samedi 16 août 2025

Égarés nous sommes 1

 






Oriflamme arc-en-ciel à la fenêtre

Ouverte sur le ciel ardent

Juste avant que trop chaud

Je laisserai mes mots s’envoler

Ils iront où bon leur sied

Clamant paroles d’amour

Au milieu des désastres


Oriflamme arc-en-ciel à la fenêtre

Les yeux levés pour regarder plus loin

Plus haut que ruines semées

Oreilles bruissantes de cris

Tandis qu’ici on fait comme si

Tant ne sont plus que clameurs


Oriflamme arc-en-ciel à la fenêtre

Mots laborieux à trouver

Tant misère obsède

M’en vais puiser 

Tout au fond de l’âme

Force d’aimer

De porter secours

Mots qui soient baumes

À déposer sur plaies du monde


Plume attentive

Mots comme lames

Pour débroussailler chemins

Où trop de barrières se posent

Se ferment sur vains espoirs


Je me tais

Dans l’ombre brûlante du temps



Xavier Lainé

1er juillet 2025


vendredi 15 août 2025

Que sont poètes devenus 30

 





Ce que nous disent les apocalypses

De l’étendue de nos méconnaissances


C’est sûr c’est plus facile

D’éviter les questions

Pour esquiver les responsabilités


C’est un jour si chaud

Qu’il devient délicat de noircir la page


Nous savions que ça allait venir

Nous avons fait comme si

Nous avons regardé ailleurs


Nous savons donc notre espèce en danger

Est-ce raison pour fuir en avant

Meurtrir un peu plus notre vaisseau cosmique

Nous entretuer tous sans remords


Nous savons 

Parce que ça se voit

Comme nez au milieu de la figure

Le mur est là dressé devant nous

Nous fonçons tête baissée

Le pied sur l’accélérateur


C’est un trente juin de lassitude

Un trente juin profondément meurtri

De n’avoir cessé de dire et répété

À longueur de poèmes

La responsabilité qui nous incombe

Il n’est jamais trop tard

Sauf que les plus fragiles vont payer le prix fort



Xavier Lainé

30 juin 2025


jeudi 14 août 2025

Que sont poètes devenus 29

 





C’est une si longue histoire qu’elle en défie nos mémoires

Pourtant on pourrait se rappeler Rome et son Empire

Qui inspira la chrétienté jusqu’à l’orgie de pouvoirs


On pourrait se rappeler ce qu’au nom d’un dogme christique

On fit à tout mécréant qui tentait de s’opposer à la domination

Tortures et buchers où se consumèrent âmes innocentes


On pourrait se rappeler qu’il n’y eut point de sabre sans goupillon

Point d’assassinats commis sans l’absolution de l’église

Point de colonisation de génocide ou de nettoyage ethnique

Sans prêtres psalmodiants mantras pour le sauvetage d’âmes

Qui ne demandaient qu’à vivre selon leurs us et coutumes


On pourrait

On devrait se rappeler dans quel sang 

Baigna l’origine de ce qu’on nous fit prendre pour civilisation

Qui ne fut que meurtres à répétition 

Misères répandues au nom d’un Dieu

Masque posé sur la soif éternelle de profits sans mesure


On devrait apprendre à nos enfants

Que ce monde n’est pas du confort dont il se pare

Qu’il n’est qu’une abomination sans cesse commise

Pour qu’une poignée d’inhumains baignent dans le luxe


Les guerres d’aujourd’hui sont les héritières de ce creuset

Qui considérait l’autre au nom de sa couleur de peau

Au nom de sa croyance divergente de la nôtre

Comme un barbare à qui il fallait apprendre la civilisation

En se taisant sur le sang répandu

Les guerres d’aujourd’hui se fondent dans ce même esprit colonial

Qui ne cesse depuis l’origine de tuer la vie sur cette terre



Xavier Lainé

29 juin 2025


mercredi 13 août 2025

Que sont poètes devenus 28

 





Il est terrible le bruit du silence

Surtout venant de ceux qui ont la charge des mots

La tâche de leur donner toute puissance à dire

À clamer et proclamer la dignité des humains


Il est terrible ce silence des poètes

Qui se penchent sur leurs oeuvres

En font fades rumeurs pour plaire 

Pour ne pas froisser les détenteurs de pouvoir


C’est un drame que ce silence

À l’heure des morts qui ne se comptent plus

Des enfants suppliciés

Petits corps brûlés par la famine


C’est un drame que si peu élèvent leur voix

Pour dire poétiquement ce que ce monde refuse d’entendre

Il n’y a aucune justification au crime qui se commet

Sous nos yeux invités à regarder ailleurs


Les complices qui vendent les armes

Sont les mêmes qui détiennent pouvoir de publier

Ou de passer sous silence le chant des poètes

Pour les inciter à se taire


Complices malgré eux peut-être

Voici que se perd cette parole de colère

Qui devrait ensemencer la terre

Jusqu’à obtenir réparation pour les victimes


Bien évidemment que ce qu’ils attendent du poème

Ceux qui ont pouvoir d’en diffuser la parole libre

Ne correspond pas à leur complicité



Xavier Lainé

28 juin 2025


mardi 12 août 2025

Que sont poètes devenus 27

 





C’est aveu d’impuissance

Alors on se tait

On forge la carapace

Où enfermer la douleur

Pour ne pas flancher

Ne pas s’écrouler

Sous les poids des inhumanités


On le dit

Je préfère rester chez moi

Ne plus rien voir

Lorsque l’atroce se répand

À longueur d’écrans

En résonance avec ma vie

Déjà pas mal ébréchée


Aveu d’impuissance 

Répandu comme litanie

Du haut en bas de l’échelle

Du haut en bas des pouvoirs

Ceux-là qui pourraient agir

Mais ne le font pas

Pour ne pas rompre leurs amitiés fétides


On vit

Ou plutôt on survit malgré tout

On tente de noyer les angoisses

Dans le vin et la fête jusqu’à l’ivresse

On laisse derrière soi la trace des oublis

En monceaux de papiers et plastiques

Par principe ne plus penser

Voilà qui semble sage

Mais ne l’est pas en vérité



Xavier Lainé

27 juin 2025