samedi 23 août 2025

Égarés nous sommes 8

 





Si souvent te sent lourd

Comme si le monde

Les humains se faisaient boulets

Enchainés à tes pieds

Pesant sur tes paupières


Un vent frais là-dehors

Un vent frais

Donne à l’été 

Un soupçon de légèreté

Sauf en toi-même


C’est pesant

Un monde à la dérive

Ça rend toute beauté fade

Comme si le voile des misères

Venait en empêcher la joie


Pourtant tu cherches

À puiser dans la joie 

La force d’exister

Sauf qu’elle se fait rare

Ne se déploie

Qu’avec parcimonie


Tes mots sous tes doigts

Sont engourdis

Ils cherchent une issue

Qui ne soit pas de tristesse

Mais

Mais tu as beau faire

Tu ne retrouves pas

La légèreté qui sied à toute poésie



Xavier Lainé

8 juillet 2025


vendredi 22 août 2025

Égarés nous sommes 7

 





Le jour s’éclaire parfois

D’un regard

D’un soupir

De bras ouverts

Qui font oublier

L’âpreté du monde


Oublier non

Juste offrent

En moment suspendu

Où fermer les yeux

Sous la caresse d’un vent doux

Juste assez frais

Pour redonner vie

Aux âmes rendues chagrines


Le jour s’éclaire parfois

Il prend allure de fraîcheur

Les mots semblent ne plus désespérer

Devant la porte close

Le spectacle des ruines

Que les inhumains

Contemplent hilares

Du haut de leurs belvédères


Jamais oublier non

Jamais oublier

Les crimes qui se répètent

L’impunité qui demeure

Par la grâce sans vergogne

Des rois de la bourse

Les mots ont les bras qui tombent

Sous les coups d’un destin malhonnête



Xavier Lainé

7 juillet 2025


jeudi 21 août 2025

Égarés nous sommes 6

 





Devons-nous mettre en berne

L’étendard de nos joies

Ou comme les rescapés

Au milieu des ruines

Encore trouver le bonheur 

De chanter et écrire 

Poèmes 

Qui soient bannières

Lumières dans le désastre


Devons-nous regarder

Ce vieux monde finissant

Cramponné à ses privilèges

Ou chanter et danser

Jusqu’à l’ivresse

Tournant en dérision

Les pensées mortifères

Reflétées à l’infini

De leurs tristes pouvoirs


Alors écrire

Ne jamais cesser d’écrire

Jusqu’à la limite de l’épuisement

Pour redresser la barque

Qui ne cesse de prendre l’eau

Et d’un ha-han vigoureux

En éviter le naufrage

Dans un grand rire


Tourner en dérisoire

Les grossiers appétits

Qui ne cessent de dévorer 

Terre et mer



Xavier Lainé

6 juillet 2025


mercredi 20 août 2025

Égarés nous sommes 5

 





Sentiers de mots jusqu’à la mer

L’amer assis contemple

If et derrière l’horizon des brumes

Jusqu’aux ruines de Carthage

Où dorment souvenirs d’enfance


Sentiers de mots jusqu’à l’amer

Mer où vont frêles esquifs

Foules fuyant l’horreur économique

Où vie s’étiole dans la torpeur moite

Des tropiques colonisés


Sentiers de mots rament

Tentent survie entre deux vagues

Juste avant de sombrer

Rejoindre corps entre deux eaux

Entre deux os rongés de sel

Sous les rouleaux


Sentiers de mots posés

Au bord des vagues d’oubli

Plages où s’étalent les insouciances

Juste avant que s’y dépose

L’impossible oubli des fureurs

Incendies où se tordent de douleur

Âmes en partance qui n’arriveront jamais

Au port de bienfaisance


Sentiers de mots jusqu’à la mer

Poète assis sur les rocs acérés

Tes yeux contemplent les gouffres

Où nage nos rêves d’humanité

Entre deux eaux entre deux os



Xavier Lainé

5 juillet 2025


mardi 19 août 2025

Égarés nous sommes 4

 





Il me faudrait 

Décoloniser mon esprit

Prendre chemin d’humilité

Pour me faire pardonner

D’être qui je suis

Blanc 

Dans un monde à mon image

Blanc

Mais pas comme neige

Blanc souillé de larmes

Blanc souillé de sang

Blanc souillé de poussière

Il me faudrait 

Un levier de mots

Pour qu’Auschwitz

Ne se reproduise

À Gaza


Il me faudrait

Me laver des infamies

Qu’églises et autres dogmes

Ont commis en mon nom

Ou au moins

Au nom de ce suprémacisme

Blanc mais pas comme neige

Blanc souillé

Blanc crasseux

De conquêtes

Et de génocides


Il me faudrait 

Je ne sais quels mots

Pour briser le mur des silences complices



Xavier Lainé

4 juillet 2025