues

D’avoir trop vécu

Trop supporté

Trop bu aussi

Sous le coup du désespoir


Tant qu’il reste la parole

Tout est encore possible

À qui ne s’avoue pas vaincu

Trouve refuge

Dans le sourire d’un enfant

Entre bras tendres


Pas nécessaire de dire je t’aime

Il suffit d’en respirer le parfum

D’en répandre les graines

Qui ne demandent qu’à germer

Sans que nul ne puisse les en empêcher

Car c’est la vie qui pousse à la porte



Xavier Lainé

27 octobre 2025


vendredi 12 décembre 2025

Alors je suis resté sans voix 26

 





Vois-tu

Je préfère l’ombre à la lumière

La discrétion à la gloire

Si j’écris

Ce n’est pas pour briller

C’est pour porter témoignage

Avant que vie ne passe


Vois-tu

Ce qu’on vit chaque jour

Se doit d’être en accord

Avec ce qu’on proclame

Sans jamais transiger

Avec les injonctions contradictoires


Vois-tu

Le problème n’est pas

D’obtenir le moindre pouvoir

Simplement de vivre humblement

Clamer parole sans présomption

Juste pour dire

Ce qui a mes yeux 

Peut se revêtir

D’une valeur humaine


Vois-tu

Si je dois choisir un camp

Ce sera toujours celui des humiliés

Celui des sans voix

Celui des laissés-pour-compte

D’une histoire qui se répète

Qui toujours se range

Du côté des arrogants




Xavier Lainé

26 octobre 2025


jeudi 11 décembre 2025

Alors je suis resté sans voix 25

 





À Georges Ibrahim Abdallah


Il faut le dire et l’affirmer

Si le capitalisme porte la guerre

Comme la nuée porte l’orage

Son acte de naissance

Baigne dans le sang des autochtones d’Amérique


Il faut le dire et le clamer

Car les preuves sont là

Écrites dans l’histoire

Dans la longue liste des sacrifiés

Sur l’autel des saints profits

Qu’avec la bénédiction des églises

Les profiteurs aux dents longues

Ont allongé à l’infini de nos peines


Il faut le dire et le clamer

Ce monde-ci

Leur monde

Ne peut survivre que dans l’exploitation

Toujours plus sanglante

D’une humanité dont ils n’ont que faire


Il faut le dire et le clamer

L’écrire et le divulguer

À longueur de pages

Leur monde n’existe qu’en assassinant

Toute culture qui n’est pas la leur

Ils baignent dans le génocide

Il leur suffit d’être blancs et riches

Pour coloniser tous les espaces

Où dorment les cadavres autochtones




Xavier Lainé

25 octobre 2025


mercredi 10 décembre 2025

Alors je suis resté sans voix 24

 





Nous vivons ici aux portes de l’enfer

Là-bas ils y sont en enfer

Ils se demandent juste quand la mort va venir

Pour les libérer de leur prison à ciel ouvert


Les portes de l’enfer sont ici ouvertes

Par ceux qui font semblant de s’intéresser

À ceux qui y sont

En enfer

Et se demandent s’ils vont en sortir

Morts ou vivants


Car pendant qu’ils prennent mines compassées

Font vibrants discours

Juste devant leur porte

On va bientôt mourir de froid 

Dans les rues bien propres 

D’où les bancs ont disparu

Histoire d’empêcher les sans abris

D’y dormir en attendant l’enfer


Ce que j’ai vu

Ce que je vois

Ce que j’écoute et entend

C’est cette sourde résignation devant l’enfer

C’est aussi parfois quelques flammèches de révolte

Que les pompiers pyromanes auto-proclamés élites

Engagés en politique hors-sol

Viennent vite éteindre à grands coups de discours

Qui disent tout et son contraire


Et pendant qu’ils parlent

Les oppresseurs se marrent



Xavier Lainé

24 octobre 2025